LIVRE III, CHAPITRE II
trèreat pas les moins empressés. Quelques-uns d'entre eux cependant aimèrent mieux causer du scandale : pendant le sermon , ils faisaient autour de la cathédrale des roulements de tambour ; ils insultaient le prédicateur à son entrée ou à sa sortie, ce qui amenait des rixes à coups de pierre et disposait mal sans doute les esprits au recueillement.
D'autre part , la décision de la seigneurie et la faveur dont elle entourait Savonarole attestaient un si complet dédain des décrets du saint-siége, que le pape et sa cour en furent indignés. Les cardinaux parlaient d'en venir aux dernières rigueurs contre Florence , et tes choses en étaient au point que le nouvel ambassadeur de la république, Dominique Bonsi, quoique partisan déclaré de Jérôme, crut qu'il était de son devoir d'avertir la seigneurie de tous les projets qu'on formait contre ell^ , et de l'importance que Rome attachait à san audacieux déâ.
Ce fut bien pis encore lorsque le prédicateur, animé par la contradiction et par sa position exceptionnelle , eut laissé voir dans ses discours combien il était éloigné de revenir sur ses pas. En montant dans la chaire , malgré l'excommunication , il donnait des armes à ceux qui l'accusaient de marcher à grands pas vers l'hérésie, et d'être d'accord avec Jean Hus , qui reconnaissait au prêtre excommunié le droit de prêcher. Il avait pris pdur texte l'Exode : il sut y trouver tout ce qui pouvait servir ses impétueuses passions, qu'il satisfaisait au besoin, quand le texte ne lui suffisait plus, par des digressions inattendues. L'instruction des fidèles, la réforme même de l'Église n'était plus son but : il avait désespéré de l'atteindre, et ne songeait plus qu'à maudire et à se défendre. Par habitude, il revenait encore à ses protestations de respect pour le saint-siége ; mais ces précautions, désormais inutiles, devenaient de Jour en jour plus rares.
C'est ainsi qu*il admettait que le pape peut errer, et qu'il repoussait même la fameuse distinctioD en tant que pape et en tant qu'homme :
a Je pose en principe que tout iiomme peut se tromper. Le pape lui-même n'est pas infaillible. Il serait insensé de )) dire le contraire. Combien n'y a-t*it pas eu de mauvais j> papes qui se sont trompés? S'il était vrai que tout pape A est à i*abri de l'erreur, en faisant ce qu'ils font , nous se^ D rions sûrs d'être sauvés. Un pape, direz-vous, peut se D tromper en tant qu'homme, mais non en tant que pape. D Cependant les décisions qu^s prennent sont pleines d'er- » reurs. Lisez toutes les constitutions d'un pape ; uo autre » les a abolies. Les opinions des papes sont toutes contraires D entre elles. Il y a pour eux deux manières de se tromper : » premièrement, étant à Rome, ils ne savent que par oui- » dire ce qui se passe ailleurs, et on leur fait souvent des x> mensonges; secondement, ils peuvent agir par malice et D contre leur conscience ; néanmoins, nous ne devons Jamais » leur supposer une mauvaise intention. Bleu seul peut A sonder les cœurs; quant aux hommes, ils doivent ad- 9 mettre que l'intention du pape est bonne , mais qu'il a » été circonvenu. »
Quelques jours après , il expliquait sa pensée : c( On dit que le pape est infaillible en tant que pape , et D l'on croit dire une belle chose! Ce n'est qu'une banalité. » Cela est vrai en soi cependant; mais ce qui ne l*est pas, » c'est ce qu'on eu infère contre moi. Il est vrai aussi qu*un » chrétien ne peut pécher eu tant que chrétien , et cependant D beaucoup de chrétiens pèchent en tant qu'hommes , et tout » homme peut se tromper. Moi-même, en tant que chi*étien, » je ne peux me tromper, et en tant que religieux, je ne » peux agir contrairement à ma règle. C'est comme si l'on