‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 4 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

ditaires dans sa famille, et qu'il était loin'de répudier. Mais il nous dit encore lui-même à quelle occasion la lumière se fit sur ses propres désirs et ses vagues sentiments :

a Quand j'étais au siècle, j'allai un jour faire une pros meiiade à Faenza; j'entrai par hasard dans l'église de » Saint-Augustin, et j'entendis une remarquable parole d'un » prédicateur de cet ordre. Je ne veux pas vous la dire maiu- » tenant; mais je l'ai là, gravée au cœur. Un an après, » j'étais entré en religion. »

Ses historiens prétendent qu'il eut, en outre, une vision qui lui fit lire clairement dans sa destinée. Ce qu'il serait plus curieux de savoir, ce sont les motifs qu'eut Jérôme pour prendre une détermination si grave; mais on ne les trouve

nulle part. Etait-il poursuivi du remords de^jses fautes, dont son esprit, porté à l'ascétisme, s'exagérait la gravité? Son but n'était-il pas plutôt de se faire une vie à sa convenance, une retraite où il vécût heureux? Ses sermons, mine inépuisable, suppléeront encore au silence des historiens. On y voit que Savonarole regardait la vie monastique comme le dernier refuge du bonheur sur la terre, parce que, dans le cloître, on ne s'occupe que de soi-même : -

cr Je vous dis que la vie du chrétien qui , plein de l'amour » du Christ, ne craint rien au monde, pas même la mort, a » d'infinies félicités. Celui qui est en religion, je parle du bon » religieux, est souverainement heureux. Viens ici, mon » fils, viens en religion. Tu n'as plus à te préoccuper de » femme ni d'enfants; tu t'es donc affranchi d'une grande «misère. Vous autres, gens du monde*, vous avei^ une » femme et des enfants qui vous rompent la tête tout le » jour, et votre vie est pleine d'ennuis. »

Et ailleurs, appliquant ces idées à lui-même, il s'écrie : « J'aimais deux choses par-dessus tout ; la liberté et le

M repos. Ce sont elles qui m'ont oonduit au port. Pour » avoir la lil)erté» Je n'ai pas voulu de femme; et pour A avoir le repos, j*ai fui le monde, et J'ai gagné le port de » la religion. »

Ce Alt donc pour satisfaire un goût personnel , il faut bien le reconnaître, que Savonarole embrassa la vie religieuse. On aime à croire cependant que si ce qui lui plaisait le plus dans la cellule, c'était d'être affranchi des soins domestiques, ce ne fut pas pour l'embarras et l'ennui qu'ils nous causent, mais pour avoir le loisir d'élever vers Dieu son esprit et son Âme, et de sonder les profondeurs de la métaphysique. S'il ne chercha que le repos, il en fut cruellement puni , car Jamais existence ne fut plus agitée que la sienne.

Lorsque, après de mûres réflexions, il eut pris son parti, il s'enfuit furtivement de la maison paternelle, laissant dans son cabinet un livre qu'il venait de composer sur le mépris du monde. C'était le 23 avril 1475. Il avait pour lors vingtdeux ans et demi.

On ne peut trouver d'autre motif à ce départ secret que la crainte de rencontrer quelque opposition dans sa famille' et de se laisser attendrir. Mais il est difficile de savoir s'il s'était déjà heurté à cette opposition, ou s'il ne faisait gue la pressentir.

Il se rendit directement à Bologne pour se faire admettre dans le couvent dominicain de cette ville. Son choix avait été déterminé, disent les auteurs, par le désir d'imiter saint Thomas d'Aquin, qui avait appartenu à cet ordre. Deux Jours après son entrée au couvent, il adressa à son père une lettre d'explications, premier monument écrit que nous ayons de lui, et qui mérite, £^ ce titre, d'être reproduite ici. Il y donne les motifs de sa résolution, et démontre qu'il y a lieu de se réjouir et non de s'affliger. Les regrets du

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