‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 118 sur 195 · LIVRE m, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE

x> défendait? Il est donc entendu que lorsqu'il plaira à Dieu , » personne ne pourra me fermer la bouche. »

Ses derniers adieux à son auditoire furent pleins de tristesse et d*amerturne , quoiqu'il essayât de cacher son découragement sous des menaces et d'apparentes bravades :

a Maintenant qu'arrivera-t-il? Vous le verrez, je ne vous » en dis pas davantage. Vous le verrez, c'est une mauvai&e » nouvelle, et je ne voudrais pas avoir à vous l'apporter. » L'année dernière, quand la peste a éclaté, vous vous sou- » venez que parmi ceux qui venaient au sermon il n'y a » pas eu un seul malade. Ne perdez pas de vue ceux qui ont » attiré sur notre tête l'excommunication et les maux pré- » sents : vous verrez ce qu'il adviendra d'eux. Vous dites » que l'interdit vous effraye, et que vous avez peur de per • » dre vos biens I Dieu lancera un interdit, lui aussi, et, » loin d'atteindre le but qu'ils se proposent, ces méchants » perdront leurs biens et la vie. Quant à nous, nous rem- » placerons les sermons par là prière ; nous recommanden rons les bons au Seigneur. Au sujet de la défense qui » m'est faite, voici la vérité : personnellement et dans mon » intérêt, j'en suis charmé; je pourrai retourner à mes » études, et l'on ne pouvait me faire un plus grand plaisir. Mais je ne dis pas que ma raison soit également satisfaite. D — père, nous attendions que tu fisses quelque chose. Tu 19 avais promis de démontrer ta doctrine par signes naturels » et surnaturels. — En m'ôtant la parole, vous avez retardé » Taccomplissemetit de cette promesse; mais, je le répète, » nous remplacerons les sermons par la prière. Seigneur, je te I» recommande les bons^ tu excuseras leur négligence, car » la fragilité humaine est grande. Bénéfac, Domine, honis et X) rectis corde. Je t'en prie. Seigneur, ne tarde pas davan- » tage d'accomplir tes promesses. »

Puis, ayant dévotement récité le Pater, il ajoute : (( Seigneur, délivre-nous de tout mal. Je te recommande » les âmes de nos adversaires; illumine-les, Seigneur, pour )) qu'elles n'aillent pas en enfer. Je te recommande tout ce » peuple; donne-lui. Seigneur, ta bénédiction, p

Api*ès ces adieux tour à tour menaçants et pathétiques, Savonarole descendit de cette chaire où il ne devait plus remonter. La douleur de ses partisans fut immense, plus grand encore le ressentiment de leur défaite , le désir d'une revanche. De leur côté, les Arrabbiati, voulant profiter du succès , exigèrent bientôt que les conférences de Saint-Marc fussent interdites. Mais la seigneurie ne consentit pas à se replonger dans les embarras dont elle avait eu tant de peine à sortir. Elle confirma tout ce qui avait été fait , et se borna à convoquer les collèges , pour arrêter, d'un commun accord avec eux , les termes de la réponse qu'on devait au saint* père : on ne put s'entendre. Les seigneurs voulaient qu*on répondit simplement que l'ordre du saiut-siége était exécuté , et que Savonarole avait cessé ses prédications ; mais quelques membres objectèrent que, la défense ayant été intimée de vive voix à Fra Girolamo, elle n'avait aucun caractère officiel ; que d'ailleurs le pape voulait qu'on lui envoyât le coupable à Rome, et que, par conséquent, on n'avait pas fait ce qu'il exigeait. Ces difficultés empêchèrent de rien conclure; la seigneurie revint à son projet primitif, et se borna à charger son ambassadeur d'apprendre au pape ce qu'on avait fait pour lui obéir, et d'excuser le gouvernement pour des retards inévitables. Quelques jours après , informée qu'Alexandre VI désirait recevoir upe lettre officielle, la seigneurie s'empressa de satisfaire à ce désir.

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