‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 75 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

drc son maître sur la route de Naples, car il raconte luimême ces choses de la manière suivante :

(( Plusieurs le blasmoient de ce qu'il disoit que Dieu luy » avoit révélé , autres y ajoutèrent foy. De ma part, je le » repute bon homme : aussi luy demanday si le Roy pour- » roit passer sans péril de sa personne, veu la grande assemi> blée que faisoient les Vénitiens : de laquelle il sçavoit mieux » parler que moy, qui en venois. II me respondit qu'il àuroit D affaire en chemin, mais que Thonneur luy en demeureroit, D et n*eut-il que cent hommes en sa compagnie : et que Dieu, X» qui Tavoit conduit au venh* , le conduiroit encores à son » retour; mais pour ne s'estre bien acquitté de la reforma- » fion de TËglise, comme il devoit, et pour avoir souffert » que ses gens pillassent et dérobassent ainsi le peuple, aussi » bien ceux de son party, et qui luy ouvroient les portes T> sans contrainte, comme les ennemis, que Dieu avoit donné » une sentence contre luy : et en bref, auroit un coup de » foiiet; mais que je luy disse que s*il vouloit avoir pitié du D peuple et délibérer en soy de garder ses gens de mal faire 9 x> et les punir quand ils le feroient , comme son office le » requiert , que Dieu revoqueroit sa sentence ou la dimi- A nueroit, et qu'il ne pensast point estre excusé pour dire : )} Je ne fais nul mal : et me dit que luy-mesme iroit au- » devant du roy et lui diroit.... d

De son côté, le 1 9 mai, deux jours avant que Charles VIII quittât Naples, Savonarole faisait aux Florentins les plus belles promesses :

a Je mets par écrit tout ce que je vous ai dit depuis cinq » ans. Je veux que vous puissiez tout vérifier; vous verrez » ainsi que mes promesses s'accompliront sans qu'il s'en » manque d'un iota : vous verrez que je ne rétracte rien. » Espérez, vous dis-je, alors même que vous resteriez en

» chemise. Je ne veux pas dire par là que vous devez être » dépouillés de tout et rest» en chemise ; c'est une manière » de parler. Je te dis, Florence , que ton empire s'accroîtra » au delà de tes espérances. Malheur à ceux qui se révolte- » ront contre toi! L'heure de leur ruine aura sonné.... Je D te dis que tes voisins, qui se réjouissent de l'état où tu es, » pleureraient tout le jour s'ils connaissaient l'avenir. Le » lion a la fièvre; mais il guérira bientôt « et déchirera de h ses griffes ceux qui le mordent aujourd'hui ^. d

Quoique Savonarole ait tenu plus d'une fois un pareil langage y la concordance des temps permet de croire qu'il avait vent du retour de Charles YIII, et peut-être qu'il avait quelque raison de compter sur la bienveillance de ce prince et sur les avantages qu'il pourrait obtenir de lui pour Florence; mais cette ville n'était pas dans le secret et ne partageait pas ses espérances. En voyant Charles YIII reprendre le chemin de la Toscane, les Florentins furent extrêmement effrayés. Ils craignaient qu'il n'eût l'intention de les soumettre de nouveau à Pierre de Médicis, et pour lors 9 résolus de résister, ils avaient à craindre l'infériorité de leurs armes au dehors, les intrigues et peut-être .un soulèvement des Bigi au dedans. Ils ne se souciaient même pas de donner aux Français une hospitalité qui avait déjà failli leur être funeste, et dont ils avaient eu toutes les peines du monde à abréger la durée. On pensait déjà des Français, à Florence, ce que Machiavel en disait un peu plus tard: qu'ils promettaient toujours quand ils ne pouvaient tenir, et ne tenaient jamais leurs promesses quand ils étaient en état de le faire. Mais l'inquiétude et la frayeur n'empêchèrent pas de prendre tous les soins nécessaires pour se mettre

1. Le lion était dans les armes de Florence; on en fit souvent la personnification de la ville et de la république.

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