‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 90 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

bride, un rameau d'olivier à la main, et annonce qu'à la faveur d'un vent favorable, le convoi si impatiemment attendu est entré dans le port de Livourne. On l'entoure aussitôt, chacun lui fait répéter les mêmes choses. Le courrier eut toutes les peines du monde à se dégager au milieu de la joie générale, et il dut faire un grand détour pour arriver au palais des seigneurs.

Cela n'empêchait pas Livourne d'être bloquée par les galères vénitiennes et génoises aux ordres de Maximilien ; mais, par bonheur pour Florence, les vents Ubecci, si mauvais dans ces parages, soufflèrent sur la côte vers la minovembre avec une extrême violence, dispersèrent la flotte ennemie et débloquèrent Livourne. Cet événement permit aux Florentins de recouvrer un certain nombre de châteaux qu'ils avaient perdus, et à Savonarole de donner comme un secours immédiat de Dieu les événements qui venaient de s'accomplir. Le peuple poussa des cris de triomphe, et les ennemis du prophète restèrent confondus.

Ils ne tardèrent pas cependant à revenir de leur abattement, et cette fois le pape ne céda point à l'impulsion ; il donna lui-même le signal , et reprit les hostilités. Le 7 novembre, il envoya au frère, sous forme de bref, l'ordre de réunir le couvent de Saint-Marc à une province nouvelle qu'il venait de former, sous le nom de province Romaine et Toscane. Par ce moyen, Savonarole, déchu de la dignité de vicaire général, aurait relevé du provincial de Rome, qui ne pouvait, se trouvant sous la main du pape, être autre chose que son instrument. La portée du coup était bien calculée; car obéir, c'était abdiquer, et résister, c'était encourir une sentence d'excommunication portée d'avance contre une rébellion prévue. Alexandre VI espérait que le courage manquerait h son ennemi : il se trompa. Jérôme maintint dans

son isolement la nouvelle congrégation de Saint-Marc, et attendit de pied ferroe ; il espérait peut-être , lui aussi , que le courage manquerait au pape, et qu'il n'irait pas jusqu'à Tanathème.

En attendant, il se mit à prêcher Tavent sur le même ton que par le passé. Il annonça de nouveaux fléaux, ce qu'il faisait depuis le commencement de 1495, quoiqu'il refusât toujours d'en fixer l'époque, et de dire quelles seraient les victimes. Le prétexte de cette réserve prudente fut que ses auditeurs n'étaient pas en état de comprendre, et surtout que, si on leur déterminait les temps, ils continueraient de faire le mal et attendraient, pour se repentir, d'être à la veille du fléau. Emporté par son imagination, l'orateur peignait ces tribulations à venir sous des couleurs propres à faire craindre un cataclysme plus complet que le déluge même :

a Italie, il n'y a plus de remède ! Princes de l'Italie, vous » n'avez plus de refuge qu'en Dieu. Méchants , vous essaye- » rez de fuir; mais devant vous vous trouverez la guerre. » Vous vous détournerez ? D'un côté , vous trouverez la » peste ; de Tautre, la disette. Vous verrez partout les ténè- » bres, vous ne saurez où reposer votre tête. Ténèbres de » ci, ténèbres de là, tout sera bouleversé : la terre, le ciel, » le soleil , la lune, les anges. Dieu lui-même. Vous verrez » toutes choses retourna: au chaos. Méchants, que ferez- » vous alors? Vous serez anéantis. »

Il alla jusqu'à compter la privation de sa parole parmi les catastrophes du fléau , et jusqu'à déterminer dans quelles proportions elles pèseraient sur les bons et les mauvais :

Tu dis : Fax! pax ! et la vigne crie : Guerre I guerre ! » Italie, tu auras la guerre, et tu seras flagellée. Florence, » tu porteras ta part du fardeau ; mais les méchants porte-

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