‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 139 sur 195 · LIVRE m, CHAPITRE VU. 27o · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VU. 27o

Texécution des coupables ; il est convenable d'ailleurs que le châtiment soit subi aux lieux où fut commis le crime* C*est le seul moyen de dessiller les yeux & un certain nombre de Piagnoni endurcis, qui garderont des espérances tant qu'ils n'auront pas vu le supplice de leur chef. Enfin il serait dangereux pour la république de livrer au pape un homme qui connaît tous les secrets de l'État, et pourrait, de gré ou de force, les révéler. Si le saint-père désire n'être pas étranger à la condamnation et à l'exécution , il peut envoyer à Florence des commissaires chargés d'instruire , de condamner et d'exécuter en son nom.

Burlamacchi prétend que toutes ces raisons n'étaient que des prétextes, et que l'unique but de la seigneurie était de cacher les fraudes dont Ser Ceccone avait rempli le procès. Certains arguments, et surtout le dernier, ont pourtant par eux-mêmes une valeur réelle. Dans tous les cas, personne ne pouvait craindre que le pape Alexandre YI se montrât difficile sur le choix des moyens. Devant une résolution aussi fortement motivée, la cour de Rome comprit qu'on ne pouvait plus insister, et elle prit le parti d'envoyer des commissaires à Florence.

En attendant l'arrivée de ces juges suprêmes , les prisonniers eurent quelques jours pour se recueillir (du 19 avril au 19 mai). Savonarole en profita pour écrire un commentaire sur le Ps. 50 {Miserere mei, Deus). Il en commença ensuite un autre sur le Ps. 30 {In te, Domine, speravi) ; mais^ la plume et le papier lui ayant été enlevés, il ne put terminer cette œuvre , le chant du cygne. Le 1 1 mai , le pape * annonçait par lettres, à l'évéque de Vaison, la très-pro- " chaîne arrivée de ses deux commissaires, le P. Fra Giovacchino Turriano de Venise, général de l'ordre de Saint-Dominique , et François Romolino , prêtre et docteur espagnol ^

auditeur du gouverneur de Rome. Le premier jouissait d'une haute réputation de sagesse, de bienveillance et d'intégrité; on est donc surpris de le voir s'associer à la vengeance du pape éontre un de ses subordonnés; on Test surtout d'apprendre qu'il avait consenti à recevoir la sentence toute faite, ce dont son collègue se vantait avec une violence étourdie : Nous ferons, disait-il, un beau feu, car je porte sur moi la condamnation. Mais tout devait être iniquité dans ce procès.

Le 20 mai, lendemain de leur arrivée, Romolino fit comparaître devant lui Savonarole et Silvestre. Jérôme maintint la vérité de toute sa doctrine, déclara que ses rétractations lui avaient été arrachées par la douleur, qu'il les désavouait de toutes ses forces , mais ne pouvait répondre de ne pas se rétracter encore, si on le soumettait de nouveau à la question. C'était un spectacle admirable que cette lutte entre la faiblesse de la chair et l'énergie d,'une àme courageuse. Savonarole ne craignait pas la mort, ni même les souffrances à venir; mais il prévoyait les défailtances de ses sens au moment des supplices, et il protestait à l'avance contre elles. Romolino , subjugué malgré lui , trahit son dépit par des injures et des menaces qui furent bientôt suivies d'effet : Fra Girolamo fut mis de nouveau à la torture. 11 fit alors toutes les rétractations qu'on voulut, et pour éviter de nouveaux tourments, il s'enveloppa, comme la première fois, dans une obscurité de langage qui permit à ses bourreaux d'interpréter sa pensée à leur gré. On arracha sans peine des aveux au faible Silvestre. Quant à Buonvicini, on ne sait pourquoi il ne fut pas compris dans cette* nouvelle instruction; mais le bruit de cette particularité s'étant répandu dans la ville ^ on crut généralement que son innocence était reconnue , ou qu'on lui prêtait trop peu

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