‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 160 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

flse de vivre saintement et de vouloir ardemment, pour faire descendre sur soi ce don de Dieu. Rien , si Ton pense que Dieu ne se manifeste plus aux hommes par la parole de quelques-uns de leurs semblables, mais par les merveilles de la création , ou même si Ton refuse d'admettre que le plu» saint homme du monde n*a qu'à demander pour obtenir. L'Église est-elle de cet avis? On serait tenté de le croire, puisque de tous les ouvrages de Savonarole celui-là est le seul qu'elle ait frappé de l'interdit. '

Nous ne dirons rien du Traité contre l'astrologie ( Opéra singulare contra l'astrologia divinatrice) j écrit dans les formes et les Idées déjà vieillies de l'école, et le Triomphe de la croix même (Triumpàus crucis) ne nous arrêtera pas longtemps, bien qu'il soit l'œuvre capitale de Savonarole. L'auteur se propose dans ce livre de démontrer la foi aux incrédules par des arguments rationnels et empruntés à la philosophie. Des motifs indépendants de sa volonté retardèrent la publication de cet écrit, et il ne parut qu'en 1497, alors que l'auteur, malgré des préoccupations de toute nature, sentit le besoin de se défendre , par une exposition orthodoxe et méthodique de ses doctrines, contre les accusations d'hérésie qu'une excommunication récente semblait faire peser sur lui. Ainsi , de purement spéculatif qu'il devait être, le nouvel ouvrage devint un acte; mais il eut la bonne fortune de déguiser ce qu'il y avait de personnel dans les intentions de l'auteur sous les dehors de l'intérêt général. C'est pour cela qu'après la mort de Savonarole, il ne tomba pas dans l'oubli, comme ses autres ouvrages. La compagnie de Jésus, dont il flattait la secrète faiblesse en mettant la philosophie au service de la religion , Taceueillit avec une faveur constante, et le fit imprimer à plusieurs éditions dans les Annales de la propagation de la foi. Aujourd'hui même on le

traduit encore comme un des meilleurs abrégés qui existent de philosophie catholique. Il y a en effet deux parties dans le Triomphe de la croix : l'une eii Savonarole expose les vérités religieuses de la philosophie, et surtout la thëodicée, d'après les idées d'Aristote, rectifiées par saint Thomas; l'autre où il essaye de démontrer les dogmes catholiques selon les lois de la raison. Dans la première, Savonarole montre un esprit très- versé dans ces matières, et satisfait les juges les plus difQciles. Dans la seconde, au contraire, il rencontre à chaque pas des objections qu'il ne peut résoudre; et, pour en triompher, il est réduit à cette réponse, qui revient sans cesse : Rien n'est impossible à Dieu. Mieux eût valu prendre la foi simplement, comme il le prescrit si souvent lui-même, et dire avec saint Augustin : Credo quia absW' dumy ou avec Pascal : Abêtissez-^ous.

. Le Traité sur le gouvernement de Florence (Trattati circa il reggimento e govemo délia città di Firenze) n'est que l'exposition. méthodique des idées dont uqus avons vu l'application dans le deuxième livre de cet ouvrage. Savonarole prend la question de haut : il remonte à Aristote et à saint Thomas, dont il procède en politique comme en philosophie et en religion. Il justifie à la fois sa préférence théorique pour le gouvernement d'un seul, et celle qu'il accorde dans la pratique à la démocratie. Malgré des erreurs inévitables, ce traité est au nombre des meilleures productions de Savonarole; on y remarque un plan net et vivement conçu; une certaine profondeur d'observation, une grande verve et un style plus châtié qu'à l'ordinaire. Ce n'est pas un médiocre mérite d'avoir su être tout ensemble un politique sérieux et un pamphlétaire éloquent.

Les'ouvrages que Savonarole publia pour l'enseignement des chrétiens n'offrent pas le même intérêt. Ses résumés des

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