LIVRE II, CHAPITRE II
» pas la vérité. Je n'ai rien et je De veux rien. C*est vous » qui voudriez être les premiers, et c'est pour cela que ce » conseil vous dépiait. Celui qui veut être le premier cherche D à renverser le gouvernement de tous ; il ne veut pas qu'on » nomme des magistrats sans sa permission ; il faut le consul- » ter sur tout, fût-ce pour mettre un clerc à'Santa-Reparata. d Moi, Je cherche à maintenir le conseil : ce que vous dites » n'est donc pas vrai, et c'est vous qui voudriez être les pre- » miers, puisque vous avez de tels soupçons... Dites-moi : » qu'est-ce que j'y gagne? Rien. Je ne veux ri«i y gagner, » je ne veux rien de vous. — Oh! tu veux bien quelque jù chose ^ tu voudrais une maison, — Je la veux pour vos D enfants, non pour moi ; louez-nous-en au moins une, si D vous ne voulez pas nous la donner ; préteï-nous la Sa- » pience ou tout autre local. Je vous dirai comme Moïse : D Je n'ai jamais rien eu de vous, pas même un ànon. Ce » matin, je vous expliquerai peut-être cette figure, si nous B avons le temps. Ainsi, comme je vous le dis, je n'ai rien 2> eu, et je ne veux rien, mais je serai charmé que vous fas« D siez de la dépense pour vos enfants. Ne m'accusez donc xt.plus de vouloir être ministre de votre cité. Christ seul, D vous dis-je, est votre roi. »
A chaque page des sermons, pour ainsi dire, on trouve cette éternelle phrase : Non mHmptucio negli affari di stato (Je ne me mêle pas des affaires d'État). Mais les textes contraires ne sont pas moins abondants ; et comme ils sont beaucoup mieux d'accord avec les faits , tels qu'on les trouve dans les paroles et les écrits de Savonarole même, il faut i^'en tenir à ce qu'ils nous apprennent. Nous nous bornerons h en citer deux : l'un où Jérôme reconnaît la part qu'il a prise au gouvernement de Florence ; Fautre qui est tel qu'on peut se passer de ses aveux.
m VIE DE SAVONAROLE.
«Frère, direz -vous, pourquoi t'occupes -tu de !*État? » — Savez-vous pourquoi? Parce que je vois que le vaisseau » va donner contre I*ëcueil. Si ce frère ne s'en était mêlé, » en croyant aller au ciel , vous seriez peut-être allés an » plus profond de la terre. Voilà ce que je réponds aux mé- » chants. Quant aux bons méconnus, voici ce que je leur D dis : Je Tai fait, parce que vous n'avez pas le courage de » dire la vérité là-haut au conseil ; enfin , je Tai fait , parce D que je vois que cette réforme, si elle s'affermit, fera le D bien spirituel de cette cité, b
Dans le passage suivant, Savonarole descend non pas seulement jusqu'à la politique, mais jusqu'aux moindres détails d'administration :
<r Faites publier un édit par la seigneurie pour rétablir la » concorde et la paix. Qu'il soit ordonné à tous de tenir j> pour bons amis et bons citoyens du gouvernement actuel ceux qui ont été partisans de l'ancien régime. Qu'il soit expressément défendu de s'appeler blancs ou gris, ou de B tout autre nom qui réveillerait les passions. Gomme je B vous l'ai dit dans le sermon précédent, il faudrait infliger B aux délinquants une peine proportionnée au délit : la pre- B mière fois, dix florins d'amende; la seconde, quatre tours B à la question ; la troisième , la prison perpétuelle. Si vous B ne dissipez cette cendre, il s'allumera un grand feu. Dissi- » pez-la, seigneurs, et vous extirperez , je vous le garantis, B la racine de bien des maux. En outre, répartissez les im- B pots avec équité : que personne n'ait droit de se plaindre. B Vous, officiers des grâces nouvellement élus, si vous êtes B ici, écoutez-moi, regardez-moi bien. On dit que vous B êtes des hommes honorables : suivez donc mes conseils. B D'abord, n'acceptez-jamais de présents; secondement, ne B faites de faveurs à personne, ni à vos parents, ni à vos