‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 79 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

pouvait s'appuyer sur Charles VIII, redouté même quand il battait en retraite , sans prendre parti dans les querelles des princes italiens ou dans celles de la France avec la Péninsule. C'est cette politique , la seule praticable dans un petit État démocratique, que Savonarole conseillait, et qu'il réussit, malgré la répugnance générale, à faire prévaloir; mais ce ne fut pas sans peine.

La seigneurie se montrait hostile à la France. Cédait-elle à l'opinion, ou prétendait-elle la diriger? C'est ce qu'on ne saurait dire. Il est certaia, dans tous les cas, qu'elle parlait d'assembler le peuple à parlement pour décider l'accession de Florence à la ligue italienne. Le danger était imminent. Fra Girolamo voyait sa politique également menacée au dedans et au dehors. Il pensa que si l'on parvenait à éviter cette funeste assemblée, où le peuple ne pouvait manquer d'acquiescer aux propositions de la seigneurie, tout était sauvé ; que dans le cas contraire, tout était perdu. II tourna donc tous ses efforts contre le parlement, et, ayant convoqué les magistrats à Sainte-Marie de la Fleur, il prononça , le 28 juillet, un énergique discours. Après être entré dans mille détails de gouvernement et d'administration ^ il aborde la question brûlante du jour en des termes dont on a peine à comprendre l'audace , surtout quand on songe qu'il parlait contre les desseins de la seigneurie :

«Votre parlement n'est qu'un instrument de ruine : il faut le supprimer. Peuple, n'es-tu pas le maitre mainte- » nant? Le gouvernement n'est-il pas entre tes mains? — » Oui. — Eh bien ! si tu ne veux pas le perdre, ne permets x> pas qu'on assemble le parlement. Le parlement, c'est, 9 pour le peuple, la perte de tous ses droits. Retenez bien

1. Nous avons déjà cité un remarquable passage de ce sermon, page 132: Magialralt, c'est à vous y ctc

» cela, et l'enseignez à vos fils. Peuple, quand tu entends » la cloche qui t'appelle au parlement, lëve^toi, tire ton x> épée et dis à ceux qui te convoquent : Que voulez-vous? » Le conseil n'a-t-il pas tout pouvoir? Quelle loi proposez* » vous? Le conseil ne la fera-t-il pas aussi bien? — Je vou* » drais que lorsqu'une seigneurie entre en fonctions , vous » lui fissiez promettre par serment de ne pas vous assembler, » de ne pas faire sonner les cloches pour le parlement, L*un » des seigneurs oserait-il se parjurer? Je voudrais que celui » qui le dénoncerait reçût 3,000 ducats, s'il était des sei- 9 gneurs; 2,000, s'il était des collèges, et 1,000, si c'était p un autre citoyen. Je voudrais que le coupable, s'il était ù des seigneurs, eût la tète tranchée; s'il n'en était pas, D qu'il fût déclaré rebelle et vit tous ses biens confisqués. » Je voudrais faire Jurer à tous les gonfaioniers,*à leur m* j> trée en charge^ que s'ils entendent sonner à parlement, B ils iront aussitôt mettre au pillage la maison des seigneurs ; » le quart du butin serait pour eux, le reste pour leurs com- D pagnons. Quand les seigneurs veulent assembler le parle« » ment, je voudrais qu'il fût convenu que, dès qu'ils mettent le pied sur la tribune ^, ils sont déchus de leurs fonctions, » et que chacun a le droit de les mettre en pièces. Je von* » drais, en outre, que les gouverneurs des provinces fussent » tenus, dès leur entrée en charge, d'interdire à tous les su^ » jets, sous peine de rébellion, de venir à Florence quand » on sonne à parlement. Je voudrais, enfin, que la doehe » qui sonnait pour ces funestes assemblées sonnât désormais » pour le conseil , dès que la salle sera terminée, afin que le » nouvel usage fit oublier l'ancien. Peuple, voilà ce qui » est nécessaire à ton salut. Si l'on veut prendre encore

L La ringhiera , espèce de tribune sur le perron du palais seigneurial, 4 Flortnce. Il n'en eidste plus aucune trace depuis 1812.

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