LIVRE II, CHAPITRE V
3 d*ûutres précautions, j'en serai charmé; mais il faut avant » tout faire ce que j'ai dit. »
Tel était l'ascendant qu'exerçait pour lors Savonarole, qu'un si audacieux langage trouva la seigneurie soumise et prête à accorder ce que- le peuple, se faisant l'écho de son prophète, réclamait impérieufement. Quinze jours étaient à peine é<;oulés, qu'elle abrogeait cette antique institution (13 août). Ce succès tranquillisa Jérôme sur l'avenir. Il savait qu'on n'arracherait plus au peuple une décision grave par surprise, et il avait le temps de le convertir à ses idées sur la politique extérieure. En effet, il réussit à faire envoyer des ambassadeurs à Charles VIII, qui était encore en Italie. Le 8 septembre, un accord fut conclu. Tout le territoire donné en garantie au roi, lorsqu'il était entré en Toscane, devait être restitué à Florence, sous condition que cette ville pardonnerait aux Pisans et payerait cent mille ducats. Ces clauses étaient fort onéreuses sans doute; mais il s'agis-* ^ait , pour la démocratie florentine, d'être ou de ne pas être. Les choses étant remises sur l'ancien pied, Florence se trouvait à l'avenir protégée contre ses ennemis d'Italie : le prix Importait peu.
Ainsi, la politique de Savonarole triomphait au dedans et au dehors. II manqua pourtant quelque chose à tant de succès. Le 2 jaavier 1496, malgré la promesse de restitution contenue dans l'accord du 8 septembre, le capitaine d'Entragues remit la citadelle de Pise aux citoyens de cette ville, qui l'avaient, dit-on, corrompu à prix d'or. Les Florentins, furieux, s'en prirent à Charles VIII, qu'ils appelaient barbare, assassin, plus traître que Judas et Ganelon. Ils finirent par lui envoyer des ambassadeurs pour se plaindre d'un tel déni de justice. Ce prince leur donna un semblant de satisfaction en exilant d'Entragues ; mais , comme celui-ci ne
M% VIE DE SAVOJNAROLE.
tarda pas de reveàir à la cour et que Pise ne fut pas rendue, la colère des Florentins ne s'apaisa que lentement^ et les Arrabbiati furent heureux de trouver dans cet événement un texte à déclamations conti*e Savonàrole.
Le roi de France et son armée tout entière s^taient intéressés aux Pisans. Sans rechercher s'il y avait dans le droit écrit des raisons pour que Pise fut l'esclave de Florence, il est certain qu'eu l'état de morcellement où se trouvait alors l'Italie, les efforts des Pisans pour recouvrer leur indépendance et leur liberté méritaient toutes les sympathies, et que le droit naturel était pour eux. Savonàrole avait-il assez pris à cœur les haines et les ambitions de sa patrie adoptive pour croire que Florence fût lésée si elle ne donnait pas des lois h sa rivale? S'il n'en fut pas ainsi, en promettant à ses auditeurs, pour prix de leur conversion et de leurs pmtiques religieuses, la restitution de Pise, il peut être accusé d'avoir flatté outre mesure les passions populaires, et mérita que la vénalité d'un capitaine obscur vînt augmenter les embarras de sa position et jeter de l'ombre sur sa gloire.