‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 29 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

» de Tarbre ; puis , en extrayant la moelle avec adresse , il » en fit de blanches colombes, parfaitement imitées, et en » donna une à chacun de ses compagnons, ce dont ils furent » très-joyeux. Il les priait alors d'indiquer les qualités de » la colombe, et, prenant la parole après eux, il les leur D exposait dans le sens spirituel , h la grande satisfaction de » tous.... Souvent, le soir, ils ehantaient des psaumes et des » hymnes avec une grande ferveur; ils faisaient venir un » novice , en guise d'enfant Jésus , et s'asseyaient en cercle » autour de lui. Chacun lui donnait son cœur et lui deman- D dait quelque grâce pour soi ou pour d'autres : par exemi> pie , que tel jeune homme du monde entrât en religion. » Quelquefois ils choisissaient , parmi ceux qui étaient pré» » sents, un ambassadeur qu'ils feignaient d'envoyer à Dieu, » pour obtenir de lui quelque grâce; souvent ils faisaient » apparaître parmi eux la très-sainte Vierge, qu'ils appe- » laient avec simplicité leur mamani Ils célébraient ses louan- » ges et la remerciaient. De temps en temps, ils laissaient » échapper quelque exclamation partie de l'âme et pleine » d'amour, comme mon doux Jésus! Jésui Seigneur des » seigneurs! Vierge belle! Vierge mère de Dieu! Vierge D pleine de miséricorde ! et chacun à la ronde faisait son » compliment. C'est ainsi qu'ils employaient le temps et » rendaient leurs récréations utiles tout ensemble au corps » et à l'âme. Un jour, le Père se trouvait à Saint-Domini- » que de Fiésole , avec un grand nombre de ses enfants; on » venait de chanter quelques dévotes laudes, pour se récréer » après souper. — Mes enfants bien-aimés, dit-il , pour nous » occuper, que chacun de vous me fasse deux questions, B l'une sur le paradis , l'autre sur l'enfer. — La variété et » la finesse des doutes exprimés , ainsi que les belles répon- » ses et les savantes solutions du Père, donnèrent un agré-

j> ment admirable à cette soirée. C'était merveille d'enten- » dre de si belles pensées : on aurait dit que le paradis était D descendu sur la terre, et qu'on se trouvait dans une com- D pagnie d'anges incarnés. s>

Tel était Savonarole au milieu de ses frères , et telle la discipline qu'il avait su doucement leur imposer et leur faire aimer ; mais, quand il se repliait sur lui-même et qu'il vivait avec sa pensée, il la portait naturellement vers les sujets les plus sérieux. Il aimait à réfléchir sur la mort, et s'était fait faire un petit crâne en ivoire qu'il usa à force de le tenir dans ses mains. Il s'attendait toujours à périr de mort violente ou subite, et portait habituellement sur lui un crucifix, afin de pouvoir faire acte de foi , si la parole venait à lui manquer au moment de la mort. Ces sombres pensées, trop justifiées par l'événement, n'altéraient en rien sa sérénité. Même au dehors du couvent, il passa auprès de beaucoup de gens pour être de mœurs aimables, et, s'il oxcita des haines violentes, il sut se faire des amis dévoués jusqu'à sacrifier pour lui leurs jours, ce qui n'appartient qu'aux grands caractères et aux grands cœurs.

Par ce soin de toutes les heures que prenait Savonarole de ne donner aucun précepte qu'il ne confirmât par l'exemple, et de se montrer toujours tel qu'il voulait que les autres fussent, il parvint , en peu de temps, à faire du couvent de Saint-Marc un rare modèle de sainteté. La renommée s'en répandit, et les fils des plus grandes familles de Florence vinrent prendre de ses mains l'habit de Saint-Dominique. On vit accourir à sa voix et se presser dans l'étroite enceinte de la pieuse maison, des Buccellai, des Salviati, des Albizzi, des Strozzi, des Médicis. En peu de temps, le nombre des religieux fut de deux cents, et même de deux cent cinquante. On fut obligé d'accorder de nouveaux bâtiments à une con-

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