‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position socialeChapitre 26 sur 96 · OSCAR · texte numérisé non relu

OSCAR

Sergent-major, et peir.tre ordinaire de Sa Majesté.

Telle était cotte pipce, oui complftt^it et sanctionnait mon plan de réforme. Elle ne passa pas sans difficultés. Un jeune avocat , qui s'était glissé dans la compagnie comme im serpent sous llierbe, prit la parole, et chercha à établir que la loi que je proposais était une loi draconienne , un souvenir de la féodalité , une déplorable évocation du moyen âge. Nous ne nous attendions pas à cette sortie. Elle nous ébranla un instant ; mais bientôt Oscar recouvra son assurance , et , avec l'intarissable verve qui ne l'abandonnait jamais , il prit à partie cet adversaire impréMj , et lui fit voir qu'il avait un maître dans Tart de la parole. L'avocat sentit q^ril s'était trop engagé. Par un retour adroit et familier à sa profession , il revint sur son point de vae , et prouva que notre projet était empreint d'une libéralité profonde et digne de la civilisation moderne. Ce revirement obtint un grand succès : c'est tout ce q^a'avait cherché le stagiaire. Oscar le tint pour un homme d'esprit. Quoi qi.i'il en soit, la charte de la compagnie Paturot fut dès lors votée à l'unanimité et par acclamations.

Le costume s'exécuta ; et , le premier jour du mois suivant , la compagnie arriva, dans des uniformes neufs, au poste

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d'honneur des Tuileries. J'avais bien cru ir/apercivoir , en ia conduisant , que le jaune des parements , des torsades , deplaques , des boutons , des lisérés , des épaulettes , tirait u: peu trop l'œil , et je commençais à regretter qu'Oscar se fût montré aussi prodigue de cette couleur. Hélas.' quand le rapin adoptait une nuance, il la portait dans son cœur ; c'était un culte , une idée fixe. Cependant , la tenue de nos voltigeurs offrait une régularité qui rachetait ce que le costume avait de trop voyant. Nous arrivâmes au Carrousel , où le général en chef nous attendait pour passer son inspection habituelle. Du plus loin qu'il aperçut cette compagnie jonquille, son air devint rogue , son front se rembrunit : le vieux guerrier n'aimait pas les singularités de l'uniforme. Il ne dit rien pourtant, et ordonna quelques évolutions. La compagnie manquait d'instruction militaire -, Ki manœuvre u'était pas son fort , les voltigeurs s'embarrassaient les uns dans les autres, la queue cherchait la tête, les alignements ne se faisaient qu'avec peine. Tout cela augmentait la mauvaise humeur du soldat de Tempire ; il se contenait mal , et laissait percer son mécontentement. Enfin , dans un moment critique , l'explosion eut lieu. Mon second rang tout entier, sur un changement de front, s'égara dans l'espace, et offrit le spectacle du plus affreux pêle-mêle. Le maréchal n'y tint pas.

« Concierge , s'écria -t-il avec sa voix de tonnerre, concierge, fermez les grilles du Carrousel : ces serins-là vont s'envoler !! !»

La manœuvre finit sur cette boutade. La leçon était dure ; j'essayai d'en affaiblir la portée. A mes yeux, elle s'adressait moins au costume qu'à l'instruction militaire. Pour mériter le titre de compagnie modèle que nous nous étions décerné , il fallait faire quelques efforts, travailler l'école de peloton ,,. s'élever même jusqu'à l'exercice à feu. C'est ainsi et seulement ainsi que l'on pouvait regagner l'estime du général , et marcher de pair avec les compagnies célèbres. Oscar se rangea de cet avis , et l'échec fut oublié. Seulement on décida que la

compagnie se livrerait désormais à la manœuvre sur une grande échelle. La plaine Saint-Denis fut désignée pour être le théâtre de ces expéditions , et , pendant un mois entier , mes voltigeurs s'y rendirent avec exactitude. Chacun d'eux emportait une trentaine de cartouches; on exécutait des feux de file, des feux de peloton; on simulait une petite guerre, Les évolutions ordinaires précédaient ou accompagnaient ces opérations stratégiques , et les bons effets d'une pratique soutenue se firent bientôt sentir. Un accident seul put interrompre le cours de cette éducation martiale. En homme défiant , je ne commandais le feu à mes voltigeurs que lorsque je me trouvais hors de la ligne de leurs fusils. Le lieutenant n'avait pas la même prudence, et mal lui en prit. Dans une iéehargp. générale, il reçut à bout portant une baguette oubliée dans le canon. Heureusement le projectile frappa dans les parties charnues , et l'officier , ainsi embroché , en fut quitte pour quatre mois de traitement. Néanmoins , cette circonstance répandit quelque froideur sur l'exercice à. feu , et la plaine Saint-Denis fut désormais délaissée.

On devine combien ces passe-temps militaires me détournaient de mon commerce et de mon ménage. Je ne m'appartenais vraiment plus : debout à cinq heures du matin , je rentrais au logis harassé , et n'y apportais pas toujours une humeur accommodante. Évidemment les honneurs me gâtaient et me jetaient dans une vie irrégulière. Malvina ne disait rien encore, elle souffrait en silence. De son côté Oscar s'impatronisait de plus en plus dans la maison. Quelques instances que j'eusse mises à l'attirer vers nos exercices et nos manœuvres, jamais il n'y avait paru. Le diploirate avait eu autre chose en vue : il songeait à gagner le terrain que je perdais , et se mêlait un peu trop des affaires que je néglige-ais. ]Mes écarts d'ambition entraient pour beaucoup dans ses chances , et il employait un art perfide à les aggraver. Un matin que je revenais de l'exercice à feu , Malvina ne

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