EXTRAIT D*UN SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLE
LB 9 UARS 1496
(Prediehe topra Amot)»
« Italie 1 ô Rome ! je vous mettrai entre les mains de gens qui » VOUS bouleverseront jusque dans vos fondements. Je sèmerai » parmi vous la peste , une peste si terrible , que peu de monde y » résistera. Je conduirai en Italie et à Rome des hommes aux pas- » sions brutales , des hommes cruels , affamés comme des lions » et des ours, et il y aura tant de morts, que chacun en sera » épouvanté. Croyez celui qui vous parle , il n'y aura plus personne » pour ensevelir les morts, Quod si relicti fuerint decem viri in » domo una , et ipsi morientur. Et follet eum propinquus suus , et » eomhuret eum ut afferat ossa de domo, et dicet ei qui in pénétra" » libuis domus est : Numquid ad hoc est peries te? Et respondebit : » Finis est. C'est-à-dire : S'il y a dix hommes dans une maison , » ils mourront, ils seront brûlés, et l'on n'aura pas besoin de » pourvoir à leur sépulture. Quand ce fléau fondra sur vous, il y » aura tant de morts dans les maisons , qu'on criera dans les rues : « Jetez vos cadavres dehors. On les mettra sur des voitures et sur » des chevaux; on en fera des montagnes et on les brûlera. On » n'entendra plus dans la ville que ce cri lugubre : Qui a des » morts? Qui a des morts? Que tous ceux qui ont des morts les » descendent sur leurs portes ! Une foule de gens sortiront sur le » seuil de leurs maisons. Voici mon fils , dira l'un; voilà mon mari , » voilà mon frère , dira l'autre. Et l'on fera de grandes et horribles » fosses pour y enterrer tous ces cadavres. Puis les mêmes hommes » parcourront de nouveau les rues ; ils crieront : N'y a-t-il plus de » morts par ici? Quelqu'un a-t-il des morts? Et les rangs des ci- » toyens s'éclairciront , au point qu'il restera à peine quelques » personnes. L'«herbe croîtra dans les rues , les routes seront comme » les bois et les forêts ; l'Italie se remplira de barbiers et de na- » tiens étrangères. Enfin, ce terrible fléau s'apaisera; quelques » bons et quelques méchants auront survécu. Italie, combien de » fois ces malheurs t'ont-ils été prédits! Je t'ai exhortée , de la part » de Dieu , à faire pénitence. Rome , je t'ai dit de faire pénitence.
» Milan, je t'ai dit de faire pénitence. Je Tai dit à tous les sages » du monde : il n*y a d'autre remède que la pénitence. Ma» vous » ne voulez pas croire; vous ne voulez pas prêter Toreille; vous » vous moquez de tous les avertissements. C'est pourquoi Dieu » dit : Je déteste votre orgueil et Je hais vos demeures. Elles seront » brûlées et rasées; vous irez à la maisoli du diable. Italie , tu ne » veux pas croire : Bah! dis- tu , Amos parlait ainsi pour son temps, » et non pas pour le nôtre 1 Et moi je vous répète que les paroles » d'Amos s'accompliront de nos jours, exactement comme je vous » l'ai annoncé ; car, sachez-le bien , de même qu'Ames avait alors » la mission de prédire ces choses, moi je l'ai aujourd'hui. Je » parle, comme lui , avec une entière certitude , et c'est avec les » secours des mêmes lumières dont il était éclairé que je vous » prédis des malheurs; mais vous ne voulez rien croire, vous ne 9 voulez rien comprendre. »
EXTRAIT D*UN SKRMON PRONONGlt PAR SAVONAROLK
U 13 MAHA U96 (Prediekê Mpra Am»ê),
« Vous dites que je ne prophétiserai pas. Et pourquoi ne pro- » phétiserais-je pas? Quel mal y a-t-il à le faire? Et pourquoi m'en » empêchez- vous? Si cela n'est contraire ni à Dieu, ni à la foi, » ni aux bonnes mœurs , ni à aucune loi , comment serait-il défendu » de prophétiser? Qui vous a dit que ce fût mal? — Oh 1 c'est la » loi de l'Ancien Testament qui le dit. — Lisez-la bien : cette loi » dit qu'un prophète qui pousse le peuple à mal faire doit être » lapidé. Si conseiller la simplicité est mal faire , si maintenir le » peuple en paix est mal faire , si réformer la jeunesse et purger » la ville do tous les vices est mal faire , assurément il ne faut pas » prophétiser. L'Ancien Testament ajoute que si un prophète dit'. » Telle chose arrivera dans un temps déterminé , et qu'elle n'ar- » rive pas , il ne faut pas avoir foi en lui. Mais moi , je ne vous bi » jamais dit aucun mensonge; je n'ai rien annoncé qui ne soit
