LIVRE 111, CHAPITRE VU. ill
d'intelligence pour croire qu'il eût fait le mal spontanément et sciemment, et Topiniou s'accrédita qu'il serait bientôt remis en liberté. Mais un Arrabbiato, plus soupçonneux que clairvoyant , vint dire à Romolino que si on laissait la , -vie à Fra Domenico, il reprendrait l'œuvre de Savonarole, et que toutes le» rigueurs du monde ne serviraient de rien , si l'on n'extirpait avec la racine toutes ses ramifications. Le commissaire répondit négligemment : « Un mauvais moine ».de plus ou de moins, peu importe, » et la mort de Fra Domenico fut décidée.
Les réponses de Jérôme et de Silvestre, consignées par écrit, formèrent ce que les uns ont appelé le troisième, et d'autres, plus exacts, le quatrième procès; mais il n'en reste aucune trace. Vivoli nous apprend que Romolino le rapporta à Rome quand sa mission fut accomplie, et qu'on n'a jamais pu le retrouver. Cette rédaction fut lue publiquement par un notaire dans la grande salle du conseil , en présence de tous ceux qui voulurent s'y rendre; mais l'accusé, les magistrats étaient absents : c'était manquer à toutes les formes de procédure usitées dans ce temps-là. Le notaire, après avoir lu , ajouta : a Ayant été demandé à Fra Girolamo s'il » confesserait toutes ces choses en public, il a répondu : — 9 Je craindrais d'être lapidé. » Les uns virent dans ces paroles une nouvelle infamie du frère , les autres un subterfuge de ses. ennemis pour l'empêcher de protester de son innocence , et chacun se retira mécontent.
Le 22 mai , sur le soir, on vint annoncer aux condamnés que l'exécution de la sentence de mort, rendue contre eux sans publicité, aurait lieu le lendemain. Savonarole reçut cette nouvelle avec calme : depuis longtemps il attendait le martyre. On lui donna, suivant l'usage, un compagnon pour passer la dernière nuit. Jacques Niccolini fut chargé
de cette péuible mission, a Je ne viens point, o dit -il à Jérôme, a recommander la résignation à celui qui a su rame- 9 ner tout un peuple dans les voies de la vertu. — Faites » votre devoir, » répondit simplement l'infortuné* Puis il refusa de souper, pour que le travail pénible de la digestion ne vînt pas le distraire des pensées graves dont il i^oulait occuper son esprit. Après s'être confessé, il donna son temps à la méditation et à la prière; mais enfin, succombant à la fatigue , il demanda à son consolateur la permission de reposer sa tète sur ses genoux, et s'endormit presque aussitôt Pendant son sommeil, il parlait et riait, ce dont ?(iccolJiii fut très-étonné.
Dominique apprît aussi sa sentence avec calme. Cet homme faible grandit aux approches de la mort. Prieur de Fiésole, il écrivit à ses jfrères une lettre simple et touchante ; sa dernière parole est un acte de fidélité au maître : il demande qu'on fasse relier les œuvres de Savonarole, qu'on en place une copie dans la bibliothèque du couvent et une autre au réfectoire, pour être lue chaque jour pendant les repas.
Quant h Siivestre, cette âme vulgaire se laissa complètement abattre. A la nouvelle de sa condamnation, il fui anéanti I et ni l'orgueil humain ni la confiance en Dieu ne purent lui donner du ressort, même au pied du bûcher.
Savonarole, cause première de la mort de ses compagnons, voulut les revoir une fois encore avant de les quitter pour toujours. Niccolini ayant obtenu pour lui cette faveur, il n'en profita que pour leur donner des conseils de résignation. A Buonvicini , qui avait demandé à être brûlé vif, il reprocha affectueusement d'avoir voulu choisir; à Siivestre, qui parlait de protester publiquement de leur innocence avant d'eXpirer, il recommanda de savoir mourir silencieux.