‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 52 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IL

donc directement, en dictant leur vote aux membres du grand conseil , par Feffet de son esprit et de sa grâce ; et Indirectement, en chargeant son ministre de transmettre ses ordres au peuple et aux magistrats. Telle est la part que Savonarole s'est réservée dans le gouvernement : il veut être le conseiller des Florentins. Un rôle si modeste en apparence était en réalité le premier de tous, du moment que Ton admettait la royauté de Jésus-Christ, la communication directe entre lui et tel ou tel de ses ministres, enfin la préférence dont Jérôme assurait être Tobjet. Il explique très-clairement sa pensée dans une remarquable allégorie :

(( Le peuple d'Israël se gouvernait alors comme fait au- » jourd'hui le peuple de Florence : il n'avait ni roi ni prince o temporel. Dieu leur envoyait un prophète qu'ils appelaient » juge, et qui n'avait aucune autorité, aucun pouvoir sur » le peuple , ni pour tuer, ni pour prononcer sur quoi que » ce fût. Mais ils lui demandaient conseil , et le juge, après x> s'être mis en prières, répondait ce que Dieu lui inspirait. B Obéissaient-ils à la voix de Dieu , ils prospéraient; sinon, » ils couraient de grands dangers... Ton gouvernement, FIo- » rence, est donc semblable à celui du juge des Israélites... » Mais ce gouvernement des Hébreux, bien qu'il fut popu- » laire , puisque le peuple faisait lui-même ses affaires et » que le juge se bornait à conseiller, tenait aussi de la mo- » narchie, puisqu'il dépendait de Dieu seul, qui gouvernait B par la voix de son prophète... Il tenait aussi de Taristo- » cratie, car Dieu permettait que les meilleurs fussent élus » et appelés au pouvoir. Ainsi, Florence, il est encore temps : » si tu suis mes conseils, tu trouveras le gué, c'est-à-dire le » meilleur gouvernement, et Dieu t'enverra toujours quel- » qu'iin pour t'éclairer et te détourner du mal. »

Cette allégorie transparente détermine d'une manière très-

nt * VIE DE SAVONAROLE.

précise la part que Savonarole prétendit prendre aux affaires publiques ; il voulut qu'on vint chercher ses conseils dans sa cellule , et n'avoir lui-ràême aucun souci des détails de Tad-* ministration et de la politique. Les citoyens les plus avisés pensèrent qu'un gouvernement sur lequel on exerçait au nom de Dieu une telle pression était plutôt une théocratie qu'une démocratie. Mais cette critique n'était qu'à moitié fondée ; ce qui fait une théocratie, ce n'est pas la domina'" tion d'un prêtre ou d'un moine isolé, c'est celle du clergé. Or, Savonarole n'admit Jamais personne dans le partage de l'autorité dont il jouissait, pas même ses compagnons de Saint-Marc, et il n'eut pas d'adversaires plus implacables, ni qu'il poursuivit lui-même avec plus d'acharnement que les ecclésiastiques. D'un autre côté, l'abnégation personnelle qu'il apporta dans l'exercice 'de son pouvoir lui fait une place à part entre tous les dominateurs des nations.

Le caractère singulier de ce rôle , et la nature même d'une autorité qu'il était si facile de dissimuler, lui permirent de soutenir qu'il ne se mêlait point des affaires d'État , et qu'il n'avait aucune ambition. L'énergie de ses dénégations en a imposé à ses biographes ; ils en eussent reconnu la nullité par une étude plus approfondie des sermons ; mais ils sont, à tout prendre, fort excusables de s'en être tenus à des paroles comme celles-ci :

qj^lor ence. Christ est ton joL — Crois-tu que je ne te » comprenne pas? Tu dis que Christ est roi, pour être toi- » même son ministre et faire à ta volonté. Tu Tas biert mis » en cage, ce peuple 1 — Prenez-y garde ! c'est plutôt vous jD qui prétendez gouverner à votre guise. — Que m'avez- » vous donné pour que je cherche à gouverner? Où sont les » présents que vous m'avez envoyés? — frère , tu as des » milliers de ducats ! *— Vous savez bien que vous ne dites

Page 1