‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 3)Chapitre 23 sur 35 · CONFESSION D UN MINISTRE · texte numérisé non relu

CONFESSION D UN MINISTRE

Vous savez, continua l'excellence, que je n'ai pas désiré ce poste éminent : j'étais né pour une vie modeste, mes goûts n'allaient pas au delà. Cependant, comme un autre, j'avais des illusions. Quand j'envisageais le rôle d'un ministre, je l'entourais de quelque grandeur, j'y attachais une certaine puissance. Aussi fus-je flatté, je l'avoue, lorsiju'on m'imposa un portefeuille. Le sentiment de mon insuflisance survivait encore en moi ; mais déjà les fumées de l'orgueil affaiblissaient cette déliance salutaire. Du reste, cette illusion duia peu.

11 est trois motifs secrets qui peuvent faire rechercher le pouvoir : ce sont les j)rolits du rôle, l'exercice de la puissance, l'éclat et les joies de la grau-

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deur. Sur ces trois points, un désappointcincnl complet attend le mallieurcuv titulaire.

Parlons d'abord du profit. Je sais qu'il est des niinisties qui spéculent sur leur traitement et visent à l'épargne. C'est le moindre nombre et ils sont notes. Leurs petites économies sont robjet des risées de leurs collègues ; l'entourage en plaisante , les députés le remarquent, et une certaine déconsidération personnelle est la suite de cette chasse aux centimes. Les vrais ministres, ceux qui perlent honorablement ce nom, dépensent au delà de leur traitement. La vie de riiùtel ministériel est montée sur un pied qui se transmet d'un titulaire à un autre. On peut y ajouter, mais il est dilTicile d'en rien retrancher. Le service est coûteux, la table est ciière : deux dîners par semaine, des réceptions, des charges sans fin, pèsent sur cette existence. L'hôtel est envahi de demandes d'artistes mendiants. Il n'est pas un concert, pas un bal par souscription, qui n'envoie des billets, pas de virtuose nomade qui, directement ou indirectement, ne vienne tendre la main. Bref, (juand on veut l'aire les choses avec dignité et avec grandeur, fermer les yeux sur bien des ])etits pillages, on ajoute chaque année cinquante mille bancs de son revenu aux quatre-vingt mille francs que donne l'État. Voilà les profits du ministi-e.

— Vous ne dites rien du télégraphe et des objets d'art, dis-je à mon ami le ministre.

— Point de médisances de ])etit journal, mon cher, vous parlez à un lionnétc homme. Je ne sais pas ce qu'on fait ailleurs, mais ici il n'y a rien qui ne soit loyal. Voilà donc pour le profit. Maintenant,

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