LIVRE m, CHAPITRE VIII
ûqoe de son oncle, prête à rire quand il essaye de prouver par des raisons naturelles qu'il faut croire aux miracles faits par des hommes. Son critérium mérite d'être rapporté :
1° Il est impossible d'admettre que tant de personnes de pays et de caractères différents se soient réunies pour tromper ;
2° 11 est insensé de ne croire que ce qu'on voit ;
3** Les saints docteurs, Augustin, Jérôme, Ambroise, Grégoire, ont cru aux miracles accomplis par des hommes aimés de Dieu , et les ont rapportés dans leurs écrits pour y faire croire les autres hommes ;
4° Si les miracles qu'on rapporte ne peuvent qu'être nuisibles, il faut les rejeter; si l'on doute s'ils seront utiles ou nuisibles, il faut examiner; s'ils ne peuvent être nuisibles, mais qu'ils puissent être très-utiles, cçmme ceux de Savonarole , non-seulement il n'est pas dangereux d'y croire , mais encore il l'est beaucoup de n'y croire pas.
Ce dernier considérant fait oublier tous les autres, qui ne sont que des lieux communs. On ne s'attendait pas à voir la doctrine utilitaire appelée au secours des miracles, au lieu de l'amour de la vérité, qui devrait seul nous guider en pareil cas. Par ce critérium, Pic fait bien voir qu'il n'est pas un historien, mais un apologiste, et qu'il ne cherche point la vérité dont il se croit dépositaire , mais qu'il fait tous ses efforts pour persuader aux autres ce qu'il croit lui-même si fermement.
Mais il est un point sur lequel la légende touche à l'histoire. Parmi ceux qui ont pressenti les destinées de Savonarole, ses biographes rangent saint François de Paule. Jérôme aurait, suivant eux, écrit au pieux ermite pour se recommander à ses prières. Mais la lettre du dominicain était écrite en latin, suivant l'usage des lettrés de ce temps-là, et François de Paule, peu familier aveci^tte langue, chargea
un de 868 amis , sommé Simon de la Limeaa , de répondre pour lui. A trois reprises, des lettres auraient ainsi été échangées. Les deux dernières , conçues en termes généraux , annoncent seulement que Savonarole sera persécuté, méconnu, et obtiendra la gloire du martyre; mais dans la première le saint entre dans les détails les plus circonstanciés :
« J*ai obtenu, quoique indigne, b dit-il, <r j*ai obtenu de ]> la sagesse divine de connaître la vie et la fin d*un si saint » homme. Ce Père, plein de zèle pour la foi catholique, se platt infiniment à vivre en chrétien et à observer les di- » vins préceptes. Il réformera quelques monastères de son D ordre ; il en créera de nouveaux. Il fera des livres d*une n science profonde , des sermons et des instructions â*une » excellence incomparable. A Todeur de sa sainteté , beau* D coup de pécheurs se convertiront. Il donnera l'habit à un D grand nombre de Jeunes hommes, formera une eongréga- D tion de saints prédicateurs , prêchera pendant un temps dans la ville de Florence , où il aura un immense auditoife. D II sera en butte à l'envie et à la hahie ; le souverain pon- Dtife Taccusera injustement; grâce à de faux témoins et à » d*îndignes procès, il sera condamné à mort, pendu au mix> lieu de ses compagtions, comme Jésus-Christ entre les deux » larrons; son corps sera brûlé, afin que les peuples n'ado- D reht pas ses reliqueSé Ses cendres seront Jetées dans l'Amo, D afin que la piété ne les recueille pas. Plusieurs de ses fidèles D en auront cependant quelque peu, et ce peu fera des mirai> clés. Au moment de mourir , il dira : "— Malheur à toi, B Florence ! tu perdras ta liberté^ tu seras esclave et sujette, » — et tout ce que sa sainte bouche aura dit s*aceomplirai s
Si ces prophéties furent faites en 1479 , comme la copie de cette lettre qu*on a conservée Tatteste, il faut avouer que Zacharié, Isaïe, ËzecbivI et tous les prophètes de la Judée