‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 109 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE II. 2Î · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II. 2Î

principales églises de Florence, il avait poursuivi, quoique sur un ton plus familier, le cours de ses conférences dans celle de Saint-Marc. Pendant quelque temps, il s'était borné à célébrer pour lui-même les mystères divins : il n'y appc» lait pas les fidèles. Mais bientôt tant de contrainte lui parut insupportable, et le jour de Noël il chanta les trois messes d'usage; il donna la communion aux religieux du couvent, à beaucoup d'autres prêtres et à deux cents Jeunes hommes environ , qui s'étaient rendus solennellement et en ordre à Saint-Marc pour la recevoir de ses mains. Après la messe, on fit une procession dans les cloîtres et autour de la place. Il était impossible de donner plus clairement ù entendre le cas que l'on faisait des défenses du pape.

Sur ces entrefaites, le f janvier de l'année 1498, Julien Salviati prit le gonfalon de justice ; les prieurs ses collègues étaient, comme lui, dévoués à Savonarole, Convaincus que la pureté des mœurs et du patriotisme dépendait de l'influence que 'sa parole exerçait sur les Florentins, ils prirent le parti de lui faire rompre un si long silence», et l'invitèrent à prêcher de nouveau à la cathédrale. Fra Hieronimo ne fit aucune difficulté : il crut cependant utile d'attendre les derniers jours du carnaval, et, pour préparer les esprits, il commença à dire qu'une voix d'en haut lui commandait de reprendre la parole. De son. côté, la seigneurie voulut donner un témoignage public d'adhésion à ses doctrines et de sympathie à sa personne : elle se rendit en corps à Saint- Marc le jour de l'Epiphanie , et y assista aux cérémonies du culte , qui furent célébréeâ en grande pompe par l'illustre orateur et suivies d'une nouvelle procession dans l'église et les doitres. Il fut décidé que, le jour de la Septuagésime (1 1 février), Savonarole reparaîtrait dans la chaire de Sainte- Marie-de -la-Fleur pour y prêcher le carême.

A cette nouvelle, rembarras fut extrême dans les raogs de cette partie du clergé qui n'était pas assez fanatique de Savonarole pour braver à cause de lui les foudres du saîntsiége. Les chanoines de la cathédrale surtout, forcés de subir dans leur église la présence et les prédications d'un excommunié, étaient dans une perplexité extrême. Léonard de Médicis, vicaire général de Tarchevêque de Florence, profitant de cet embarras, réunit le chapitre, le confirma dans rintention qu'il laissait voir de ne pas permettre que Jérôme prêchât à Santa -Reparata, ou de s'abstenir absolument, s'il ne pouvait l'empêcher. Avec l'assentiment des chanoines, il fît, en outre, défense à tout le clergé d'asisister aux sermons de l'excommunié, et il ordonna aux curés de transmettre cette défense à leurs paroissiens et de l'appuyer de toutes les raisons qu'ils pourraient trouver. Mais, d'un mot, la seigneurie fit tomber cette intrigue. Elle maintint sa décision touchant Savonarole, et elle condamna Léonard à l'exil, si dans deux heures il n'avait donné sa démission.

Le 1 1 février, selon ce qui avait été convenu, Savonarole reparut en public. En même temps, il faisait occuper la chaire de Saint-Laurent par le père Buonvicini, qui sut attirer beaucoup de monde à ses sermons , malgré la préférence qu'on devait accorder à son maître. Quant à la foule qui se pressait sur les dalles de Sainte-Marie-de-la-Fleur, rien ne saurait en donner une idée. On fut obligé de rétablir les gradins qui avaient été élevés pour les carêmes précédents , et cette simple mesure provoqua les applaudissements frénétiques des Piagnoni. On sentait bien tout ce que Savonarole avait à dire après tant d'événements sur lesquels il n'avait pu s'expliquer encore de vive voix. La curiosité contribua donc à remplir l'église , et les Arrabbiati ne se mon-

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