‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 70 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

Ubaldino de Gaglano, qui était de Saint-Mare, nous donne de curieux détails sur ce triumvirat. II déclare que ceux qui le composaient s'étaient arrogé sur leurs compagnons une autorité souveraine , et s'étaient même dispensés en grande partie des obligations de la vie monastique. Fra Roberto continue , et fait en peu de mots le portrait des trois maîtres :

c( Il m'a ^té impossible, » dit-il, a de prendre en faute d Fra Hieronimo. J'ai toujours vu en lui de grandes marques j» de sainteté : la dévotion, rhumilité,.la prière, de bonnes A paroles , des mœurs pures , d'excellents exemples , une » conversation admirable, une doctrine saine, ferme et so- » lide... Je crois que Fra Domenico est un homme d'une JD vie pure; mais c'est un esprit borné et trop porté à croire x> les révélations, les songes des bonnes femmes et des cerveaux étroits et faibles. Ceux d'entre nous qui montraient x> quelque incrédulité vivaient dans un martyre continuel... » Je voyais Fra Silvestro passer tout le jour dans les cloîtres » à bavarder dans des groupes de citoyens , ce qui faisait » murmurer beaucoup de nos frères. •• Il avait toujours des » étrangers plein sa cellule , les cloîtres ou le jardin. »

Il résulte de ces curieux portraits que si Dominique et Silvestre furent des hommes vulgaires et remplis des défauts qu'on trouve trop souvent chez les moines, on ne pouvait reprocher à Savonarole qu'une trop ferme volonté, et la tyrannie tracassière de ses lieutenants. Les aveux de Fra Roberto étaient évidemment arrachés par la vérité ; car ce témoin, loin de se montrer favorable à son ancien chef, était de ceux qui supportaient impatiemment le joug ; et, à la fin de sa déposition , il prie la seigneurie de ne pas se départir de la sévérité qu'elle avait commencé de montrer à l'égard des trois prisonniers. Mais la vertu du vicaire général ne rendait pas le poids moins lourd ; et si l'opposition, à Saint-

Marc, n*osa jamais lever la tète, elle n'y cotiva que plus dangereuse. On le vit bien plus tard.

Indépendamment des ennemis que la nature et la sévérité de sa doctrine, ainsi que le triomphe politique qu'il venait de remporter, avaient suscités à Savonarole dès le premier jour, la guerre à outrance qu'il £aisait aux adversaires de la religion , des bonnes mœurs et du gouvernement populaire , n'était propre qu'à lui en créer incessamment de nouveaux. Les vingt accoppiatori nommés pour un an devaient rester en charge six mois encore. Mais leur ambition, leur orgueil, leur égoîsme, les projets qu'on leur supposait, les rendaient odieux au peuple , et Fra Girolarao les haïssait plus que personne. Ils étaient l'œuvre de cette assemblée à parlement qu'il poursuivait avec tant d'énergie; ils avaient le tort grave de n'avoir plus leur raison d'être, une fois les nouveaux pouvoirs légalement constitués» Enfin ^ ils étaient le seul reste demeuré debout de cette aristocratie dont Florence ne voulait plus subir la domination. Savonarole saisit avec empressement la première occasion qui se présenta de les renverser. Des soupçons s'étant élevés sur deux citoyens, Alexandre et Lambert della Antella, on fit chez eux des perquisitions, on y trouva des armes, et on leur arracha l'aveu d'une conjuration en faveur des Médicis (15 mai). La défiance populaire accusa les accoppiatori de complicité , et deux de ces magistrats, Julien Sal viati et Laurent Lenzi, pour se purger des soupçons qui pesaient sur eux, donnèrent leur démission. Leurs collègues ne purent s'empêcher de suivre cet exemple. Ils auraient attiré , par une plus longue résistance, trop de ressentiments sur leurs têtes (8 juin 1495). Ainsi fut porté le dernier coup au pouvoir des grands, et la seigneurie qui devait entrer en charge le 1^' juillet put être nommée, pour la première fois, par le grand conseil.

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