» arrivé en son temps , ou qui ne doive arriver. Qui défend donc » de prophétiser? Ce n'est pas la loi évangélique , ce n'est pas non » plus la loi naturelle, puisque les philosophes disent quod de fus> turis contingentibus non est determinata veritas, c'estrà-dire » qu'on ne peut rien prouver des futurs contingents. Ce n'est » pas non plus la loi canonique, ni la loi civile. Il est bien dé- » fendu de prêcher à qui n'en a pas reçu la mission; mais la loi » dit préchef et non prophétiser, et quiconque voudrait monter en » chaire sans la permission de l'Église devrait prouver par des » miracles ou par l'Écriture qu'il a reçu de Dieu sa mission. Il » n'y a donc point de loi qui défende de prophétiser. Je demande » maintenant s'il serait possible d'en faire une , et je réponds que » non, sauf meilleur avis, parce que ce serait ôter à Dieu le » droit d'avoir des prophètes. Je sais bien que vous écrirez à » Home : vous prétendrez que j'ai nommé le pape , que je lui refuse » le droit de dire ceci ou de faire cela. Écrivez , si vous voulez ; » mais rapportez fidèlement mes paroles : Ce Frère prétend que » personne ne peut faire de loi pour empêcher de prophétiser, pas » même le pape. Moi aussi j'ai écrit à Rome, Quel mal ai-je donc » fait par mes prophéties, dit Amos, s'il n'y a pas de loi qui me îi. défende d'en faire? D'autres disent : Ce sont des songes. Qu'en » savezrvous? Si vous parlez sans fondement, vous êtes fous; si » vous parlez avec fondement , dites donc sur quoi vous vous fon- » dez. Vous ne pouvez savoir si ce sont des songes ; vous ne pou- » vez découvrir le secret de mon cœur. Vous direz : Je le sais par » révélation. Voici ma réponse : Si vous ne croyez pas en moi, je » ne crois pas en vous. Comment voulez-vous que je croie à vos » révélations, si vous dites que les révélations sont des songes? » Pourquoi donc ne voulez- vous pas que je prophétise? Tu dicis : » Non prophetabiSy et je prophétiserai , dit Amos. Lisez tant qu'il » vous plaira , vous ne trouverez que de méchants rois et de mé- » chants hommes qui aient défendu de prophétiser , et à tous il » leur est arrivé malheur. Le prophète Amos dit au prêtre Amasias : » Tu ne veux pas que je prophétise? Écoute la parole du Seigneur : » C'est contre toi maintenant que je veux prophétiser. Ta femme » sera outragée, violée par les Assyriens; tes enfants périront
40i APPENDICE.
» sous le couteau; tes possessions seront mesurées au cordeau,
» c'est-à-dire données à d'autres ; tu mourras , et le peuple même
» sera mené en captivité. Amasias disait alors : Ya-t'en , lourdaud ;
» va prophétiser à tes paysans. Eh bien ! que signifie pour nous ce
» texte? Audite igitur verbum Dùmini. Vous ne voulez pas m'en-
» tendre : je vous dis que vos épouses seront déshonorées , c'esl-
» à-dire vos concubines qui vous tiennent lieu d'épouses ; je vous
» dis que le fruit de vos péchés vous sera enlevé et sera donné à
» d'autres. Tièdes, votre épouse, c'est-à-dire votre conscience,
» sera déshonorée , c'estrà-dire endurcie , et vous ne vous conver-
» tirez jamais. Prêtres , vos fils , que vous faites- passer pour vos
» neveux, seront tués avec l'épée. Rome et prélats, vos bénéfices
» et vos dignités vous seront enlevés , pour être donnés à d'autres,
» en châtiment de vos ignominies. Et vous, tyrans, princes de
» l'Italie, vos épouses, c'estrà-dire vos États, vous seront enle^'ées
» pour être données à d'.autres. Vous mourrez dans une terre
» souillée, c'est-à-dire dans vos péchés, et vous irez à la maison
» du diable. Le peuple chrétien sera mené en captivité sur une terre
» étrangère , c'est-à-dire à la maison du diable. Pourquoi donc ne
» voulez- vous pas que je parle? Pourquoi ne voulez-vous pas que je
» prophétise? Vous devriez me remercier de ce que je vousmontie
» les maux qui vous attendent et le remède que vous pouvez y op-
» poser. Que chacun donc se convertisse et retourne au Seigneur. »