Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale
ïe n'aufais pas songé à continuer un livre que le public a accueilli avec faveur, si les événements n'eussent niodidé ma résolution. Personne ne sait mieux que moi qu'il est sage de s'arrêter dans une veine heureuse, et de ne pas la compromettre en l'épuisant.
Cependant , tout est changé autour de nous ; entre ce qui était et ce qui est, il n'y a en apparence que quelques semaines d'intervalle ; il y a un siècle en réalité. C'est un ordre nouveau, et à sa suite se produisent des mœurs nouvelles.
J'ai peint la société française sous la monarchie, et je ne l'ai point flattée ; j'entreprends de la peindre sous la république, et ne la flatterai pas davantage. Si les régimes changent, les hommes restent ; et au-dessus des fluctuations politiques, il y a les grandeurs et les faiblesses du cœur humain.
C'est d'ailleurs un devoir pour les écrivains de ne pas
demeurer à l'écart d'un établissement qui se fonde. Signalé à temps, un abus disparaît; il résiste quand il a pris racine. Et puis l'heure est venue où, suivant la belle expression de l'auteur des Tusculanes, tout citoyen doit porter écrit sur son front ce qu'il pense de la chose publique.
Ceci dit je laisse la parole à mon héros, en lui laissant toute la part de responsabilité qui appartient, aux enfants de la fiction.
Avril 1848.
JÉRÔME PITUROT