‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 4)Chapitre 19 sur 43 · I.A <:OMPA(.MK MODELE ET LA FEMME IDEM · texte numérisé non relu

I.A <:OMPA(.MK MODELE ET LA FEMME IDEM

Le sort en était jeté : j*ailais entrer dans la voie des réformes. Avant mon élévation, la compagnie offrait un bizarre assemblage de pantalons incohérents, d'oursons dégradés, de plaques irrégulières, de buffieteries anomales. Point d'aspect guerrier, point de tenue militaire. On venait en capote ou en frac, avec ou sans sac ; les fusils étaient de vingt modèles différents, à capucines de fer ou de cuivre, longs ou courts, pourvus ou non de bandoulières, à chiens ou à pistons. Si quelques voltigeurs plus soigneux portaient la guêtre d'ordonnance, d'autres poussaient l'oubli du décorum jusqu'aux bottes vernies et aux souliers de couleur. C'est une marqueterie affligeante. Le maniement du fusil s'exécutait sans ensemble, sans précision ; chacun prenait son rang comme il l'entendait, le nain près du colosse, et les ventres les plus remarquables de la compagnie en serre-files. Deux hommes surtout, le plumassicr et le coquetier, dépassaient toujours l'alignement d'un demi-mètre : ils jouissaient l'un et l'autre d'une santé déplorable à laquelle je n'ai jamais pu les faire renoncer. Ce sont les seuls voltigeurs de la compagnie qui y aient mis de l'entêtement.

En homme prudent, je ne brusquai pas la métamorphose ; seulement, dès la première garde, je passai une inspection sévère. Oscar m'a dit depuis que je me montrai sublime de pose, de coup d'œil et d'à-propos. liCs rangs étaient ouverts : je parcourus les deux fronts.

rtli3îl»2 »1V¥I Wl M^^ileai ^AYt^Ô'f,

Aver rcn' m. lo fantassins ilc re alibrr. jo ferais l.i campagne de llussie.

CAPITAINE. no

exainiiiaiil mes soldais un à un sous loules leurs faces. Mon regard d*aigle allait surprendre les moindres défeclnosités de la tenue, et, dès lors, la compagnie put voir qu'elle avait alTaire à un connaisseur. Quelques mots familiei*s, à Tinstar du grand homme, animaient la scène et lui donnaient le caractère tout à fait impérial.

« Martin, disais-je à Tun, vous avez là un pantalon qui est légèrement banlieue ; tachez de vous culotter autrement à la prochaine garde, mon camarade.

— Ah çà, et vous, Chapoulard, disais-je à un autre, quel est ce briquet qui vous bat dans les jambes? Prenez garde ! avec des mollets de ce calibre, on peut prendre feu ! Vous incendierez la compagnie, mon garçon.

— Patouillet, reprenais-jc en m' adressant à un troisième, votre giberne ressemble à la boite d'un facteur de la poste. Faudra me changer ça, mon ami. »

Ces reproches, distribués çà et là, devant le front de la compagnie, excitaient des rires universels, et j*étais bien convaincu que les voltigeurs ainsi admonestés se surveilleraient davantage à l'avenir. En revanche, quand je passais devant un sujet plus soigneux et mieux brossé que les autres, je ne manquais pas de Tencourager du geste et de la voix :

«Tenue ficelée, parole d* honneur !... Voltigeur modèle!... Chic militaire, vraiment!... Avec cent mille fantassins de ce calibre, je ferais la campagne de Russie!... Tous les anciens ne sont pas morts!... Bravo, camarade, voilà qui est proprement astiqué ! »

Et ainsi du reste, toujours avec la même aisance et facilité. Ce plan de conduite, imité du plus grand guerrier moderne, qui peut-être l'avait lui-même emprunté à l'antiquité, eut un succès prodigieux. Dès la seconde garde, la tenue de la compagnie était singulièrement améliorée. L'armement était plus régulier, l'habillement moins disparate. Évidemment, on se piquait d'honneur; on s'associait à ma pensée secrète. Pourtant ce n'étaient encore là que des préliminaires ; j'avais des projets plus vastes, plus étendus. Autour de moi, dans les postes du drapeau, dans les revues générales, j'entendais citer deux ou trois compagnies (|ui passaient pour des types de perfection ciloyeime : on en parlait en mille endroits, et au Carrousel surloul. Oiinnd ellos délilnienl rlans les mes de Paris, un murmure d'admira»

IbU JKUOMË PATUHOT

tioa s'élevait le long du cbemin, et leur formait une sorte de cortège. Adoptaient-elles un insigne, un ornement, à Tinstant même une épidémie d*imitalion se déclarait sur les deux rives de la Seine ; toutes les légions faisaient acte de plagiat* Quelle gloire pour une compagnie, que de donner ainsi le ton et de régner sur Tuniforme ! La faveur de la ville et de la cour, les applaudissements de la foule, les sourires de Sa Majesté, les suffrages des princes, tout ce que le succès a d'enivrant, tout ce que la popularité renferme de charmes, s'attachaient à une position pareille, et formaient une sorte d'auréole autour des créateurs de ces corps privilégiés. Voilà où je voulais en venir; voilà quel rêve remplissiût mes jours et troublait mes nuits. Eclipser la compagnie du Puget, lui enlever l'empire, me faire un piédestal de ses sacs humiliés et un arc de triomphe de ses plumets déchus, telle fut ma prétention, tel fut mon orgueil.

