‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 156 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

le prédicateur doit se résigner à parler aux bœufs et aux ânes.

Cependant l'expression, comme il arrive souvent, dépasse un peu la pensée de Savonarole. Il condamne les ornements, parce qu'ils sont un obstacle à la simplicité, la première des vertus ; mais après avoir tonné contre ces orateurs qui paraissent recouverts d'or, qui cultivent le beau style cicéronien, les comparaisons, les figures poétiques, il s'en prend à ceux qui croient que leur longue robe couvre leur ignorance.

Il était en effet très-loin d'exclure l'étude ; car il ne regardait pas la simplicité utile comme un don naturel , mais comme le résultat de longs travaux. Il s'indignait seulement de la direction profane que les prédicateurs donnaient à leurs lectures, parce que, ainsi préparés, ils ne faisaient plus de conversions. Persuadé qu'il n'y a pas de meilleur maître pour des esprits chrétiens que la Bible et l'Évangile, il voulait qu'on se bornât à réciter l'un et l'autre, toutefois avec les développements et les explications nécessaires pour faire comprendre le texte et prévenir de fausses interprétations.

La croyance dont il était pénétré que par ce système seul on pourrait ramener les esprits au culte de la vérité et à la pureté des anciens chrétiens, le détermina à en faire l'essai sur lui-même. Les premiers échecs qu'il éprouva dans la chaire tiennent peut-être autant à la surprise désagréable que causa un genre si nouveau qu'à ces défauts marqués dans le geste et la diction, dont parlent tous les auteurs. Ce n'était pas en un instant qu'un auditoire accoutumé à voir semer devant lui toutes les fleurs.de la rhétorique, et qui n'avait pas appris à les mépriser dans le commerce des anciens, pouvait s'habituer au langage simple et sévère que Savonarole venait lui parler. L'obstination du dominicain à

prêcher toujouns, quoique le désert se fit autour de lui, à lutter contre tous les obstacles que la nature et la coutume lui suscitaient, témoigne d'une conviction si ferme et si profonde dans la vérité de son système qu'elle commande l'admiration.

Les peuples se firent enfin à cette nouvelle manière. Avant que Savonarole eût triomphé des difficultés qu'il trouvait en lui-même, avant qu'il possédât cette chaleur de diction, cette passion dansie geste et dans la ^oix qui plus tard arrachèrent des larmes ou des cris d'enthousiasme, tout Florence était déjà suspendu à ses lèvres. Tant il est vrai que la nouveauté de la doctrine, plus que les imperfections de l'orateur, avait longtemps éloigné les Florentins.

Lorsque Jérôme fut assuré du succès, il prit plus de hardiesse, et se corrigea en peu de temps de ses défauts extérieurs, sans avoir presque besoin d'y songer. Il ne tarda pas, devenu maître de ses moyens , à dévoiler ses projets de réforme oratoire. Il déclara qu'il voulait , en préchant autrement que ses rivaux , démontrer la nécessité d'une rénovation; mais qu'à cause des racines profondes que l'habitude jette en nous, il fallait procéder avec mesure et très-doucement. Il continua donc d'attaquer avec vivacité une mode qu'il voulait détruire , et de donner l'exemple de cejle qu'il voulait lui substituer*. Il n'eut besoin pour cela que d'être lui-même, et, une fois son texte choisi, de s'abandonner aux inspirations d'un esprit exercé par l'étude et nourri des livres saints. Aussi jiul ne ressemble moins que Savona^ rol^ à ces prédicateurs académiques qui arrangent leurs phrases, comme Fléchier, ou leurs pensées, comme Massillon.

Mais il était naturel qu'un esprit supérieur, en se repliant sur lui-même pour corriger ses propres imperfections ^ dé^

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