‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 3)Chapitre 34 sur 35 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

plus d'art : mon adversaire avait compulsé tous mes livres et y avait trouve les traces des altérations que mon fondé de pouvoirs s'était autrefois permises. A mesure que la série de ces accusations se déroulait, je voyais la figure du juge-commissaire se rembrunir, j'entendais un murmure sourd s'élever du scia de l'assemblée. Je n'étais plus devant des créanciers, j'étais devant un jury, et l'acharnement de mou antagoniste fut tel, qu'il alla jusqu'à prononcer le mot de l)an(|ueroute. J'étais consterné, atterré, je n'avais jamais entrevu cette expiation nouvelle. Cependant il fallait parler, se défendre; je le fis, en balbutiant, avec la mort dans le cœur; j'invoquai ma bonne foi, mon dénùment actuel, la vieille probité commerciale du nom que je portais. Mes paroles ramenèrent quelques créanciers ; ils y virent l'émotion d'un bonnètc liommc et l'accent de la conviction. Mais l'influence de mou ennemi était trop puissante et il m'avait porté des coups trop rudes pour que je pusse me relever. A une assez grande majorité, on me refusa un concordat. Il eu est ainsi dans presque toutes les affaires où le failli ne subit pas la loi des meueurs et ne se soumet pas aux conditions qu'ils lui dictent.

Adieu dès lors mes projets et ceux de^Iahina! La masse des créauciers se forma en contrat d'union et s'empara des instrumente de travail qui nous restaient, magasin, marchandises, mobilier, valeurs de toute nature. Nous restions nus et dépouillés avec la misère en perspective : on ne pouvait pas descendre plus bns. Que faire? Où trouver de l'emploi? Nos dernières et faibles ressources allaient s'épuiser : il fallait prendre un parti. Malvina voulait retourner à

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ses occupations (roiivrière ; je l'en empêchai. 11 nii? >iem})!;ul impossihlo que le gouvcrneiiioiit ne fit rien pour un lioniuie (jiii avait toujours niarclié avec lui. qui avait joui- un rôle à la (llianihre et failli devenir sous-socretaiie d'Iùat. On no j)ouvait pas laisser s'étciiulre dans la misère un vote longtemps dévoué et une exislenee brillante na<;u('re. Je demaiulai une .icdiencc au président du conseil des ministres, qui m'accueillit trcs-ji ilainnunt. On clierclia de toutes parts une j)lace vacante qui ne lut ])as promise à un député en exercice. Cette reclierclie dura loni;lemps : mes ci-devant collègues ont tant d'électeurs à nour- )ir, qu'ils sont en quête de tout ce cpii peut apaiser d'insatiables appétits. Knlin, un petit posie de mille écus fut découvert dans une lésidence éloignée : on nu' rc-llVit, et je Facceptal avec reconnaissance.

C'est là que je vis avec Malvina, revenu des j;ranlienrs et résolu dé?>ormais à prentire les choses en plîilosop.be. Ce tourbillon de Paris, dans lequel la tète la plus saine éprouve des vertiges, n'est pas, après tout, un souvenir si enivrant (ju'on ue puisse s'en détacher. La ])rovince laisse bien j)lns d'action à la pensée, bien plus de liberté à la médilatlon. Jci le paysage est charmant, et nous en jouissons à toute heure. La )»ature rcnij)lace avec succès les prestiges de l'art, et je ne sais point de décoration d'iqjeia (|ui puisse atteindre aux eli'ets d'un coucher de soleil dans nor, montagnes. La maisomiette que nous habitons est petite, mais cbarmanle ; elle s'ouvre, d'un côté, sur la nu» principale du lieu; de l'autre, sur un jardin dont la rivière baigne le pied. Je pêclie des truites, ma femme élève des serins ; je fais cha-

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que soir la partie de rcvcrsis du conservateur des liypothcques, et Malvina donne dos leçons de guitare a sa fille ainée. Ainsi s'écoulent des jours qui se ressemblent, sans surprise C( inmc sans douleur.

Plus je m'interroge, plus je vois que j'étais fait pour cette vie paisible. Aucun plaisir ne me trouve indifférent: je m'intéresse à mou allée de pommiers, à mes plants de framboise, à mes carrés de légumes. Un rien m'occupe, un rien me cbarnie. Dans la politique et dans l'industrie, ce don naïf de l'enthousiasme, celle faculté d'entraînement, perdent facilement un lioinme. Au milieu d'une société cuirassée, je marcliais la poitrine nue ; j'obéissais au vice comme un fanfaron et sans avoir l'étoffe du vicieux : je tranchais du fripon et j'étais dupe. Aujourd'hui , pour les politiques elles industriels, il n'y a que deux chemins : l'un mène à la considération, l'autre à la fortune ; le premier ne demande que la droilnie, le iecond exige de l'habileté. Je n'avais pas assez de fermeté pour choisir le premier, pas assez de talent pour suivre le second. Avec plus d'imagination qu'il n'en faut à un homme d'affaires, avec plus de candeur qu'il n'en faut à un liomme politique, j'étais une victime vouée d'avance à toutes les déceptions et à toutes les chutes. Suis-je le seul qui ait ainsi jnéconnu la portée de son esprit? et parmi les industriels n'existerait-il pas des prétentions pareilles à celles qui m'ont perdu? Je laisse à d'autres le soin de tirer cette conclusion, grosse de bien des réformes. Peut-être renverrait-elle trop de marchands de draps à leurs foulons, trop d'herbaffers à leurs bestiaux, trop de commerçants à leurs

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comptoirs , trop de iiiafristrats à leurs sièges , trop

davocals à leurs dossiers.

Mon exemple ne guérira personne, je le sais : l'aiiihilion ne capitule pas aisL-uicut, et il ji'est pas donné à tous les cœurs déçus de se j)lnire à la greffe des arbres à pépins on à l'amélioration du chou de Bruxelles. Quant à moi, ces goûts chanijiétres nie sullisent, et Ma'.vina y ajoute les distractions i]c la volière et les délassements de la serinette. Mon lils , le second de ma race, déniclie les oiseaux justpi'ù ce que la bosse de la version latine l'appelle dans la capitale. Son frère continue à être le premier thème grec de l'Université.

Nous avons rarement des lettres de Paris, dépendant, un jeune peintre, envoyé pour oiui-r le uiailreautel de notre résidence, m'a donné Aes n<Mive!les d'Oscar. 1/odieux rapiu est déroré ; il continue à exécuter des portraits de Sa M.ije.'^té pour les communes de France, toujours avec des tcns plus verts que nature. Ou a retrouvé les traces de mes deux piin(ipaux dibitenrs, la princesse Fhbustofskoï et son acolyte Tajianouich. La palatine tient un café sur les bords lortunés de la Néwa, et le iéld-uiarechal rince les verres de l'établissement.

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TABLE DES MATlÈliES.

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