Oscar attisait cette vanité : le Machiavel avait son but. Depuis quinze jours il épuisait les couleurs de sa palette pour me ci*éer un uniforme qui éclipsât tous les uniformes connus. Selon son habitude, il s'était laissé aller au vert ; mais vert et bleu ne se mariaient pas ensemble. J'élevai des objections ; il résista d'abord : son culte pour le vert allait jusqu'au fanatisme. Je me fâchai, et finis par obtenir qu'il se rabattrait sur le jaune : l'abus du jaune était moins dangereux. Dans ces conditions, il exécuta mon fantassin, celui que je voulais présenter à la compagnie comme idéal. Voici à quoi nous nous an*étames : Guêtres d'ordonnance; pantalon bleu, aisé, sans sous-pieds, avec bande jaune et deux lisérés jaunes ; ourson à plaque jaune , orné d'une torsade jaune, comme les chasseurs de la garde impériale; épaulcttes jaunes; frac à boutons jaunes et aiguillettes jaunes. A ces détails, Oscar voulait ajouter une bufïlelevic jaune; mais je m'opposai à cet excès, qui nous jetait dans les couleurs de la gendarmerie. J'adoptai le sac avec une giberne à plaqua jaune. Les fusils devaient avoir des capucines en cuivre, ainsi que la garniture; la bandoulière était de rigueur, attendu que je préméditais l'exercice à feu (1). Ces accessoires une fois réglés, Oscar dessina et coloria mon voltigeur-modèle. Pour ne pas se gâter complètement la main, il lui passa une couche de vert sur le

(1) Il n'csl pfls snris inlort t de rappeler que ceci ."c jKissail û répo«{uc où ruiiiroriiic élail ai-bitraii'i\ cl ayiiiil qu'une loi eu ciM fur. ik'fiuiliveuiciil tous les ilélaiU

visage, el ino fournit un spécimen assez remanjuable. Il est vrai que je lui avais prodigué mes conseils.

J'étais résolu à frapper le grand coup. Le premier jour où la compagnie se trouva de nouveau convoquée, je fis exécuter un roulement significatif et former le cercle. Tous les gradés étaient à mes côtés : la réunion avait quelque chose de solennel. Quand le silence se fut établi, je pris la parole :

«Camarades, leur dis-je, les grandes institutions ne vivent que par la tenue : hors de la tenue point de salut pour elles. Sous ce rapport, la compagnie laisse beaucoup à désirer; elle manque d'esprit de corps, d'émulation, de discipline. Les grenadiers du Puget lui marchent sur le ventre. Cela durera-t-il toujours, répondez-moi ?

— Non ! non ! répétèrent à la ronde nos voltigeurs.

— A quoi cela tient-il, camarades? A quatre ou cinq brimborions qui donnent à l'homme Tair troupier, l'air ric-à-rnc, le galbe militaire et Fœil à dix pas devant lui ! Voilà où git le lièvre. De quoi se compose, après tout, cette compagnie du Puget? D'huissiers, de procureurs, de détaillants, d'épiciers, de tailleurs, exactement comme la nôtre. Ces gens-là n'ont subjugué aucune espèce de Trocadéro. Eh bien, ils font de l'effet; ils simulent parfaitement les vieux de la vieille.

— Parfaitement, reprit Oscar, pour appuyer l'impression que produisait mon discours.

— Aussi les gloires, les honneurs sont pour eux. On dirait qu'ils sont toute la garde nationale : le père Lobau les comble de poignées de main, le colonel Jacqueminot les porte dans son cœur, Tétat-major du Carrousel leur fait passer du Champagne aux jours de garde, la cour même les voit d'un très-bon œil. Un de ces quatre matins on les décorera en masse.

— En masse, dit Oscar faisant écho.

