LIVRE II, CHAPITRE VI. i8î
» pas. » C'est à peine si cette paix éphémère fut troublée par les intrigues de quelques citoyens qui voulaient altérer la sincérité du vote au grand conseil, et qui furent condamnés à dix ans de prison et à la dégradation civique (27 avril). Il faut aller jusqu'aux derniers mois de cette année pour rencontrer un événement de quelque gravité.
Depuis que Pise avait recouvré sa liberté, elle était en guerre avec sa rivale, qui voulait la soumettre de nouveau. Cette lutte avait déjà coûté la vie à un grand citoyen, Pierre Capponi, tué devant le château de Sojana, et menaçait de tourner contre Florence, car Pise était soutenue par les Vénitiens, le duc de Milan et Maximilien. Ce dernier, après avoir traversé la haute Italie, était venu s'embarquer à Gênes pour aborder aux rivages toscans. Les Florentins, voyant qu'ils espéraient en vain une seconde descente du roi de France, songèrent à se défendre eux-mêmes, et fournirent Livourue, la première ville menacée par la flotte impériale, de toutes sortes d'armes et de munitions. Les Arrabbiati profitèrent de l'approche du danger pour en rendre Savonarote responsable. Il avait si souvent promis que Pise serait recouvrée! Et loin de là, c'était la liberté, l'indépendance de Florence que la ligue menaçait. C'est pourquoi ils parcouraient les rues pour ameuter le peuple , criant à tous : Ora siamo chiari cke il f rate ci ha ingannati (il est clair maintenant que le frère nous a trompés). A cette clameur, qui menaçait de devenir générale, il fallait répondre. L'occasion en fut donnée à Savonarole par la seigneurie, qui le pria de monter en chaire pour calmer l'inquiétude des citoyens. Il obéit; mais il eut soin d'annoncer, en commençant, que s'il prenait la parole sur l'invitation des magnifiques seigneurs, il ne leur reconnaissait pas le droit de lui donner des ordres. Abordant ensuite la diffl-
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culte : G Vous dites , » s'écria-t-il , « qu'il est clair que vous » êtes trompés! Vous n'en savez rien. Ce que je vous ai dit » s'accomplira. Ce qui est clair pour moi, c'est que j*ai eu » de bonnes nouvelles du ciel, et que j*ai sujet de rire. J'ai D mon secret, mais je le garde.
» Toutes les angoisses que les Florentins éprouvent, » continua-t-il , a leur viennent en punition de leurs péchés. » Il n'y a donc qu'un remède : c'est de faire pénitence, de » venir en aide aux pauvres, d'organiser une procession, » sans négliger cependant les précautions humaines qu'il est » à propos de prendre, d Enfin, dans ce même discours, il jeta cette déclaration hardie : « Je veux perdre la tête, si » nous ne repoussons les ennemis jusqu'à Pise, et même au D delà. »
De telles paroles, quoique conditionnelles, car Savonarole n'avait mis sa tête pour enjeu que dans le cas où l'on suivrait ses conseils, eurent pour effet de rendre le courage aux Piagnonl et de forcer les Arrahbiati à suspendre leurS invectives jusqu'après l'événement. Le 30 octobre on fit, pour obéir au prophète, la procession de Sainte-Marie-Imprunète. Ce ne fut point une vaine cérémonie, car on y recueillit d'abondantes aumônes qui servirent à nourrir les pauvres, lin t^l secours était nécessaire : la disette qui régnait dans tout le pays avait fait affluer vers la ville une foule de paysans des environs. On eut l'humanité de ne pas les expulser, malgré la pénurie d'argent et de vivres où l'op se trouvait alors.
Pour comble de malheur, une flottille destinée à ravitailler Livourne et à y jeter une armée française qu'elle avait embarquée à Marseille, avait été obligée de retourner sur les côtQS de Provence. Tout à coup, pendant que la procession de rimprunète était en marche, un courrier arrive à toute