‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 173 sur 195 · EXTRAIT D*UN SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLB · texte numérisé non relu

EXTRAIT D*UN SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLB

LE 17 UABS 1498 (Pfediche topra Exodo),

« On se plaint de ne pouvoir jamais me parler. Je me plains, » de mon côté , de ce que je ne puis me parler à moi-même. C'est » pourquoi , ce matin , j'ai fait choix de ce psaume *. Je ne veux » point m'entretenir avec vous. Je veux me figurer que je suis

* « Quam dilecta tabernacula tua y Domine virtutum , concupiscit et déficit anima, » etc. Ps. 83.

» dans ma cellule , je veux faire le fou , je veux m'enivrer, mais » vous m'entendez bien , d'une sainte ivresse. Peut-être n'avez-

» vous jamais vu pareille chose : vous allez le voir ce matin

» Mon cœur errait d'abord parmi les biens du monde; il ne

» trouvait rien qui pût le fixer et lui donner le repos. Mon cœur

» était déjà l'esclave du péché ; il se sentait à l'étroit entre ces

» deux biens qu'on appelle la richesse et l'honneur. Mon Dieu 1 tu

» l'as fait grand, ce cœur; il s'est dilaté, il est devenu fort, il

» s'est réjoui en Dieu vivant. Seigneur, dans les premiers temps,

» j'ignorais ma misère : je souffrais , et je ne comprenais pas que

» ce cœur courait à sa perte. Mais tu l'as sauvé par ta grâce, tu

» l'as arraché à la servitude , tu lui as ouvert les portes de sa

» prison , et ainsi il s'est tant exalté , il s'est tant réjoui , il s'est

» tant dilaté qu'il ne peut plus tenir dans cette poitrine : il éclate

» et bondit au dehors. mon cœur, où vas-tu? mon cœur, où

» es-tu? H s'en est allé. Et caro mea exûltavit in Deum vivum.

» Ma chair aussi s'est réjouie en Dieu vivant , et sentant que le

» cœur est parti , elle se met à sa suite. Mon œil ne veut plus con-

» templer des vanités , mon oreille ne veut plus écouler les bruits

» de ce monde , ma langue ne peut plus parler que de Dieu, mon

» corps aime mieux mourir que de rester ici-bas sans son cœur,

» et le cœur l'attire à lui. Seigneur, mon cœur et ma chair ne se

» soucient plus des dignités ni des biens de fortune. Ils ne veulent

» plus rester sans toi. Privés de toi, ils ne se soucient ni des

» anges ni des archanges ; ils ne se reposent que dans le Dieu

» vivant. Si mon cœur est capable de te posséder, si tu l'as dilaté

» au point qu'aucune créature ne peut le rassasier et le remplir,

» que ferais-je d'autre chose que de toi? Seigneur, c'est toi seul

» que je veux , et sans toi je ne veux riefi. Si tu étais dans l'enfer,

» j'y voudrais être avec toi ; en toi , j'ai trouvé ma demeure , en

» toi j'ai trouvé mon nid. Etenim passer' invenit sibi nidum.