— Voltigeui's, repris-je en élevant la voix, voilà un exemple. Les compagnies sont ce qu'elles veulent être. Quand vous le voudrez, il n'y aura pas dans Paris de soldats citoyens dignes de vous déboutonner les guêtres. Logez cela sous vos oursons, et nous donnerons du fil à retordre aux plus fendants. »

Évidemment mon auditoire cUiit ému, ébranlé. Les voltigeurs prodiguafent les signes d'adhcsiion, ils échangeaient entre eux des

182 JEKOME l'ATUnOT

paroles (l'assentiment. Je ne laissai pas refroidir les impressions favorables. Prenant des mains du sergent-major les deux gravures eoloriées, je les ils circuler dans les rangs, où elles obtinrent un accueil enthousiaste. I^a couleur jaune saisissait Tœil, et Oscar avait eu le soin d'y répandre des tons dorés qui flattaient beaucoup le regard, a Voltigeurs, leur dis-je, voilà votre type, que vous en semble?» H n'y avait pas à s'y méprendre, le costume était adopté : à peine deux ou trois partisans de l'ancien capitaine osaient-ils hasarder quel- (|ues critiques de détail. Je me recueillis alors, et ajoutai :

« Camarades, ce n'est pas tout que le costume : il y a encore la discipline. Dans la garde nationale elle ne peut être que volontaire : ce sont des arrangements de famille. Voici donc une petite charte que je vous propose, et sur laquelle nous aurons à délibérer, article par arlicle. On prendra l'engagement d'honneur de s'y conformer. »

CHARTE DE U COHPiGNIE PATUROT.

Art. V\ La compagnie adopte à tout jamais, comme costume de rigueur, grande et petite tenue, les deux modèles ci-annexës, dessinés et coloriés par M. Oscar, peintre ordinaire de Sa Majesté.

Art. â. A partir du T' mars prochain, la compagnie sera costumée tout entière conformément aux modèles. Les délinquants seront punis d'une amende de 40 fr. pour chaque garde de retard.

Art. 3. Si les infractions au costume ne sont pas générales, mais partielles, Tamende sera de 1 fr. pour chaque article en contravention.

Art. 4. liCs gants de daim sont de rigueur ; les sacs également. L'usage des lunettes et binocles est prohibé sous les armes, sous peine de 1 fr. d'amende, et de 5 fr. pour la récidive.

Art. H. Les voltigeurs dont les formes dépassent les proportions ordinaires seront invités à suivre un régime plus approprié aux exigences du coup d'œil sous les armes. Ceux qui persévéreraient dans un embonpoint funeste seront relégués au second rang et condamnés à des patrouilles hors de tour, dans l'intérêt de l'alignement général.

Art. 6. Les uniformes, les oursons et les accessoires devront, autant que possible, sortir des mêmes magasins, afin que le confectionnement en soit plus régulier. Les membres de la compagnie se désintéressent formellement de toute prétention à ces fournitures.

Art. 7. Chaque voltigeur recevra un numéro d'ordre, et les dispositions dans les rangs 8(^ feront d'après ces numéros. Il sera Irès-mililaire d'appeler un homme par son iinmérn dans tout ro qui ronrorno !c sorvire.

Art. H. I<a compagnie Paturot se décerne ù elle-inéme, dès aujourd'hui, le litre de Compagnie modèle. Elle s*engagc, sur Thonneur, à réclamer la restitution des cendres du grand homme.

Art. 9. Le produit des amendes formera une niasse destinée à perfectionner le costume. Une cotisation volontaire sera imposée pour Tamélioration des tambours.

Art. 10 et dernier. La compagnie vole, à l'unanimité, des remercîments à M. Oscar, peintre ordinaire de Sa Majesté, pour les deux modèles ci-annexés. De son c6té, M. Oscar déclare qu'il se dessaisit en faveur de la compagnie de la propriété pleine et entière de ces objets d'art.

Fait au Carrousel, le...

PATimOT,

Capilaine en itrcmicr.

Pour copie conforme à l'original :

OSC.VR,

SiYKOiil major, vi \mnirv orAmwc de Sa Majesté.

Telle était celte pièce, qui complétait et sanctionnait mon plan de réforme. Elle ne passa pas sans difTicultés. Un jeune avocat, qui s'était glissé dans la compagnie comme un serpent sous Therbe, prit la parole, et chercha à établir que la loi que je proposais était une loi draconienne, un souvenir de la féodalité, une déplorable évocation du moyen âge. Nous ne nous attendions pas à cette sortie. Elle nous ébranla un instant ; mais bientôt Oscar recouvra son assurance, et, avec rintarissable verve qui ne Fabandonnait jamais, il prit à partie cet adversaire imprévu, et lui fît voir qu'il avait un maître dans Fart de la piirole. L'avocat sentit qu'il s'était trop engagé. Par un retour adroit et familier à sa profession, il revint sur son point de vue, et prouva que notre projet était empreint d'une libéralité profonde et digne de la civilisation moderne. Ce revirement obtint un grand succès : c'est tout ce qu'avait cherché le stagiaire. Oscar le tint pour un homme d'esprit. Quoi qu'il en soit, la charte de la compagnie Paturot fut dès lors votée à l'unanimité et par acclamations.

