‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 16 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

qu'il emprunta à Silvestre la plupart de ses visions. On doit reconnaître seulement que l'amitié d'un homme si étrange ne dut pas être sans influence sur lui , et qu'elle put même hâter le moment où il parla sans restriction aux Florentins.

Tout l'éclat du succès n'empêcha pas qu'une partie de Florence ne se montrât scandalisée de la hardiesse du prédicateur. Des discussions eurent lieu entre ses partisans et ses adversaires. La querelle s'envenima et fit tant de hruit , que Savonarole, non encore aguerri aux luttes publiques et intimidé par l'opposition qu'on lui faisait , voulut s'arrêter et suivre désormais l'ornière où ses devanciers avaient marché. Mais son projet de réforme s'était à ce point rendu mattre de lui, que tout autre sujet d'études ou de réflexions lui paraissait fastidieux. Un jour, pourtant, il essaya de préparer pour le lendemain un sermon sur des sujets rebattus; mais ce fat en vain : a Dieu m*est témoin , » dit-il , a que » tout le samedi et toute la nuit du samedi au dimanche , » jusqu'au jour , je ne pus fermer l'oeil. Je ne vis aucune » issue pour sortir d'embarras : J'avais perdu toute ma 2> science, au point que je ne savais plus où me prendre. » Lorsque le jour fut venu , tout fatigué d'une si longue » veille, j'entendis une voix qui médisait : Insensé I ne vois- » tu pas que Dieu veut que tu annonces l'avenir, comme tu D l'as déjà fait? C'est pourquoi , le matin même, je pronon- » çai un sermon terrible. »

Le sort en était jeté. Savonarole ayant échoué dans cette tentative à contre-cœur pour revenir sur ses pas, ne regarda plus eh arrière et poursuivit sa course. Il s'abandonne désormais à ce qu'il croit Tinspiration divine, et dès qu'il monte dans la chaire, il revoit avec tant de vivacité les fantômes chéris de sa cellule, qu'il perd la conscience de sa personnalité, brouille ses propres visions, et confond les paroles

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qa*il y a entendues avec celles de TÉcriture sainte. C'est ainsi qu*il lui arriva souvent de donner pour un texte sacré des phrases qu*il improvisait à l'instant même, mais dont il croyait se ressouvenir pour les avoir entendues dans ses visions. De ce nombre était son fameux Gladm Domini super ierram cito et vehciter, et d'autres textes plus longs qu'il récitait tout d'une haleine. Il les rapporte lui-même dans son Compendium revelationum , et il ajoute: a Ces D paroles ne sont pas tirées des saintes Écritures » comme on » le croyait, mais elles sont nouvellement venues du ciel, j»

Dans ce même temps, il essayait d'augmenter, par dei^ prédictions faciles à faire, son crédit sur les Florentins. C'est ainsi qu'il annonçait la mort du pape Innocent YUI ^ vieux et malade; celle de Laurent le Magnifique, qu'on savait atteint d'une infirmité incurable; la révolution prochaine, que la banqueroute imminente des Médicis, la discorde qui régnait dans cette famille et la haine qu'excitait leur usurpation rendaient très*probable;«nfin, l'invasion du roi de France, dont les préparatifs se faisaient au grand joiu*. Il ne parlait encore de toutes ces choses qui touchaient axÈX affaires temporelles que dans des conversations particulières ; mais cela suffisait déjà pour lui donner un grand renom de sagesse; et lorsque plus tard ces faciles prédictions se furent vérifiées 9 une grande partie de Florence, laissant de côté tous les doutes , tint Savonarole pour un prophète.

Pourtant il ne ramena point par là ses adversaires^ Les uns ne virent dans la réalisation de ces prophéties particulières qu'une preuve de sagacité dont plusieurs étaient ca* pables. Ils furent indignés que pour si peu l'on fit de Fra Girolamo un être surhumain, et surtout qu'il se donnât pour tel. Les autres se montrèrent hostiles, parce que la conduite austère^t les paroles graves du réformateui' déplai-

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