LES MAINS CACHEES
sourde et sauvage, quanimaient une pensée et un désir de deslruction.
Pourquoi me ^;erais-je engagé dans cette nuMée? Aucun de CCS drapeaux n'était le mien ; je ne me ralliais à aucun de ce^ symboles. 11 était facile de voir à quels abîmss couraient cer sectes, et quels malheureux elles y entraînaient. Entre elles, rien de commun, si ce n'est la soif de d(Hniire. Triomphaiitos aujourd'hui, elles se fractionneraient demain pour se livrer bataille, et s'auc'antir\ient l'une l'autre dans le choc des rivalités. D'accord pour renverser, elles se divisaient sur ce qu'elles allaient mettre en place; c'est-à-dire qu'à une guerre civile succéderaient à l'instant, en cas de succès, cinq guerres civiles d'autant plus affreuses qu'elles seraient sans motif appréciable et sans issue possible. Oh ! les sectes! les sectes ! Jamais fléau plus grand ne pesa sur la terre. Elles sont sans bonne foi comme sans pitié, sans pudeur comme sans entrailles. Chacune d'elle? avait un organe, iislribué par milliers sur la voie publiqv.e, et qu'animait le souffle des plus mauvaises passions. Tous les matins, ce poison était versé à la foule, qui y puisait une sorte d'ivresse. Parmi ces sectaires, il en était un qui élevait l'outrage jusqu'au ciel, et se répandait en impurs blasphèmes.
— Je suis l'égal de Dieu, disait-il dans son égarement, h.' suis le chef de la création ! Dieu, cspiit menteur, ton règne est Oui. Jusqu'ici j'ai eu pour toi quelques égards, il fallait ménager les vieilles femmes et les bonnes d'enfants. Mais, à partir d'aujourd'hui, toute relation cesse entre nous. Je suis très-décidé à rompre; nous réglerons nos comptes avant peu. Tu es trop vieux ; il faut à la terre du nouveau. Je me charg.d'établir devant le public cette thèse en douze points.
Si ce n'étaient pas les paroles expresses de l'impie, c'e:: était du moins le sens. Je les atténue pins que je ne les exagère. Un pareil langage n'était pas celui d'un homme qui jouit de toute sa liberté d'esprit : il devait manquer danï quelque hospice un pensionnaire qui avait trompé la surveillance. C'était le cas d'y ramener celui qui parlait ainsi du ciel, et qui ne le prenait pas avec la terre sur un ton moin^
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cavalier. A ses yeux, la propriété était une infâme, el quand il rencontrait un propriétaire sur son cliemin, il fallait voir comme il le redressait :
— Ah ! te voilà, lui disait-il. Te voilà, vil criminel ! Viens ici que je te caresse les épaules ! Ah ! tu es propriétaire, et tu oses l'avouer ! Tu ne connais donc pas les corrections que j'ai infligées aux propriétaires? Gardez-vous bien, flibustiers, vous n'avez pas affaire à un manchot. Je vous réserve des lessives où je ferai entrer du bleu à vous décorer les omoplates. Ah! oui, vraiment! vous croyez qu'on vous laissera piocher en toute liberté, greffer vos arbres, faucher vos prés, pousser vos charrues, écheniller vos vergers, manier la houe et le râteau à souhait ! Merci ! Vous nous la baillez belle. Yidez-nioi les lieux, tas de fainéants et de sans cœur ! "Voici un citoyen qui passe, im être pétri de grâces, qui culotte les pipes comme pas un, et prend ses côtes au long avec une volupté incomparable. Eh bien I c'est ce mortel qui va vous enseigner vos devoirs. N'ayez pas peur qu'il ait l'envie de se déclarer propriétaire. Lui pro\)rictaire!vous ne le connaissez pas. Il mangera les pêches de votre verger, les côtelettes de vos ctables, le pain de vos huches, les légumes de votre jardin, les fromages de vos laiteries, le miel de vos rayons, le tout avec un appétit digne des âges antiques. Mais pour se diie propriétaire, jamais ! il ne se laissera point déshonorer par un substantif pareil. Propriétaire, lui ! il est bien trop fier pour cela.
Chez aucun sectaire, les systèmes n'atteignaient ce dogic de violence. 11 en était niême qui affectaient de garder plus de mesure et de se renfermer dans un langage patelin. Ce n'était, ni les moins opiniâtres ni les moins dangereux. Voyez celui-ci! Ne dirait-on pas, à ce vêtement négligé, à celte chevelure inculte, un de ces moines espagnols que Ribeira anima sous son pinceau? il croise les bras siu' sa poitrine, et leur inipri.'ïje ensuite un mouvement circulaire, comme s'il avait à fendre les flots écumants. Son œil inspiié va chercher au ciel la vérité absmle :
— Citoyens, dit-il, il faut que je vous exprime ce que j'ai