LIVRE III, CHAPITRE IX
stitutions de sa patrie , il avait vu se former contre lui une opposition formidable que dirigeaient des hommes ^bers à la foule, François Carducci, Dante de Gastiglione, Andreuolo Nieeolini ^t d'autres encore. En 1529, après d'incessants tumultes, Nicolas Capponi, accusé d'avoir entretenu des intelligences avec le saint-siége, est déposé et remplacé par François Carducci (17 avril).
C'était le triomphe du parti populaire. Il importe peu de savoir si, en des temps ordinaires, il eût mieux ou plus mal mené les affaires de Florence que les factions rivales; car, bientôt après, la réconciliation de Clément VII et de Gharles- Quint fît comprendre aux moins clairvoyants qu'il faudrait céder à la fin (29 juin). Mais ce fut la gloire, de ce peuple malheureux d'avoir tout fait pour mourir , plutôt que de se rendre. A peine la fatale nouvelle s'est-elle répandue , que Michel-Ange fait relever, malgré Cappoui, malgré Carducci lui-même, les remparts de sa patrie. Les mauvaises dispositions prises par le traître Malatesta Baglioni, généralissime des armées de la république, ne peuvent abattre de si grands courages , et le parti populaire repousse avec énergie la proposition d'un accord que faisaient les modérés. L'armée impériale arrive (24 octobre), commandée par le prince d'Orange; elle commence à mitrailler Florence. l.es habitants, enfermés, se laissent mener et se battent comme de vieux soldats: par de fréquentes sorties, lis causent de grands dommages à l'ennemi. Dans un traité avec l'empereur, François I" les abandonue : ils maudissent la France, mais ne se rebutent pas, Malatesta refuse d'autoriser des sorties qui réussissaient si bien : ils sortent malgré lui. La famine, la peste déciment leurs rangs : ils jurent de se tuer euxmêmes au dernier moment , et de mettre le feu à la ville. Après des prodiges de valeur, Ferruccio, leur grand capi-
taine , succombe et meurt à Gavinana : lis pleurent le héros , mais déposent Malatesta, qui entravait leur courage, et redoublent d'ardeur. Et, pour les empêcher d'aller jusqu'au bout dans la résistance, que faut*ll? Il faut que les partisans des Médicis, insensibles à tant de vertu, prennent les armes pour venir en aide au traître et porter une main impie sur les derniers défenseurs de Florence.
Ainsi, malgré le sacrifice de ses trésors et de son sang, Florence capitule. La liberté sera maintenue, est-il dit dans le traité. Qu'importe? Cet engagement est aussitôt violé que signé! Les Médicis sont rétablis; les magistrats intrépides, les héroïques volontaires de la milice florentine x sont exilés ou décapités. Qu'importe? C'est le sort des vaincus. Florence est morte ; mais elle a acquis plus de gloire par sa mort que par huit siècles de vie. Aujourd'hui qu^il ne lui reste plus que, ses souvenirs, elle a du moins le mérite de n'en pas répudier le précieux héritage, et la justice tardive de ftnre remonter ce culte pieux jusqu'à celfii à qui elle doit l'honneur si rare d'avoir su bien finir ; elle se souvient que ce^ illustres martyrs de l'indépendance nationale avaient été formés par Jérôme Savonarole, un autre martyr qu'elle avait tué de ses propres mains.