LIVRE III, CHAPITRE IX
lieraient prompteraent , et que François P' refuserait, sou» de vains prétextes, de soutenir ses fidèles alliés.
Nicolas Gapponi , fils de Pierre Gapponi , et respecté autant pour son intégrité et sa modération personnelles que pour l*éclat de son nom , se mit à la tète du peuple avec Piiilippe Strozzi, plus ambitieux que patriote. Il fallait sans doute des liommes aussi considérables pour entraîner leurs conci* toyens; mais ils étaient d'un funeste augure pour la restauration de la démocratie, car ils appartenaient tous les deux au parti aristocratique. Soulevés par eux , les Florentins se rassemblent et condamnent Hippolyte et Alexandre de Médicis à sortir de la ville, en compagnie du cardinal Passerini. C'était là ce qu'il y avait de plus facile à faire; le plus difficile fut de s'entendre. On vit en présence tous les partis qui avaient agité la république au temps de Savonarolê. Les Palleschi étaient toujours opposés aux patriotes » alors désignés indifféremment sous les noms de Piagnoni et d'Arrabbiati ; entre ces deux factions contraires , le parti des OtH* mati, dont Nicolas Gapponi était le chef, La haute réputation de ce citoyen illustre rallia autour de lui un grand nombre d'hommes d'opinion différente, et ainsi le parti aristocratique eut bientôt la prépondérance; mais il faut dire à sa gloire que, suivant les conseils de celui qui marchait à sa tête, il n*usa de la majorité que pour rétablir les institutions de HO'I) les seules qui, ayant pour elles la sanction de Texpérience, pussent être opposées avec avantage aux intrigues des Médicis et de l'eurs partisans. Gapponi fut élu gonfalonier de justice pour un an. G'était un hommage rendu à la pensée de Savonarolê : le frère avait toujours demandé pour cette magistrature suprême une dprée plus longue que les deux mois auxquels elle était bornée (1527).
La modération du nouveau gonfalonier lui mérita d'être
maintenu dans sa charge une seconde année ((528). Il se signala par un acte qu'on a pris pour une hardie nouveauté politique , et qui ne fut en réalité qu'une conséquence naturelle des idées qui avaient cours en ce moraent-la à Florence, et une preuve de la loyauté avec laquelle Nicolas Cappohi faisait litière de ses propres opinions, pour gouverner suivant le vœu de ses concitoyens. Le couvent de Saint- Marc avait repris, depuis l'expulsion des Médicis, son ancienne influence. Deux frères, Fra Zaccaria de Fivizzano et Fra Benedetto de Foiano, reprenant avec talent la tradition interrompue de Savonarole, leur maître, échauffaient les esprits et les excitaient à restaurer, dans les détails comme dans l'ensemble, un si glorieux passé. Ce fut donc pour céder au désir général , et dans l'espoir peut-être de confondre tous les partis en un seul , que le gonfalonier proclama Jésus- Christ roi de Florence. Il ne fit que ce qu'avait fait Savonarole en 1495; il mit seulement plus de solennité officielle dans sa proclamation.
Mais, pour s'être placé sous un tel patronage, Nicolas ne se crut pas dispensé de pourvoir humainement au salut de la république. La disette et la peste affligeaient déjà la ville comme en 1 497 ; il comprit qu'il était plus sage de désarmer les ennemis que de compter sur les amis. Il crut donc, non sans raison , faire un acte d'habile politique en cherchant à tridter avec le pape ; malheureusement , ses adversaires se firent de ces négociations une arme contre lui.
Le parti populaire ne pouvait pardonher à Nicolas Capponi ses opinions et sa modération même. C'est le propre des factions de tenir pour ennemi quiconque ne les suit pas jusque dans leurs emportements. Le gonfalonier ne s'était pas laissé gagner à l'enthousiasme religieux, comme tant d'autres, et il avait eu beau gouverner dans l'esprit des in-