CHAPITRE DEUXIÈME
Florence se trouvait, au départ de Charles VIII, dans la situation la plus critique. Forcée de remettre la plus grande partie de ses possessions entre les mains des Français, elle voyait Pise s'armer pour défendre la liberté que le roi venait de rendre à ses sollicitations , et les autres villes du territoire suivre cet exemple. Ses rapports avec les Français lui avaient aliéné Tesprlt de tous les princes dltalie, et elle se trouvait dans un complet isolement. Au milieu des dangers qui la menaçaient, elle ne pouvait compter sur l'armée conquérante , à peine assez nombreuse pour triompher de ses ennemis, si elle éprouvait une résistance sérieuse. Au dedans, Florence saignait encore des blessures que ses mobiles alliés lui avaient faites ; la crainte avait fermé les boutiques , et ce chômage forcé avait répandu la misère dans les classes nécessiteuses, qui ne font pas d'épargnes; enfin, les grosses sommes qu'il fallait payer à Charles YIIIj restaurateur et \ protecteur de la liberté florentine , comme disait le traité, ruinaient les citoyens.
Le premier soin des magistrats devait être de fermer ces plaies. Savonarole , que sa dernière ambassade , couronnée d'un prompt et entier succès, faisait regarder par un grand nombre comme le sauveur de Florence , se crut autorisé ,