‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 119 sur 195 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

( Avril 1498. )

Toutes les fautes de Savonarole, inévitables dans une vie si agitée et si exposée, n'avaient pas empêché jusqu'alors sou influence de résister aux attaques , et même de grandir par la persécution. La sincérité que ses ennemis, comme ses amis , avaient été forcés de reconnaître dans ses convictions et d'estimer dans sa conduite, avait fait une partie de sa force. Le moment était venu où, poussé malgré lui à des démarches sans autre issue que le ridicule ou la défaite, il se verrait obligé de dévier de la droite ligne, et descendrait par là même du piédestal où l'admiration publique l'avait placé.

L'année précédente, le père Buonvîcini, prêchant à Prato, avait pour rival, dans une autre église de cette ville, un certain Fra Francesco di Puglia, mineur observautin, qui jouissait d'une assez grande réputation d'honnêteté. Ce dernier attaquait la doctrine et les actes de Savonarole avec une vivacité extrême. Un jour il s'avança jusqu'à défier Fra Domenico : il lui proposa d'entrer avec lui dans le feu, pour faire voir, par cette épreuve, lequel des deux avait raison. Buonvicini accepta avec empressement , et l'on convint pour la troisième fête de Pâques; mais, la veille du jour fixé, le mineur s'excusa, sur un ordre qu'il venait de recevoir, d'être obligé de partir sur-le-champ, et, {^oute un biographe , il ne se laissa plus trouver.

Les curieux furent désappointés, et les dominicains triom-

ut VIE DE SAVONABOLE.

phèrent. Les épreuves judiciaires avaient disparu de la vie civile, mais elles avaient trouvé un asile dans les couvents : saint Jean Gualbert, fondateur de l'abbaye et de l'ordre de Vallombreuse , -était réputé avoir fait passer un de ses moines par le feu. Si Ton ne faisait guère plus d'épreuves , on en parlait toujours, et la foi crédule des fidèles ne trouvait rien d'impie ni de déraisonnable à admettre que, sur la réquisition du premier venu , Dieu pût faire des miracles. Par ruse ou par simplicité , les prêtres et les moines entretenaient le vulgaire dans cette croyance. Jérôme lui-même avait souvent tenu à ses auditeurs de pareils propos; il avait raconté des bistoires où la vérité ne s'était fait connaître que par le moyen d'une épreuve judiciaire. Souvent il s'était offert à entrer dans le feu, et, à mesure qu'il rencontrait plus d'obstacles, ses propositions prenaient une forme plus précise.

Si l'on en croit ses biographes , dans les premiers jours de l'année 1498, il aurait proposé de se rendre sur une hauteur avec ses adversaires, le saint-sacrement dans les mains, et là , de prier Dieu avec ferveur d'envoyer le feu du ciel sur ceux qifi ne marcheraient pas dans les voies de la vérité. Il aurait en outre demandé qu'on informât le saint-siége de sa proposition; mais il ne se trouva personne qui voulût risquer répreuve. Un autre raconte que , vers le même temps, il écrivit au pape , au général de l'ordre des Dominicains et aux mineurs de Saint*Francois trois lettres où il offrait de

se rendre lui-même, avec la personne qu'il leur plairait de désigner, devant un tombeau : celui des deux, disait-U, qui ressuscitera un cadavre sera reconnu digne que l'on croie à ses paroles et à sa doctrine. Cet audacieux défi eut le sort du précédent; mais les amis de Jérôme avaient tant de foi en sa puissance, que Pic de la Mirandole le jeune, ayant appris

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