‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 98 sur 195 · LIVRE 11, CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE VU

suivre cette voie; mais il manqua de hardiesse quand il en fallait le plus :ui craignit qu'on ne Taccusât de battre en brèche non les vices des clercs et des laïques , mais rÉglise , elle-même et la religion catholique , et ces craintes intempestives le mirent dans la plus fausse des positions.

Cependant sa polémique contre la condamnation qu'il avait subie ne se borna pas à ces deux écrits : il publia encore deux lettres, Tune en date du 19 juin 1497, adressée à tous les chrétiens, où il affirme, plus qu'il ne le prouve, que l'excommunication n'est pas valable, et où il s'étend en particulier sur la séparation des couvents ; l'autre sans date et sans titre, où il démontre par des textes, et surtout à l'aide d'une page de Gerson , qu'il y a des cas où l'on ne doit pas se soumettre à l'excommunication. Il ajoute que, même eu le frappant, elle n'atteint pas ceux qui continueraient de venir à Saint-Marc entendre la parole dé Dieu , et qu'ils ne sont pas excommunicali , mais excommunicandi.

Nous ne savons, malgré l'imposante autorité de Gerson,

s'il est bien orthodoxe qu'un condamné se reconnaisse le

droit de juger les décisions de l'Église à son égard et de les

'mépriser ; mais il est juste de confesser que de nombreux

docteurs ont soutenu cette opinion, et que Savonarole, bien

avant d'être frappé d'anathème , s'était rangé de leur côté.

Dès l'année 1495, on l'entendait professer cette doctrine :

a Ils vocifèrent au dehors. Je vous ai enseigné, à ce qu'ils

» prétendent , que les excommunications n'ont aucune va-

» leur, et ils allèguent aux simples le texte qui dit : Sive

lùjutta, sive injmta, timenda est. tièdes! ne savez-vous

9 pas que cela s'entend nisi contineat mixlum errorem ?

» C'est-à-dire que l'excommunication est à craindre lors-

» qu'elle ne provient d'aucune erreur; mais quand on y voit

» l'eri-eur en termes exprès, vous savez bien qu'alors elle

j» n'^ pas d'efficace, jd Ainsi ce n'était pas une opinion de circonstance chez Savonarole, mais une conviction réfléchie et dès longtemps arrêtée, et il avait bien le droit de la garder, alors même qu'il y était le plus intéressé.

Il avait donné le signal : un grand nombre de ses amis, atteints indirectement par la sentence pontificale, prirent aussi la plume pour défendre une cause qui était devenue la leur. Pic le neveu publia une apologie détaillée et chaleureuse, que n'atteignit cependant aucune interdiction. Dominique Benivieni coinposa aussi une apologie qui était déjà rare au temps où Pic écrivait la sienne. Mgr. Mansi nous en a conservé une d'un certain Paulin Bernardin de Lucques. Enfin, à Rome même, le Franciscain Georges Bénigne et le philosophe Jean Nasi s'employèrent à la défense du réformateur persécuté.

Tous ces ouvrages n'ont pas même un intérêt de curiosité : ils ne sont qu'une reproduction servile des arguments du maître; mais, considérés comme preuves de dévouement, ils font bien voir que Savonarole était à la tête d'un parti nombreux et puissant. C'est pourquoi le commissaire du pape , Jean de Camerino , chargé de porter à Florence la bulle d'excommunication, s'arrêta à Sienne, retenu par la crainte, s'il poussait plus avant, d'être mis en pièces par les Piagnoni. 11 envoya de là des copies du bref. Les ennemis de Fra Girolamo les firent afficher dans les principales églises, où elles furent fort bien accueillies, parce qu'il s'agissait d'écraser un rival. Ailleurs, on refusa généralement de les recevoir; mais, pour atténuer l^audace de ce refus, on pré^» tendit l'avoir fait parce que la bulle n'avait pas été apportée par le vicaire apostolique, et parce qu'on avait chargé des ennemis de la promulguer.

Ainsi la hardiesse manquait aux Piagnoni contre le saint*

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