LIVRE I, CHAPITRE IL
dictioDS avaient passé inaperçues, et, par la manière timide et obscure dont il les exposait , il ne s'était point séparé de ses devanciers. Préchant à Brescia en 1486, car il n'avait pu rester longtemps éloigné de la chaire, il revint sur son thème favori ; et quoiqu'il continuât à ne point donner à ce qu'il annonçait une plus haute origine que ses propres réflexions ou les textes de la sainte Écriture, il les présenta avec plus de fermeté , et parvint à attirer l'attention. Même ses auditeurs virent en lui un prophète avant qu'il se fiit donné comme tel. Ils lui firent une légende qu'il repoussa tout d'abord : une dame de Brescia lui écrivit pour lui annoncer tout ce qui devait lui arriver dans la suite; mais le Frère pensa que cette lettre était une missive du diable , et la jeta au feu. Razzi, qui nous rapporte ce fait, ajoute qu'à la même époque, un certain Fra Ângelo de Brescia disait partout que, la nuit de Noël, il avait vu la tète de Savonarole entourée d'un disque lumineux , et que ces visions s'étaient renouvelées plusieurs fois. Le prédicateur dominicain n'eut donc qu'à laisser faire. Enhardi par la considération extraordinaire qu'on avait pour lui, il hasarda bientôt quelques menaces plus précises. Ainsi , se trouvant à Bresda, il annonça aux Habitants que Dieu leur réservait de grands malheurs. Il aurait fait de même dans toute autre ville; mais, par une remarquable coïncidence, Brescia ayant été mise à feu et à sang quelques années plus tard (1500), cette catastrophe fournit, deux ans après sa mort, un argument victorieux à ses partisans.
Savonarole ne devait pas demeurer longtemps en Lombardie. En 1486, on tenait à Beggio un chapitre provincial de l'ordre de Saint-Dominique en Lombardie. Des hommes d'un grand mérite s'y trouvaient réunis, entre autres Pierre de Bergame , auteur de la savante table pour les œuvres de
saint Thomas, et Louis de Ferrare, plus tard procurateur de l'ordre tout entier. Savonarole s'y fit remarquer par la profondeur de ses pensées, la Justesse de ses vues, la précision et la netteté de ses réponses , l'étendue de sa science. L'intérêt que les disputes théologiques excitaient à cette époque avait attiré à Beggio le fameux Pic de la Mirandole. il fut frappé des talents supérieurs de Fra Girolamo, en fit part à Laurent de Médicis , dont 11 était l'ami , et l'engagea vivement à ne pas laisser une si belle intelligence dépérir et s'éteindre sous le gouvernement brutal des Sforce.
Les auteurs qui nous rapportent ces faits ajoutent que Laurent consentit , sur la prière de Pic , à rappeler Savonarole à Florence; mais cela semble peu vraisemblable, si Ton songe qu'il s'écoula encore près de quatre années avant que Jérôme revint en Toscane. L'initiative parait avoir été prise par l'un des supérieurs de l'ordre , le vicaire général peut* être, qui écrivit au prieur de Saint-Marc pour l'invitera reprendre le jeune religieux comme lecteur. Le prieur ayant consenti, fit faire auprès de Savonarole (juillet 1489) les démarches convenables , et celui-ci fut renvoyé à Florence lorsqu'il eut accompli les différentes missions dont ses supérieurs de Lombardie l'avaient chargé. Ceux qui prétendent qu'il se rendit à la prière de Laurent de Médicis devraient expliquer comment ce prince aurait tardé trois ans à suivre le conseil de son savant ami, ou pourquoi Jérôme aurait mis tant de retard à répondre à une si flatteuse invitation.
Ce n'est qu'à partir de ce moment qu'il est possible de suivre Fra Girolamo sans interruption. Encore les textes récemment publiés par le P. Marchese et quelques documents inédits ne permettent-ils que d'indiquer les villes où il séjourna avant de se rendre à Florence. En juillet 1489 , nous le trouvons à Bologne, où l'offre lui parvint de re-