‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 45 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IL

il reprochait au peuple son indifférence politique : c Si 9 Dieu, j» disait-il , c a fait tant de merveilles pour ses élus, x) les cieux, les éléments, les êtres corporels, pourquoi pe j» ferions-nous pas nous aussi toutes choses, pourquoi n'eno durerions-nous pas toutes les fatigues pour eux , pour » leur i*epos et pour leur salut? o Et, dans le même» temps, comme il voulait créer des institutions démocratiques et leur donner pour origine la volonté populaire, il proposait de choisir la forme du gouvernement par une sorte d*élec« tion à trois degrés.

a Pour donner à votre gouvernement la meilleure forme possible , voici ce que vous pouvez faire : Vous avez seize D gonfaloniers de compagnies, comme vous les appelez , qui ont sous leurs ordres la cité tout entière. Que tous les ci- 9 toyens se réunissent sous leurs gonfalons respectifs; qu'ils » se consultent, qu^iis se demandent quelle forme de gou* » vernement leur parait la meilleure. Vous aurez ainsi seize 9 systèmes. Les gonfaloniers se réuniront ensuite et choisi- » ront dans le nombre les quatre constitutions qui leur » auront paru les meilleures et les plus stables. Ils les souo mettront à la magnifique seigneurie; et celle-ci, après t avoir fait chanter la messe du Saint-Esprit dans la grande » salie, choisira l'une de ces quatre formes de gouverneo nement. Tenez pour certain que celle qui sera ainsi choi- » sie viendra de Dieu. »

Mais ceux qui voulaient que la révolution se terminât par un simple changement de personnes étaient encore les plus forts, grâce à une longue possession et à Tinexpérlence du peuple. Par la proposition qu'on vient de voir, Savonarole avait voulu surtout éviter VassemhUe à parlement, qu'il savait bien n'être qu'une comédie; mais il n'avait pas encore eu le temps de faire partager cette opinion à la foule , et

quand la seigneurie, nommée avant la révolution, sous rinfluenee des Médicis, Ht sonner la cloche, il n'y eut pas moyen de Terapêcher d'accourir sur la place (2 décembre). Les prieurs, ayant fait, suivant l'usage, garder toutes les issues par des hommes armés, firent donner lecture d'une pétition rédigée par leur ordre et adressée à eux-mêmes. On y demandait la nomination des huit de Balie, afin de pourvoir aux nécessités du moment avec une autorité absolue , et de réformer le gouvernement, à l'aide de vingt accoppiaton, magistrats de circonstance $ chargés pour l'ordinaire de réviser les noms des citoyens éligibles placés dans les bourses 9 mais qui devaient avoir, dans les circonstances où l'on se trouvait , une autorité plus étendue.

Comme il arrivait toujours dans ces sortes d'assemblées , le peuple ne manqua pas d'acquiescer aux propositions de la seigneurie, et la chargea, suivant l'usage, de désigner elle-même la halie et les accoppiatori. Elle n'eut garde de prendre ces magistrats dans les rangs ennemis, en sorte que la pluralité des voix était acquise d'avance à un gouvernement oligarchique. Mais la médiocrité de tous ces personnages s'opposait à ce qu'ils pussent reconnaître une supériorité quelconque et s'y soumettre. Ils repoussèrent celle de Pagolantonio Soderini, citoyen considérable, qu'ils forcèrent, en froissant son légitime amour-propre, de se jeter dans le parti contraire. Ne voulant qu'un chef nominal, ils avaient fait choix de Pierre- François de Médicis, d'une branche opprimée de cette illustre famille, à qui la révolution venait de rendre une patrie; homme incapable qui, pour plaire au peuple, avait renié son nom et se faisait appeler PopolanL lis espéraient réformer et gouverner, en laissant à leur dupe toute la responsabilité; mais ils ne purent s'entendre.

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