LA MAITRESSE ET LA FEMME
Dans la situation où je me trouvais, il ne me restait que deux choses à faire : presser mes rentrées et réduire mes dépenses; je devais à mes créanciers ce double effort et ces témoignages de ma bonne foi. Peut-être aurais-je dû m'arrêfer sur-le-champ, exposer mes embarras et demander un délai pour me
soustraire à une liquidation onéreuse. C'était le moyen de tirer tout le parti possible de l'actif de la maison, et de ne pas aggraver le passif des charges qu'y ajoutait remj)loi d'expédients désespérés. Vingt fois je fus sur le point de ])rendro ce parti, vingt fois le cœur nie manqua. On ne sait pas quelle somme de résolution et de courage il faut à un honnête homme pour venir déclarer devant une assemblée nombreuse qu il ne peut pas tenir ses engagements et faire hoimenr à sa signature ; on ignore quels combats il soutient avant de s'y résoudre, et quelles angoisses il endure quand il s'y est décidé. Je conçois que quelques-uns d'entre eux aient préféré la mort à cette expiation douloureuse, et voulu rendre leur probité manifeste par le suicide. Beaucoup d'autres n'ont été retenus sans doute que par des liens ou des devoirs de famille, plus impérieux encore que le soin de leur propre honneur; mais, dans tous les cas, il est difficile de comprendre (jue l'on se fasse de ce triste moyen un marche-pied pour arriver à la fortune, un jeu répété, une sorte d'habitude. On a beau biir sa conscience, on n'y échappe jamais complètement.
Ainsi je puisais dans la crainte d'un éclat public l'énergie nécessaire pour prolonger mon agonie. Quoique je n'eusse pu éteindre mes diflérenccs de Bourse, jusque-là du moins aucun effet n'était resté en souffrance : Dieu sait à quel prix ! A chaque échéance nouvelle, c'étaient des ellbrts incroyables, une activité que je ne retrouverai plus. Le matin au dépourvu, le soir j'avais paré à des payements considérables, étonné moi-même de ce succès, et obligé