» heureux petit oiseau qui as trouvé ton nid ! Cet oiseau est la

» raison et la lumière de l'entendement ; c'est lui qui sait extraire

» le grain des épis et de la paille , c'est cette raison et cette lu-

» mière de l'entendement qui saisit le sens des Écritures. heu-

» roux petit oiseau qui as trouvé ton nid et qui as pris demeure

» daDS la maison du Seigneur! Cet oiseau volligeait tout le jour » dans le inonde , tantôt sur une chose y tantôt sur une autre. » Cette intelligence volait à travers le ciel , cette raison cherchait » dans la philosophie les lois des choses naturelles ei Tinfluence » du ciel sur ces êtres inférieurs. petit oiseau , ô raison de mon » entendement, que voulais-tu faire de tout cela? Dieu te suffit. » Tu as trouvé ton nid , ne cherche plus , ne vole plus , puisque » tu as trouvé le lieu du repos. Allons» vole là-haut vers Dieu, » petit oiseau 1 vole vers ton nid. mon Seigneur! avant d'avoir » trouvé ta maison, le trou de ton côté , avant d'avoir embrassé » ta bonté, ton amour, ta sagesse, ta sublimité, il ne trouvait ja- » mais le repos. A peine arrivé ici , il a trouvé sa demeure ; dans » ton sein il a placé son nid. La tourterelle, c^est-àrdire la vo- » lonté , a aussi trouvé son nid. Pendant qu'elle courait après les » choses de ce monde ^ ma tourterelle avait perdu son époux , son » bien-aimé, c'est-à-dire toi, mon Seigneur. C'est pourquoi elle » buvait l'eau trouble de ce monde, elle buvait l'eau de la sagesse » humaine et non celle de ta divine sagesse. Mais depuis qu'elle » a retrouvé son bien * aimé , depuis qu'elle a entendu la voix » de son époux ^ elle ne veut plus d'eau trouble. Le printemps n est venu; elle s'est unie à son bien-aimé, elle a fait son nid, y> elle y a placé ses enfants, c'estrà-dire ses œuvres et ses désirs. » Ainsi , mon intelligence et ma volonté ^ Seigneur, reposent » en toi* AUaria tua. Dominé virtututné J'ai voulu parcourir tes » autels , Seigneur I J'ai vu l'autel de la eroix où tu as été cloué, » où tu t'es offert en sacrifice , où tu as répandu ton sang^ où tu » es mort pour moi. digne autel! ô précieux sacrifice 1 J'ai vu » ton autre autel où mon Dieu est venu sous la forme du sacrement » et s'est fait ma nourriture , ma récompense , mon bonheur. Cet » autel m'a montré la voie du salut; c'est l'autel vénérable, Tauh tel plein de doueeur, l'autel plein d'amour» Cet autel de ta croix n et de ton sacrement ont fait depuis tant de martyrs , qui se sont » volontairement immolés pour l'amour de toi ! Voici l'autel de » saint Pierre , l'autel de saint Paul , l'autel de saint Etienne , l'au- » tel de saint Laurent : j'ai regardé tout autour de moi , et j'ai vu » tant d'autels, tant de tnartyrs sur leurs autels, je me suis tant

» enflammé à les coQtempler avec amour, que j'ai dit : Malheureux » que je suis! ne veux-je point, à mon tour, monter sur ces » autels? De grâce, Seigneur, place-moi aussi sur un autel, fais » que je meure sur ta croix! Me voici les mains liées, je m'offre » à toi , ne permets pas que je meure ailleurs que sur ton autel. » Quant à Tautre autel, celui de ton sacrement, du pain de ton » corps, c'est lui qui nous soutiendra. suave et délicieux autel! » douce , ô délectable nourriture ! Rex meus et Deus meus I Tu » es mon roi , tu es mon Dieu , tu es celui qui nous gouverne dans » nos tribulations, tu es notre protecteur, tu es notre soutien, » Seigneur ! Ne t'éloigne pas de nous , ne permets pas que nous » nous éloignions de toi , et nous serons éternellement heureux. » Beaii qui habitant in domo tua. Heureux ceux qui habitent )) dans ta maison. Il ne leur manque rien , car ils te possèdent, et » tu les nourris de tes délices. Ils te voient : leur amour, leurs » désirs sont rassasiés. C'est pourquoi l'on dit : Heureux tes ser- » vileurs ! In secula seeulorum laudabunt te. Ceux qui demeure- » ront dans ta maison te loueront éternellement : ils n'iront point » amasser du bien pour leurs enfants; ils ne songeront qu'à glori- » fier ton nom, à exalter ta gloire , ta bonté, ta miséricorde; ils » seront toujours joyeux et contents. mon bien-aimé , que ne » dois-je pas faire pour te voir, pour t'acquérir et te posséder! » C'est à toi que j'aspire , et je craindrais de perdre mes biens , » mon honneur et ma vie ! Que le monde entier me persécute , » vieiment contre moi tous les empires, viennent contre mon corps » toutes les persécutions, viennent toutes les infirmités, viennent » mille morts , je ne crains rien pour l'amour de toi , je ne veux » rien négliger pour venir dans ta maison. Il faut mourir; ce monde » s'évanouit comme un souflle; les persécutions dureront peu, et » dans ta maison , Seigneur, on vit in secula seeulorum. Heureux j> donc ceux qui habitent ta maison , parce qu'ils seront avec toi et » te loueront toute l'éternité ! Maintenant laissez-moi reposer un » peu. »

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