Le costume s'exécuta ; et, le premier jour du mois suivant, la compagnie arriva, dans des uniformes neufs, au poste d'honneur des Tuileries. J'avais bien cru m'apercevoir, en la conduisant, que le jaune des parements, des torsades, des plaques, des boutons, des lisérés, des épaulettes, tirait un peu trop l'œil, et je commençais à regretter qu'Oscar se fût montré aussi prodigue de cette couleur. Hélas !

quand le rapin adoptait une nuance, il la portait dans le cœur ; c était un culte, une idée fixe. Cependant, la tenue de nos voltigeurs offrait une régularité qui rachetait ce que le costume avait de trop voyant. Nous arrivâmes au Carrousel, où le maréchal Lobau nous attendait pour passer son inspection habituelle. Du plus loin qu'il aperçut cette compagnie jonquille, son air devint rogue, son front se rembrunit : le vieux guerrier n'aimait pas les singularités de Tuniforme. Il ne dit rien pourtant, et ordonna quelques évolutions. La compagnie manquait d'instruction militaire; la manœuvre n'était pas son fort; les voltigeurs s'embarrassaient les uns dans les autres, la queue cherchait la tète, les alignements ne se faisaient qu'avec peine. Tout cela augmentait la mauvaise humeur du soldat de l'empire ; il se contenait mal, il laissait percer son mécontentement. Enfin, dans un moment critique, l'explosion eut lieu. Mon second rang tout entier, sur un changement de front, s'égara dans l'espace, et offrit le spectacle du plus affreux pêle-mêle. Le maréchal n y tint pas.

« Concierge, s'écria-t-il avec sa voix de tonnerre, concierge, fermez les grilles du Carrousel : ces serins-là vont s'envoler ! ! !

La manœuvre finit sur cette boutade. La leçon était dure ; j'essayai d'en affaiblir la portée. A mes yeux, elle s'adressait moins au costume qu'à l'instruction militaire. Pour mériter le titre de compagnie modèle que nous nous étions décerné, il fallait faire quelques efforts, travailler l'école de peloton, s'élever même jusqu'à l'exercice à feu. C'est ainsi et seulement ainsi que l'on pouvait regagner l'estime du maréchal, et marcher de pair avec les compagnies célèbres dans la milice citoyenne. Oscar se rangea de cet avis, et l'échec fut oublié. Seulement on décida que la compagnie se livrerait désormais à la manœuvre sur une grande échelle. La plaine Saint-Denis fut désignée pour être le théâtre de ces expéditions, et, pendant un mois entier, mes voltigeurs s'y rendirent avec exactitude. Chacun d'eux emportait une trentaine de cartouches ; on exécutait des feux de file, des feux de peloton ; on simulait une petite guerre. Les évolutions ordinaires précédaient ou accompagnaient ces opérations stratégiques, et les bons effets d'une pratique soutenue se firent bientôt sentir. Un accident seul put interrompre le cours de cette éducation martiale. En homme défiant, je ne commandais le feu à mes voltigeurs que lorsque je me trouvais hors de la ligne de leurs fusils. I^e lieutenant n'avait pas la

«:aimtaine.

même prudence, et mal lui en prit. Dans une décharge générale, il reçut à bout portant une baguelle oubliée dans le canon. Ileureuse-

uienl \e pi-tgtThlr IVapjm ilans li's pai'lies ciianinrs, vi rollieicr, ainsi rnibroclic, en l'ut quille pour (piahr mois de hailemonl. NéanmoiuJi, celte circonstance l'épantlil (lueltjue froideur sur rexercice à feu, el la plaine Sainl-rJenis fut désormais délaissée-

(hi ileviue combien ces passe-lemps militaires me détournaient de mon commerce et de mou ménage. Je ne m^appartenais vraimenlplns: debout à cinq beuresdo matin, je rentrais an logis harassé, et n'y apf>orlais pas toujours une humeur at^commodante, Évidenmient les honneurs me gâtaient et me jetaient dans une vie irrégïdière. Mah iua ni^ disait rien encore, elle soulTrail en silence. De son cotéfïscar s*impa Ironisait de plus en plus dans la maison. Quelques iuslances que j eusse mises à l'attirer vers nos exercices et nos manœuvres, jamais il n'y avait pai^u. Le diplomate avait eu auli^e chose eu vue : il songeait à gagner le terrain *pie je perdais, et se méhui un peu trop îles affaires que je néghgeais. Mes écarts d'ambition entraient pour beauajup dans ses (dtances, et il employa il un arf perfide à les aggraver.

180 JEROME FATUROT CAPITAINE.

Un matin que je revenais de Texercice à feu, Malvina ne se trouva pas, comme d'habitude, dans le magasin. Sans m'arrêler, je gravis l'escalier, ouvris la porte de l'appartement, et allais pénétrer dans la chambre de ma femme, quand je m'aperçus qu elle n'était pas seule. Un dialogue était établi ; je distinguai la voix d'Oscar.

« Quoi ! madame Paturot, disait-il, c'est bien votre dernier mot?

