‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 76 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

en état de défense. La ville fut abondamment pourvue d'armes et de vivres ; tous les citoyens entrèrent dans les cadres de la milice; on enrôla jusqu'aux enfants.

Mais comme , sous le gouvernement de Jésus-Christ , la religion devait être la plus importante partie de la politique , il fut décidé qu'on mettrait Florence sous la protection de la sainte Vierge. On alla chercher dans un village des environs un tableau représentant sainte Marie, dite Tmprunète, du lieu où cette image demeurait habituellement. Suivant une ancienne tradition , elle était l'œuvre de l'apôtre saint Luc, et ne voulait pas rester dans les murs de la ville, d'où elle s'était déjà , disait-on , échappée une fois mystérieusement. Comme on croyait que le salut public dépendait de sa présence, on ne s'arrêta pas pour si peu, et on la conduisit à Florence en grande pompe. Tout le clergé, les ordres religieux, les confréries, tous les citoyens, hommes et femmes, prirent part à cette pieuse procession.

Lorsqu'ils eurent leur sainte patronne au milieu d'eux , les Florentins envoyèrent des ambassadeurs au roi , qui se trouvait à Rome, pour savoir de lui comment, quand et par où il voulait poursuivre sa route, et l'avertir que s'il prétendait rétablir Pierre de Médicis, ou porter, par quelque moyen que ce fût, la plus légère atteinte aux libertés publiques, il éprouverait une résistance qui durerait jusqu'à la mort. On ne manqua pas de lui rappeler sa promesse au sujet de Pise. Charles répondit, comme à l'ordinaire, avec bonne grâce; mais il ne s'engagea point. Même ayant appris les préparatifs de défense qu'on faisait contre lui, il se montra moins bien disposé. Lorsque les Florentins connurent ce résultat peu satisfaisant , ils redoublèrent de précautions, d'autant plus qu'ils avaient appris que le Médicis était à la cour du roi. Ils enrôlèrent les paysans, barrica-

dèrent les rues, garnirent de grosses pierres les maisons et les tours.

Malgré tant de prudence et d'activité, une inquiétude extrême régnait à Florence. Voyant que Charles VIII s'adieminait vers Sienne, et refusait obstinément de faire connaître la route qu*il suivrait en sortant de cette ville, on eut recours à l'ambassadeur des grandes circonstances, à Fra Girolamo. Celui-ci se rendit à Poggibonsi, où était déjà ravant-gardé française , et il y attendit le roi. Il obtint de lui une audience (17 juin), et lui parla avec beaucoup de modestie personnelle, mais en même temps de hardiesse, notamment sur les affaires de Pise. Le jeune prince n'en parut pas indigné. Réfléchissant même que son armée était considérablement affaiblie par suite de la nécessité où il s'était vu de laisser des garnisons dans le royaume de Naples , à Sienne et en d'autres lieux , il comprit qu'il était prudent de ne pas se mettre sur les bras des embarras qu'il pouvait éviter, et il décida de se rendre à Pise sans passer par Florence.

II. donna donc satisfaction à la principale demande de Savonarole, et quoique celui-ci lui eût prédit de grands malheurs, s'il ne rendait pas aux Florentins toutes les terres qu'il leur avait prises, il l'entoura d'égards et l'invita à le suivre jusqu'à Pise. Jérôme consentit seulement à l'accompagner jusqu'à Castel-Fiorentino , où il prit congé de lui après^une nouvelle entrevue, qui lui permit, il le croyait du moins, d'apaiser tout à fait son courroux. Mais Nardi donne à entendre que , si l'éloquence du moine arracha quelques promesses au roi , son conseil n'eut pas de peine à les lui faire retirer ; car, dit cet auteur, dans toutes ses résolutions et dans tout^ ses actions, ce prince faisait bien voir qu'il était dominIPpar son conseil.

Page 1