LIVRE III, CHAPITRE Vï
rieur de Saint-Marc; elle rallia même quelques-uns des plus dévoués, qui, par intimidation ou par découragement, renièrent leur ancien maître. La seigneurie venait d'appeler six de ces religieux pour assister comme témoins à la lecture du procès, et elle n'avait eu garde de lés prendre parmi ceux qui étaient restés fidèles au malheur : le choix du traître Malatesta.en est la preuve. Ces moines furent sans doute abusés par la lecture de Ser Ceccone : rien n'est plus croyable dans la disposition d'esprit où ils étaient. L'accusé ayant refusé de se défendre et même de protester, ils durent, de retour au couvent , dire à leurs compagnons que Fra Girolamo avait tout avoué, et que, pendant sept années, ils avaient été dupes d'un fourbe. Cette déclaration, corroborée par le récit des détails de la séance, entraîna encore quelques esprits hésitants, et la réaction se trouva bientôt assez forte pour que les opposants eussent la majorité et pussent agir au nom du couvent. Que devaient^iis faire? Se laisser persécuter? Ruiner cette antique et sainte maison pour rester fidèles à un imposteur? Mieux valait sauver ce qui restait de leur splendeur passée.
Deux jours après, le 21 avril, ils écrivirent au saint-père une lettre d'excuses, où, tout en rendant hommage à Savonarole pour le biei>.qu'il avait fait, ils reconnaissaient avoir été trompés par lui, et protestaient de leursr bonnes inten* tions et de leur innocence. Ils rejetaient sur les plus jeunes d'entre eux et sur la nécessité de se défendre le scandale de la bataille. Enfin , arrivant au véritable sujet de leur lettre , ils suppliaient le pape de ne pas détruire leur congrégation , de maintenir leurs privilèges , et de leur permettre de nommer un vicaire général. Pour être plus assurés du succès, ils prièrent la seigneurie d'appuyer leur demande, ce qu'elle flt très-volontiers^ et à plusieurs reprises.
Quelques jours plus tard, le 24 avril, deux frères de Saint- Marc partirent pour Rome avec des lettres de recommandation que lia seigneurie leur avait données pour Torateur Bonsi, qui devait les introduire auprès du saint-père et plaider leur cause avec eux.
Le 14 mai, le pape répondit à la lettre qu'on lui avait écrite que le général de Tordre, Joachim Turriano, envoyé par lui à Florence pour juger Savonarole , lèverait Tinterait qui pesait sur Saint-Marc. Mais il refusait positivement de maintenir la séparation qu'il avait accordée quelques années auparavant.