— Oui, monsieur Oscar, et n'y revenez plus... Viens ici, Alfred, ajouta ma Lucrèce en s* adressant à son iils, viens donc que je te débarbouille la figure. »

J'entrai sur ces paroles. La mère était occupée de la toilette de son enfant ; Oscar, assis dans un fauteuil, semblait embarrassé, et ma présence fut loin de lui rendre son aplomb. Alors, aucun soupçon ne troublait mon âme ; ce fut plus tard seulement que je compris ce que signifiaient les paroles échangées entre le rapin et mon épouse. Chère Malvina ! elle avait plus de bon sens, plus de tête que moi. Au lieu de comprendre le danger des assiduités du peintre, en véritable mari j'eus l'incroyable inspiration de lui dire :

« Oscar, tu déjeunes -avec nous, n'est-ce pas? »

J'élais un homme prédestiné.

AMBITIONS DE MALVr.NA. IHT

LES AMr.lTIO.NS DE MADAME l'ATUlUIÏ.

Quand le vertige s*en)pare d'une maison, ce n csl point à demi ; rien de plus contagieux que Fexemple. Il y a d'ailleurs au fond du cœur humain un invincible besoin dessais et d'expériences. Un succès, si grand qu'il soit, ne le remplit pas entièrement, c'est à peine une halte dans la voie des désirs. Tient-on jamais compte des résultats passés quand on aspire à une conquête nouvelle? Les lois de l'ambition ressemblent à celles de la gravitation : l'intensité s'y accroît en raison du chemin parcouru. Certes, j'avais obtenu du sort au delà de ce qu'un bonnetier peut en attendre ; huit cent mille francs, une femme aimable et fort experte, deux enfants qui venaient à souhait. Où est le bonheur, si ce n'est là, dans les joies de la famille, dans les douceurs de l'aisance? Eh bien, cette situation ne me suflisait pas ; je prétendais à mieux : on eût dit que je voulais lasser le destin. Au premier souffle de la flatterie, ma vanité s'était échauffée; elle avait entrevu un monde brillant dont chaque jour la fortune me rapprochait. Au-dessus de moi et presque à ma portée, je voyais s'épanouir la classe qui dispose aujourd'hui de l'empire. J'étais en voie de l'atteindre; encore un effort, encore quelques cent mille francs, et je prenais mon rang dans cette phalange de parvenus. Dans la mémorable nuit de mon suicide, mon pauvre oncle me l'avait dit : « Sois bonnetier, Paturot; le vent souffle du côté des bonnetiers et « des marchands de chandelles. Un bonnetier peut aspirer à tout. « Capitaine de la citoyenne, conseiller municipal, maire peut-être, cl

188 JEnOME PATUIIOT

(( que (lis-jc maire? conseiller d'Ktal, député, ministre!!! voilà ton « programme, Jérôme, il est moins chimérique que celui de l'hôtel « de ville ! »

Sois bonnetier, tu seras ministre! ! ! Ces mots retentissaient à mon oreille comme ceux des sorcières de Macbeth. Hélas ! que de (ilateurs. marchands de nouveautés, drapiers, meuniers et droguistes, les ont entendus comme moi, dans le silence des nuits, au milieu du tumulte de la journée ! Qui se résigne aujourd'hui à n'élre qu'un simple marchand? Qui n'a pas été un peu ministre en rêve, et même président du conseil? Qui n'a pas, dans le monde du négoce, arrangé les destinées de la France au point de vue de sa spécialité F C'est le travers du jour : chacun y sacrilie. La science politique n'est plus l'étude d'une vie entière, le fruit d'une spéculation assidue ou d'une pratique patiente; elle s'apprend dans les comptoirs, dans les ateliers, au milieu des mécani(jues et des bordereaux. Un manufacturier est transformé en Colbert du jour au lendemain, et il se partage des lors entre les soins de TËtat et les foulons de ses fabriques. Faut-il le dire, esprit de corps à part, notre classe industrielle est arrivée trop tôt au pouvoir pour sa gloire; elle aurait eu besoin d'un plus long noviciat; elle poursuit son éducation aux dépens de la force, de la grandeur, de la dignité du pays. Le propre du commerçant, de l'industriel, est de voir d'abord dans les choses ce qui le touche : c'est une des qualités, un des titres de la profession. On n'y réussit qu'à ce prix. Or cette vue personnelle devient un dissolvant dans les affaires publiques, qui exigent surtout de l'étendue dans l'esprit et du désintéressement dans le cœur. Il se peut qu'avec le temps la classe industrielle s'améliore, qu'elle se mette à la hauteur de ses nouveaux devoirs, qu'elle s'élève jusqu'à la politique; mais il n'en est pas moins vrai que les grandeurs l'ont surprise avant qu'elle fût apte à en porter le fardeau, et qu'elle a introduit dans la vie publique deux germes de décadence : la faiblesse dans les desseins, et les petits calculs de positions et de personnes.

