‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 161 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

sciences naturelles, physiques, philosophiques, morales sont rédiges dans la vieille forme scolastique, et les erreurs y abondent; çà et là cependant on y trouve des pages éloquentes. Ses conseils sur les principales vertus chrétiennes ou sur la conduite à suivre dans les diverses conditions de la vie, dans le veuvage, par exemple, ont conservé plus de valeur. Toutefois on ne les lit guère aujourd'hui : ce ne sont plus que des curiosités littéraires. •

Un seul de ces traités, peut-être, mérite une mention à part. C'est, sous le prétexte d*une division méthodique des sciences , une dissertation sur leur utilité respective , et une apologie des opinions de Savonarole sur la poésie et les*au* teurs profanes. On connaît ces opinions. Quelques hommes devraient être appelés à apprendre les sciences, afin de conserver la tradition des connaissances humaines et surtout d'avoir des athlètes en état de réfuter les arguties des hérétiques sur ce terrain comme sur celui de la théologie ; mais ils devraient être en petit nombre. Le reste de l'humanité n*a besoin de savoir que la grammaire, les bonnes mœurs et la littérature sacrée.

Il est clair que par un tel système, les théologiens presque seuls, c'est-à-dire les religieux cloîtrés, deviendraient dépositaires du précieux héritage des lettres et des sciences. Or, comme d'après les idées de notre auteur, les plus éclairés et les plus saints devraient être chargés du gouvernement des empires, les moines théologiens se trouveraient appelés à gouverner le monde. Cette conséquence échappa jtës-certainement à Savonarole. Quoiqu'on l'ait accusé souvent de rêver l'établissement d'une puissante théocratie, rien ne fut plus loin de sa pensée. S'il prit part aux affaires publiques, il ne voulait pas d'une exception faire la règle, et c'était sans aucun dessein caché qu'il prêchait l'ig^^prance.

Par ce qu*il dit de la poésie, on voit bien clairement qu*il n'en eut jamais Tintelligence. Il la distingue avec soin de la versification, mais c'est pour la confondre avec le syllogisme. Forcé de reconnaître que les prophètes en firent usage, il voyait dans cette forme donnée à la parole de Dieu une concession à la vanité des hommes assez dépravés pour Faimer, et un stratagème pour leur faire accepter les plus terribles vérités en les recouvrant d'un voile agréable. Mais comme c'est surtout l'usage profane qu'on fait de la poésie qui la transforme en un instrument de perdition, Savonarole déclare que le législateur devrait, à l'exemple do Platon , bannir les poètes; cependant il ne veut pas, comme le philosophe, les couronner de roses. S'il borne à un exil sans honneur ses sévérités contre les personnes, il maintient contre les ouvrages les rigueurs du bûcher.

Ce qu'il y a d'excessif dans sa pensée ou dans ses paroles vient de l'ardeur d'une lutte qui ne lui permettait pas de mesurer la portée de ses coups. Il n'est pas étonnant qu'il ait manqué le but par l'excès mên]^e de ses efforts pour l'atteindre ; mais on a peine à comprendre comment la clairvoyance avec laquelle il envisage tous les vices, toutes les fautes de ceux qui représentaient l'Église, et la nécessité d'un châtiment, ne lui fit pas comprendre en même temps que la réaction de l'esprit païen était inévitable et qu'elle offrait peut-être un moyen de salut.

Au reste ses blasphèmes contre la poésie et les poètes ne lui portèrent pas bonheur. Il voulut s'essayer dans cet art qu'il ne comprenait pas, et donner aux chrétiens des chants populaires propres à remplacer, dans l'austérité des mœurs nouvelles, les chants du carnaval. Il réussît pour quelques jours, mais il échoua devant la postérité. Ce n'est pas qu'il manque d'images ; l'homme qui les répandait à profusion

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