‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 28 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

femmes, de leurs pareojts, de leurs frères en religion. II attache un prix extrême à Tobéissance, et ne paraît pas être éloigné de la doctrine du perinde ac cadaver. Il faut être obéissant, les religieux surtout ; il faut être comme Tàne qui se laisse mener à droite et à gauche, crier après, dire des injures et donner des coups de bâton sans murmurer.

Savonarole prêchait aussi d'exemple. Les règles de conduite qu'il voulait imposer aux autres, il les suivait tout le premier, et ne.se prévalut jamais de la dignité dont il était revêtu pour avoir quelque privilège. Comme tous les autres, sa cellule se composait de deux petites chambres; la seule particularité qui la distinguât était une petite chapelle par où il fallait passer pour entrer chez lui, et qui peut-être n'y avait pas été dressée pour sa commodité, ni pour lui faire honneur:' Il était le plus simplement vêtu de toute la communauté. Un jour, deux abbés de Tordre de Vallombreuse étaient venus le voir dans le plus brillant équipage; le Père Savonarole regardait en souriant leur froc, qui était d'une laine très-fine et très-belle. Les deux abbés, s'en étant aperçus, rougirent quelque peu et lui dirent pour s'excuser : a Père Fra Girolamo, ne vous étonnez pas de la beauté de » ce drap : nous le prenons ainsi, parce qu'il dure davan- » tage; d A quoi Jérôme répondit : c< Quel malheur que D saint Benoit et saint Gualbert n'aient pas connu ce secret I » Ils auraient fait comme vous. »

Il avait réglé l'emploi de son temps, et rien n'était plus nécessaire à cause de la multiplicité de ses occupations. 11 se contentmt de quatre heures de sommeil; il donnait le reste de la journée à la direction de la communauté, à la correspondance que sa réputation de sainteté et de sagesse le forçait d'entretenir avec les plus grands personnages qui lui demandaient des conseils; enfin, à l'étude, à la prière,

à la méditation, à la préparation de ses sermons* li avait assigné à chacun , pour leur remettre en mémoire l'humilité de leur nature, quelques-uns des soins de la vie extérieure, et s'était imposé pour sa part la tâche de nettoyer les lieux les plus abjects et les plus dégoûtants. Il employait ses rares moments de loisir à s'entretenir particulièrement avec les plus jeunes religieux et les novices qu'il aimait beaucoup, et dont l'Âme tendre était ouverte à ses affectueux conseils. Il savait ainsi utiliser jusqu'aux moments âe repos. Il avait fait partager à la communauté tout entière ses goûts simples et naïfs, et, proscrivant tous les amusements mondains, il leur avait appris à prendre plaisir aux moindres choses. M(|is ici il faut laisser la parole au P. Burlamacehi :

c( Les religieux se rendaient en quelque lieu retiré et soli- D taire; là, après avoir récité le saint office, ils i^entrete- » naient paisiblement de Dieu. Après le diner, ils prenaient » un instant de repos, puis ils se réunissaient gaiement au- » tour du Père, qui leur dupliquait quelque passage desdivi- 9 nés Écritures; ils faisaient ensuite une petite promenade. D Après avoir marché un peu , ils s'asseyaient à l'ombre. Le » Père offrait alors à leurs méditations quelque beau pasj» sage des livres saints, et interrogeait principalement les » novices; il leur faisait chanter quelque pieuse laude en » l'honneur de Notre-Seigneur , ou leur faisait dire quelque » beau trait de la Vie des Saints, dont il prenait texte pour ù leur donner de sages leçons. Parfois il les invitait à dan- 9 ser des rondes, en s'accompagnant de la voix ; après quoi » l'on se remettitit en route. Bientôt, faisant une nouvelle » pause, Jérôme priait chaque frère de lui expliquer, comme » il l'entendait , un verset des psaumes ou un passage de » l'Ecriture..,. Un jour, ils passaient sous un figuier. Le » Père cueillit de petites branches qui croissaient au piçd

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