J'en parle en converti, on peut me croire. Que n'ai-je aperçu, avant de m'y engager, les pièges de cette existence et les déceptions dont (»lle est semée ! Les industriels qui aspirent à se transformer en médiocrités parlementaires ou ministérielle ignorent ce qu'il en coûte de servir plusieurs maîtres e( de porter deux souquenilles, l'une

AMBITIONS DE MALVLNA. 189

(l'homnie public, Tautrc de inarcliand. Sans doute, TÉtat est bon prince; il souffre des incapacités de tout le monde, et n'en rend personne responsable. C'est ce qui poussé vers ce service des prétendants si nombreux. Les expériences se font aux frais du trésor; heureuses ou malheureuses, il paye sans murmure et sans recours. Ainsi, à ce point de vue, le risque est nul ; mais les honneurs ont d'autres embarras, d'autres ennuis. A peine étais-je capitaine d'une compagnie modèle, et déjà je les voyais fondre sur moi. J'avais des envieux, des ennemis ; mon propre parti commençait à se fractionner. A la tête des mécontents figurait un herboriste qui ne pouvait pas pardonner à ma maison l'indifférence qu'elle affectait en matière de tilleul et de camomille. Quoique cet homme fût peu considérable, l'activité chez lui suppléait à l'influence : son opposition n'ébranlait pas mon autorité, mais elle troublait mon repos. A la rigueur, j'aurais pu désarmer mon adversaire en lui prodiguant les commandes, sauf à précipiter ma famille dans les sédatifs qui ont pour base la guimauve et la graine de lin. Je ne le fis pas, en vue de ma dignité ; je dédaignai ce complot des infusions méconnues, je résistai à cette conjuration des plantes médicinales.

Au milieu de ces premières distractions de la grandeur, mes affaires n'avaient pas souffert. Malvina demeurait toujoui-s au poste d'honneur, c'est-à-dire, au comptoir et à la vente. L'inventaire qui s'achevait allait porter à un million le chiffre de notre fortune. Un article seul, une sorte de cache-nez dont elle avait eu l'idée, et qui s'était exécuté sous ses yeux, nous donnait plus de vingt mille francs de bénéfices. I^es assortiments courants ne faisaient que paraître et disparaître : aux approches de l'hiver, le magasin était littéralement assiégé par les acheteurs. Cela dura ainsi jusqu'à ce qu'un événement singulier fût venu bouleverser notre maison et changer du tout au tout la vie calme que nous avions menée jusqu'alors. Cet épisode fut décisif, il demande à être raconté avec quelque détail.

Dans la clientèle élégante que nos articles de fantaisie avaient attirée, se trouvait une grande dame que l'on nommait la princesse palatine de Flibustofskoï. C'était une personne un peu mûre, mais pleine de majesté ; elle avait cet éclat qui tient à la fois de la nature et de l'art, et qui atteste des soins de conservation unis à une santé prospère. Rien de plus magnifique que ses épaules, de plus potelé et de

plus royal que sa poitrine et les attenances. Si le regard était un peu fier, des cils noirs, d'une longueur idéale, lui donnaient on ne saurait dire quelle expression douce et quels tons veloutés. Tout dans cette femme accusait de la race : le port seigneurial, des cheveux cendrés à reflets bruns, une coupe de visage d'une distinction parfaite, un pied et une main admirables. Sa voix avait conserve le timbre argentin qui est ordinairement Tapanage de la jeunesse ; Tincarnat de ses lèvres était d'une pureté extrême; ses dents n'avaient pas de rivales pour la blancheur et pour l'émail. Â la voir descendre de son brillant équipage, appuyée sur le bras d'un chasseur de bonne maison, on eût dit une déesse, une Junon ou une Niobé. Rien n'approchait du goût de ses toilettes : les fourrures du Nord, les riches étoffes, les joyaux, les objets de prix y contribuaient, mais sans affectation, sans étalage. Tout cela était merveilleusement porté; l'élégance en faisait excuser la richesse, la distinction en rehaussait la valeur. La princesse Flibustofskoi menait, d'ailleurs, grand train : elle occupait, dans le plus beau quartier de Paris, un appartement somptueux, donnait des fêtes, avait une nombreuse livrée, vivait, enfin, sur le pied des plus grandes existences de l'aristocratie. Oscar, qu'on ne prenait jamais au dépourvu, la connaissait; il la nommait la providence dei ardsleë, ce qui m'autorisa à croire qu'il lui avait fait l'hommage onéreux de quelquesuns de ses herbages.

