‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 44 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

désirer rien avec modération, il se jeta corps et âme dans la lutte , et mit au service de la cause dont il voulait le triomphe tout ce qu'il avait d'influence, d'énergie et de talent.

On voit bien clairement, par ce qui précède , que Savonarole ne fut pas , comme on Ta dit, passionné pour Tétat républicain, et qu'il n'eut au contraire pour cette forme de gouvernement qu'un dévouement et une foi d'occasion. La preuve s'en trouve à chaque page de ses sermons et de ses livres. Quant à son intervention dans les affaires publiques, on Ta souvent blâmée, et Bayle s'est fait l'écho de ces reproches : Un religieux, d dit-il, a un ministre des autels, un ecclé- » siastique, en un mot, peut-il s'embarquer sur cette mer » orageuse? N'est-ce pas un engagement au péché? N'est-il o pas presque inévitable qu'il faudVa se soutenir par de » mauvaises intrigues et par des complots qui aboutissent D ordinairement à des émotions populaires, à des pillerles, D à des massacres, «à des proscriptions, ou à des arrêts de » mort rendus précipitamment et exécutés de même par la » faction qui a prévalu ? Celle de Savonarole se rendit odieuse » par une pareille exécution sur plusieurs personnes consi- » dérables, et il jeta par là les semences de sa ruine. »

Ces observations, fondées pour le temps de Bayle et pour le nôtre, ne l'étaient guère pour celui de Fra Hieronimo. Xes affaires de la politique et de la religion n'étaient alors nullement séparées , et Jérôme avait pour lui l'exemple du passé, où une foule de saints personnages n'avaient pas cru mal faire en mêlant leur voix au tumulte de la place publique. Il citait lui-même, sans sortir de l'ordre dont il faisait partie, saint Dominique, qui avait pris part aux affaires d'État en Lombardie; saint Pierre martyr, qui en avait fait autant à Florence même; le cardinal Latin, qui mit la paix entre les Guelfes et les Gibelins; sainte Catherine de Sienne ,

qui fit lever Tinterdit Jeté sur Florence par Grégoire XI ; enfin , Tarebevéque de cette ville , saint Antonin , qui était plus d*une fois intervenu pour empêcher qu'on ne rendît des lois iniques. Il avait, en outre, pour lui la sainteté du point de départ et du but. Rien n'était plus naturel , selon les idées de ce temps-là, que cette intervention du prêtre dans le gouvernement, du moment qu'il donnait pour base à la politique la morale et la religion, et que, poussant à Texcès son priocipe, il affirmait qu'on gouverne mieux aiou dtê patenôtres , c'est-^-dlre en priant Dieu, que par toute la sagesse humaine, sans exclure toutefois cel]e*ci. C'était même quelque chose d'admirable, au milieu des infâmes pra* tiques de tous les princes d'Italie, dont Machiavel allait bientôt rédiger le code*, que de voir un simple moine proclamer la vertu et la religion comme le premier moyen de gouvernement.

Il est inutile sans doute de laver Savonarole du reproche qu'on lui a fait souvent de n'avoir agi dans tout ceci que par ambition. Le savant Magliabechi a répondu Judicieusement que si le frère avait eu de l'ambition, il n'avait, pour satisfaire son penchant , qu'à flatter les Médicis ou le pape , dont il eût tout obtenu. L'histoire de sa vie permet, au reste, de savoir à quoi s'en tenir sur ce point. Enfin, si par sa conduite il Jeta les semences de sa ruine, ce ne fiit pas à son insu , puisque si souvent, pour prix de ses efforts , il se prédit le martyre.

C'est donc après avoir bien étudié la vole qu'il devait suivre et mesuré l'étendue possible de son sacrifice, que Savonarole marcha en avant. Il prit soin, en commençant, de faire remarquer aux Florentins qu'il ne s'était pas encore mêlé des affaires d'État, et que, s'il s'en mêlait maintenant, c'était pour le bien de tous. Ces précautions oratoires prises,

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