‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 69 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

mêler dans un but profane aux choses de ce monde, mais qu'où ne saurait être blâmé d*y prendre part sur l'ordre de Dieu,

Le calme qu'il sut garder Jusqu'au bout dans la discussion lui donna l'avantage, et il résolut avec une extrême facilité toutes les objections qu'on lui présenta. Il faut croire cependant qu'il enveloppa toujours ses réponses de quelques nuages ; car un questionneur moins patient ou plus précis que les autres lui adressa cette interrogation , qui mit fin à la séance : Les choses que vous prêchez, les tenez-vous de Dieu? Dites clairement oui ou non, afin que nous sachions si nous devons vous croire, -r- Savonarole se contenta de répondre, comme Jésus-Christ l'avait fait dans une circonstance analogue : Ego palam hcuttu sum mundo, et in occulta locutus sum. nihil. Soit qu'on trouvât la réponse décisive , soit plutôt qu'on désespérât de tirer de Jérôme rien de plus décisif, l'assemblée se sépara sans avoir pu conclure, et cette impuissance fut un triomphe pour celui qu'on avait espéré confondre.

L'insuccès de cette tentative ne découragea pas ses ennemis. Ils écrivirent à Rome et obtinrent du pape un bref qui obligeait Savonarole à quitter Florence pour aller prêcher où on l'enverrait. Celui-ci se préparait à obéir, et, pour couvrir sa retraite, il disait qu'il avait accompli son œuvre. Mais, avant de se mettre en route, il voulut prendre congé de ses auditeurs ordinaires par un dernier discours. Il remua tellement leurs esprits, qu'au sortir de l'église, ils. s'écrièrent tous, d'une commune voix, qu'il fallait s'opposer au départ du père. Les magistrats eux-mêmes, quoique Jérôme les reléguât au second plan, comprii^ent bien que ce moine était encore nécessaire à Florence, puisqu'il avait seul le pouvoir de soulever et d'apaiser le peuple à son gré. C'est pourquoi

ils implorèrent et obtinrent du pape la révocation de son bref et la permission pour Savonarole de ne quitter Florence qu'après Pâques. Pâques \enues, on n'eut garde de se souvenir de ce terme, et il ne fut plus question d'exil.

Jérôme prêcha donc le carême de 1495. Ne pouvant le faire partir, ses ennemis s'efforcèrent de lui susciter ^e nouveaux embarras : ils firent occuper par leurs hommes les principales chaires de Florence, et les chargèrent de commencer une croisade contre lui. Les croisés se recrutèrent principalement parmi les mineurs de Saint-François. Fra IVlichele d'Aquis, Fra Giovanni Tedesco, Fra Jacopo de Brescia, tous prédicateurs renommés, commencèrent l'attaque. Ils furent bientôt suivis dans la lice par Fra Tommaso de Rieti, régent de Sainte-Marie-Nouvelle ; mais celui qui fit le plus de bruit fut Fra Domenico de Ponzo, qu'on disait soudoyé par le duc de Milan. Quoique le gonfalonier de ce temps-là, Tanai de' Nerli (mars et avril 1495), ne vît pas de mauvais œil la persécution dont Savonarole était l'objet, il ne put empêcher la seigneurie d'intimer à Fra Domenico l'ordre de se taire. Un certain Fra Agnolo, de l'ordre de Vallombreuse, écrivit une lettre contre Savonarole ; mais l'ignorance et l'incapacité dont il fit preuve le forcèrent bientôt de quitter le pays. Enfin, une religieuse qui résidait assez loin de Florence voulut disputer avec Jérôme; mais celui-ci lui fit répondre, avec plus de raison que de politesse, qu'elle ferait mieux de tenir la quenouille et de ne pas se mêler de choses qu'elle n'entendait point.

L'opposition commençait déjà à étendre ses racines jusque dans l'intérieur de Saint-Marc. Savonarole y formait , avec Fra Domenico Buonvicini et Fra Silvestro Maruffi, une espèce de triumvirat qui pesa bientôt à presque toute la communauté. Un des témoins cités au procès, Fra Roberto

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