Sans que Malvina pût deviner pourquoi, la princesse Flibustofskoi l'avait prise depuis quelque temps en affection. Deux ou trois fois par semaine, son équipage s'arrêtait devant notre porte, ce qui était, pour les voisins, un objet de sourdes jalousies. La marchepied s'abaissait, et la belle palatine venait s'asseoir familièrement près du comptoir de Malvina, qu'elle honorait de visites très-longues. Les commis déployaient quelques colifichets, quelques objets de luxe, la princesse choisissait et engageait ensuite l'entretien. On connaît madame Paturot; on sait quel est son talent, sa facilité de parole; toute princesse qu'elle fût, madame Flibustofskoi ne pouvait pas lui en remontrer de ce coté. Aussi ces conversations devenaient-elles à peu près interminables : Malvina, une fois lancée, ne s'arrêtait plus; elle racontait sa vie à la princesse et les vicissitudes qui l'avaient traversée, lui parlait de ses malheurs d'autrefois, de son bonheur actuel, de la prospérité de sa maison et du million en chiffres ronds qui allait se

u «EÀiaz^î PÀUi¥ï(;]i ci^ir^TteUv ^arncît^ic 'lu ?2.s^3)r/£»7tKoi,

Jml dius leUv kmmv acius^il tl« la ra^v

imtuTr au bout de rinventairc. Cos Héttiils* somblniPfH înfi^rt^sscr l»pniiroii|) h pnlalino. et In lÎJiison (iovenait cfinqiie jrmr |jti*s ijiljfm». sans imilolois iVandiii' rinU'rvulli* i{ui sépare un iiiari-ljiviul <!ut*li(^nL En retour de8 roalidrnces âe Mi*HviEia. la f^rande dame pindi;^uait les atlention» iidlîcnies, les préveminres R(Tf*chieuse.Sp s'infruiuait de ma santé, de relie de nos enfants*, enfin déhiiait une foule de petits riens qui avaient du prix, venant tVune lioiiclje aristocratique.

BienlïU In princesse pahtint! eut un parti dans ma maison : Mal* vina en ralTolait; elle eu parlait à ïoutc heure, h tout propos, IN> loin en loin madame Flihuslorî^koi envoyait queli[ues jouets'pour ma petite lamille, el aieomi>a|Lriiail ces envois de billets eliarnuints. Mrs enfanta se dérlarèrent donc eu sa tavcnr, et eurent aussi son nom à la houebe. Notre Imnne ne fut point insensilile ri (]nelques nnjlades «lu f^rand eliasseur, el passa à son toni' aux FJilMistorskoL l'^nfin Oscar, n'oeliérissant snr le tout, eélébrait î*ans rclaehe la haute position, la mafiîiilreenee, la fjfénérositi^ de la princesse palatine. Il ne la nommait que la bielle Moscovite, la majestni^ustî Moscovite, la superbe Mosco* vite, exnhait son gont [lour les arts, et le talent de son cuisinier. Ainsi ma maison entière conspirait pour elle. Seul je résistais, seul je ni<* défimdais contre celte iidluence ; mnis tpiand je m'avisais d'émetlre t[uelques doutes, île montrer quelque lii'denr, j'étais sùrdi* voîi* éclater une explosion univ<»rselle. Le [leintre fudinairede Sa Majesïi* s'exas- [térait plus haut que les nôtres.

u Voila comme tu es, l*aturot, s'écriait*iL un see|iliqnis un vil sc*^[rlique! tJ imlnslriels! vous ne save/ qui* vous délier! oii serait la loi sans les artistes?

— Mon Dieu, ne te faclie pas. Oscrii%

— Mon; mais c'est (pje le commerce altère vos faculté^s. Vous vous y abrutissez, vous vons y eueioîllr/. Suspecter la princesse palatine, ù Jérôme ! ! î

— Mais, non !

-- Une Flihnstidskol !

— Kli bien, non!

— Une aussi majestueuse Moscovite!

— ^4%n! non!

— Jérrime, va^l'en ile ma part à rambassade russe ; demande le seerélaire de la léffalion, un jeime bbmdifu dis-lui tle te monlriM'la

Uf-l

JEROME l\VTU»UJT

rade tic rniipiiH* tWs llussit's, dressée par les ordres <le S. M, l'e^mpereiir Nicolas; tu y verras les terres de lu |)rincesse palatine.

— Mon Dieu! je m'en rapporte..,

— Cent eioffunirte WLîi^les rarrées, mesure locale; hi convertiras la chose en tieclares, pour avoir le droit tf eo parler en France.

— A quoi bon?

— Ce n'est pas tout! Suis la récapitulation. Dix mille serfs et trois cent vinj^4-denv mille (êtes de In^lail paissant sur les rives fortunées

ilu Don, département de rilkraine, sous-prélecture d'AzolT. Voilà ce f|nesoot les Flibuslolskoï ! Soupçonne encore, soupçonne!...

— Du tout, je me renils.

— Daturoi, Daturot! les épaulettes t'cyaix^nl. D(^ ce que cinquante éjnciers, plus ou moins, t'ont porte au commandenient iïunc comt*agnie, tu te crois en droit d'accalder de tes mépris Taristocratie européenne, d'insulter les blasons, île dédai^^ner les ilbif^trations hér'aldiqucs. Mais sais-tu bien, malheureux, ([ue si les alliés repai'aissenl vu France, la pi^incesse palatine ponriM le faire tailler en [uèces par <pïarantc-([uatre l'éj^imcnls de Cosaques?

— Flic est donc bien puissante?

