‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 2)Chapitre 17 sur 37 · LES MAINS CACHEE · texte numérisé non relu

LES MAINS CACHEE

les pouvoirs issus du suffrage universel. Cliaque jour des proleslations pareilles s'échappaient de plumes plus obscures. Il s'y mêlait des torrents d'invectives ou de sombres pronostics : chacun se croyait eu droit de prodiguer l'insulte à des idoles désarmées. Toutes les sectes agissaient à la fois, et les clubs recrutaient leurs soldats. C'était une conspiration im-^ mense, poursuivie impunément et à la face du soleil. Il était î impossible que le gouvernement l'ignorât; on ne cherchait, même pas un abri dans \ù myslère. La question des prises d'armes se débattait ouvertement au sein des club?, et à peine, dans les cas graves, avait-on recours au huis-clos. Personne ne semblait douter que ce pouvoir sans racines ne disparût devant le premier souffle de l'opinion, et qu'il ne s'élevât sur ses débris une initiative eu harmonie avec les instincts du siècle elles tressaillements de l'humanité.

Les sectaires triomphaient; c'était leur heure, leur jour. Ils avaient semé le vent, ils recueillaient la tempête. Toutes les idées malsaines qu'ils avaient jetées çà et là, un peu au hasard, venaient de germer à la fois, et ils se promettaient bien de surveiller la moisson. En hommes prudents, ils ne se livraient pas; toute chance leur répugnait. Us laissaient aux autres les émotions du combat, et se réservaient celles de la victoire. Us menaient la partie et cachaient la main. Leur rôle élait celui des dieux d'Homère, qu'un nuage dérobe à propos et tient en réserve jusqu'au dénoùment. Eu attendant, ils jetaient des aliments nouveaux dans celte ardente fournaise oii bouillonnaient les laves populaires. A des grondements sourds, aux langues de flammes qui s'échappaient du foyer, on pouvait suivre les progrès intérieurs et prévoir le jour où, brisant son enveloppe, ce cratère verserait dans la ville sa pluie de cendre et ses rivières de feu.

<*.ââ JEROME PATUROT.

LES INSmUMENTS.

Nous venons de voir la main ; passons aux instruments. Il n'y en avait qu'un seul de sérieux; c'était l'atelier national, foyer de toutes les manifestations et de tous los désordres. S'il est vrai qu'on eût à dessein constitue cette armée de prétoriens afin de maintenir dans les esprits une agitation salutaire, ilfaut avouer que l'attente avait été dépassée etla faute suivie d'un prompt châtiment. C'est surtout pour le gouvernement que celte cohue d'ouvriers fut un emharraset un péril : on ne saurait mieux appliquer l'image d'une épée toujours menaçante.

Les clubs avaient là des alliés naturels, et chacun d'eux s'y était ménagé de précieuses affiliations. Pas de mouvement sur le pavé, dans lequel l'atelier national ne jouât un rôle; et il ne s'en cachait guère, en vérité. Il arrivait drapeau en tête, comme eût pu le faire un corps régulier, et troublait l'ordre avec une confiance que donne seule l'impunité. Les sectes sociales exerçaient aussi de grands ravages parmi ces ouvriers enrégimentés. Nulle part on n'avait plus de soif du chimérique el de l'impossible. Nulle part on ne prenait tant au sérieux ces républiques imaginaires, pleines de ruisseaux de lait, ou ces dictatures violentes qui préludaient par la spoliation.

Depuis quelques jours, il était question d'une prise d'armes, et les ateliers nationaux s'en préoccupaient vivement. Mais, au sein des ateliers, personne n'y songeait avec plus d'ardeur que notre ancienne connaissance le Percheron. Attaché au chantier de la porte Maillot, un matin, il prit à part le Comtois, et l'entraînant dans un fourre du bo s de Boulogne :

— Mon lils, lui dit il, j'ai une grande nouvelle à t'annoucer. Mais viens plus'loin : j'aperçois un garde au bout de l'avenue.

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