‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 11 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

que les peuples fussent avertis , afin qu'ils pussent le conjurer par leurs prières et leur soumission au Seigneur^ ou du moins qu'ils comprissent bien pourquoi ils allaient être frappés, afin de voir dans leurs malheurs la main de Dieu, et de se convertir au moins après le châtiment , puisqu'ils ne le voulaient pas faire avant. En d'autres termes, il ne pouvait s'empêcher d'ouvrir la main , la sentant pleine de vérités , et il voulait faire partager à tous la conviction dont il était pénétré. Pour cela, quels moyens emploierait-il? Professer publiquement? C'était s'adresser à un trop petit nombre de personnes, par rs^port aux grandes choses qu'il voulait annoncer; avec un tel sujet, il eût étouffé dans une étroite chaire d'université. Écrire? On imprimait peu et mal , surtout les choses nouvelles; on lisait moins encore. Restait donc la chaire évangélique, qui plaçait, suivant Jérôme, le prédicateur immédiatement au-dessous des anges dans l'échelle des êtres; la chaire, qui lui était d'un accès facile, et qui offrait des ressources infinies. L'alliance des choses divines et des choses humaines, les pratiques religieuses dont les Italiens avaient conserve l'habitude en perdant la foi, les mouvements oratoires qu'elle permet au prédicateur, l'espèce d'inviolabilité dont elle l'entoure, tels en étaient les principaux avantages. Savonarole avait bien quelques défauts extérieurs; mais un exercice assidu, de patients efforts pouvaient en triompher ; le ministre catholique se refusait d'ailleurs à croire que Dieu abandonnât à lui-même celui qui venait annoncer ses volontés.

Tant que Savonarole raisonna humainement, il eut des doutes, des hésitations, et garda le silence. Mais, à force de prier, de faire intervenir Dieu entre sa pensée et lui, il finit par donner à ses imaginations une forme réelle et précise; il se figura qu'elles lui venaient de Dieu, et ne douta

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plus d'aucune de ses conceptioDS. Il se vit prophète, presque au même* titre qu*Amos, Ézéehiel , Zacharie ou Jonas, car c*est un devoir pour celui qui entend la parole de Dieu de la porter aux hommes, et il s'abandonna sans réserve à ses inspirations : résultat naturel dans une àme impressionnable et croyante, nourrie de l'Écriture sainte, dominée par les préjugés du siècle, enflammée par le soleil brûlant du Midi.

Mais le prophète ne vit pas toujours dans les deux : il redevient homme quand il descend sur la terre; il se retrouve sujet à nos passions et à nos infirmités. Si la pensée qu'on entre en communication directe avec Dieu suffit pour élever Fàme, la purifier et Tennoblir, si Fra Hieronimo se ressentit de cette heureuse influence, il ne put néanmoins s*em« pécher de redevenir homme à ses heures; et, en tant qu'homme, si Ton peut dire, il ne dédaigna pas toujours les choses terrestres. Il se montra amoureux du succès et de la puissance; il fit voir, dans sa personne, le calcul à côté de la passion , la ruse moderne à côté de la foi simple du moyen âge. Le rAle qu'il sut prendre témoigne d'une grande finesse d'observation et d'un tact qui nous étonneraient, si, dans tout le cours de sa vie,' nous ne le voyions agir avec une prudence excessive, que des élans soudains et passagers n'excluaient pas; marcher avec lenteur, mais toujours en avant ; regarder autour de lui , et observer de quelle manière on accueillait ses paroles et ses actions. Il cherchait, en effet, à se conformer au goût général; mais c'était par désir du succès, et non par amour d'une vaine popularité.

L'occasion se présenta bientôt de débuter, ou plutôt d'entrer avec plus d'éclat dans la voie nou^^elle où déjà il s'était essayé. Pendant son carême de San-Gemignano, il avait annoncé le fléau et la rénovation de l'Église; mais ses pré-

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