— Itichc à millions! Jérôme, File possède des miru^sd or rtans les chaînes de rOural. à deux pas des DemidofT, ces bienfaiteurs des critiques parisiens. File nTa (ail um* eonunande de trois paysages à cent éciis la pièci* : c'est princier, vois-tu. »

(]e deruiei" arf^^ument ne stuilTrait pas de l'éplique: jiM^dai. Avec

AMBITIONS DE MALVINA. i95

la maison entière, je fis chorus au sujet de la princesse Flibustofskoï , je la reconnus pour h palatine la plus fïcncreii?^e et la jïIus .idoruMi^ de rniiivei^. Au fail, poyn|uoi aurais-jc inontn^ plus de diHianef*? Comme le disait victorieusement Malvina Jo prinaî^ise payait couiptanf: c était un titre irrésistilile. Li convemilion en resta là; notre majesliiinise Moscovite avait run;ininiittV. Du reste, pendant un mois, il en fut peu question; elle venait moins (re^jncmment an magasin^ et je soiJ[M;onnai Oscar de détourner sur ses paysages une portion de ses tiliéralités. Au fond, je n'étais pas fâché de cette froideur : iiistinctivemenl, je n épnHivars que de la répu*înance pour une intimité nenv l^lahle, Malvina, au contraire, regrettait heaucoup ses causeries avec la grande dame, et ne savait comment expliquer sa réserve après tant d'assiduités, \jn soir, au sortir de table, nous nous en entretenions dans» le salon, quand tout à coup la porte s'onvr*\ et un valet de pied annonce a liante voi^c :

Madame la [u'incesse pcilatine de Flibustofskoï!

C'était elle, en elTet, elle dans notre appartement! Malvina croyait rêver, et je cliei chais vainement à m'expliqnerle motirde cette visite, la princesse alla droit vers ma fenmie :

u Ma tonte belle, dit-elle d'une voix cai'essante, je viens vous surprendre jusipie vhei vous. Chassez-moi, si je suis une indiscrète.

— Princesse , répondit madame Patnrot, fière et troublée à la foi ^ de l'honneur qu*on lui faisait, c'est trop de bonté.. , Je suis vraiment confuse.,. Peut-être n*a4-on pas su vous servir h votn* pré là-bas?.,. Pardon, je vais descend n*,

— >ion vraiment, non, ma (liannantcî c'est vous que je vtf*ns voir, jj

Eu même temps, elle se retourna <ie mon côté; et, nradressant le plus *rracieux des sourires : t* Ah! ces^t monsieur Patuiot!

— Madame la princesse, nqKmdis-je en m' inclinant.

— trest bien, monsieur. Il y a bjuglniups qur jt* dédirais vous rencontrer. J'ai des reproches a vous faire,

— A moi! madami' la princesse.

— A vous, monsieur* Uuautl fni a tout ci! qu'il faut poiu' brillei' dans le monde, on n*' s'enrouit |ias flans mw arrièredionlirpu* : un <*' ]irndiril, on si' fait voir,

ta

id2

JÉRÔME PATUKOT

carie de Tcmpire des Russies, dressée par les ordres de S pereur Nicolas; lu y verras les lerres de la princesse p' .

— Mon Dieu! je m'en rapporte...

— Cent cinquante werstes carrées, mesure loc la chose en hectares, pour avoir le droit d'en r

— A quoi bon?

— Ce n'est pas lout ! Suis la récapitula ccnl vingl-deux mille têtes de bétail ^r

de

iC so-

manque

tes un desv^enise.

^c^uurs, comme on le

, i>elle; il es! impardonnable, ré^pris-je.

o^"^ ^,.ht'e^ Voulez-vous parier, monsieur, que votre /^r' '^'^ M-rilï^ment ce que c'est que le Théâtre-Ilalien , et

f>^ Jii naïvement Malvina

^X!!'.^ cii '^^'^'

/-'fi.-

vous le voyez, les tyrans de l'antiquité n'en faisaient '^^jheureuse victime! ajoula-t-elle d'un air compâtissanl.

^"^ musique italienne : c'est un cas de séparation. » ^f^^: ^ retournant vers moi :

pais

se

Uoïisie^^' dit-elle, vous avez abusé du droit de la force; nous j-évoltons. Je vous enlève votre femme pour ce soir ; je l'emmène ^ X Italiens. Permis à vous de nous suivre.

Princesse, que d'honneur !

Capilaine Paturot, ajouta la sirène, je veux vous présenter au

fcid-nnaréchal Tapanowich, gouverneur des colonies mililaires de la Crimée. Entre guerriers, on est fait pour se comprendre. »

Celle voix, ce langage, ce regard exercèrent sur moi une sorte de fascination. Je ne cherchai pas alors à m'expliquer ce qui pouvait motiver, de la part de la grande dame, une démarche aussi étrange et «lussi inattendue. Machinalement je me laissai entraîner ; j'obéis à ce prestige. Malvina éleva seule diverses objections que la princesse détruisait une à une. Klle n'en voulait pas démordre; il fallait

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