‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 103 sur 152 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Exil de Savonarole, 8 avril. — Scandale au Dôme. — Siège de Saint- Mare. ^ Proeession à Tintérieur du oooveDt. — La Seigneurie en* TOie aux laïques Toitlre de le quitter.— IMp6t d'armes à Saint-llafo,

— Assassinat de François Valori. — La foule à Saint-Marc. — Nou- Tel ôdit de la seigneurie. — Combat dans régUse. — Nouvelle Inva» alen et emprisonnement dee derniers aisaillanla. ^ Arrivée du capitaine de la seigneurie.— Savonardle se retire dans labibUothèque*

— Mandat d'amener contre Savonarole.— Trahison de Fra Malatesta Sacromoro. — Adieux de Saronarole à ses frères. 11 se rend à la aeigneurie. — Il est insulté dans le tngei — Captivité de Bttonvi<« dni, de Marulfi^ d'Albert Savonarole.

(AvrU 1498. )

Lorsque les amis de Sîivonarole virent l'effet de cette journée sur la population ilorentine, iU s'assemblèrent pour aviser. Les plus hardis étaient d*avis de ne pas attendre une ullaque inévitable et de prendre eux-mêmes l'offensive. Mais François Yalori ne voulut pas qu'on |KAt accuser les partisans de PÉtat populaire d*ètre des fouteurs de troubles; il conseilla de se tenir prêts à tout événement p nuiis de ne pas mettre le tort du €6té des Pîfignoni, et il fit prévaloir son opinion. Luc degli Albizzi» qui avait proposé de prendre les armes» déclara hautement qu'attendre, c'était la ruine du parti et la mort de tous; qu'en dételles conjonctures chacun devait songer à son salut, et que, puisqu*on le contraignait à rinaction, il quittait Florence sans plus tarder. Il partit, en elltt, pour une de ses terres, avec quelques amis, et se mit en état de défense. Cette désertion fut le signal

VIE m SAVONAROLE.

de bien d'autres, et ainsi les Piagnoni se virent décimés

au moment où ils auraient eu le plus bcsoia de toutes leurs forces.

Mais un résultat plus funeste encore de la journée du 7, fut de faire pencher la balance, au sein de la sei* gneurie, du côté des ennemis de Savonarole^ Cenx qui ravalent jusque-là soutenu avec assez de succès pour obtenir de leurs collègues une neutralité bienveillante» se virent fermer la bouche par des événements qu'ils n'auraient jamais prévus. Le lendemain , lorsque les prieurs s'assemblèrent » ils reconnurent à i^nanimité que Texaspération où était le peuple rendait un plus long séjour de Jérôme à Florence dangereux pour lui- * même et pour la paix de la dté. C'est pourquoi ils portèrent un décret qui donnait douze heures au vicaire général dé Saint-Marc pour quitter le territoire de la république , et défendait à tous les religieux de sa communauté de paraître dans la chaire. Mais c'était trop peu pour apaiser les passions soulevées; le décret, d'ail* leurs, ne put être exécuté.

Depuis qu'il avait été forcé de quitter la cathédrale, Savouarole avait chargé Fra Mariano dcgli Ughi, de Saint*Marc, d'y prêcher à sa pkce. De leur côté, les Compagnacci avaient formé un complot pour empêcher ce religieux d'accomplir sa mission , et ils furent charmés que l'ordre de la seigneurie donnât à leurs violences les dehors de la légalité. Ils se rendirent à Sainte-Mariede-la-Fleur, sous la conduite d'un certain Antonio AlamjuHii , qui s'était fait leur chef pour cette belle expédition. Ce jeune homme monta sur un banc et invita l'assistance à se retirer, attendu que le sermon n'aurait pas lieu. Un Piagnone essaya de protester : il fut entouré, menacé» maltraité et chassé de l'église. JiCS Compa-*

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gnacci en sortirent eux-mêmes aux cris de : Aux armes!

A Saint-Marc !

Savonarole était au couvent. 11 y avait prononcé » le matin même, un lamentable discours, où il parlait avec résignation de sa fin prochaine à ses fidèles auditeurs. L'ordre d*exil lui étant parvenu, il se disposait à obéir. Mais la ville était ài^ya soulevée; def amis lui représentèrent que sortir en ce moment, c*était courir à une mort certaine , et ils le retinrent malgré lui. Cette désobéissance, dont les vrais motifs et les vrais auteurs ne furent pas immédiatement connus, détermina la nouvelle majorité de la seigneurie à charger les Gompa* • gnacci de s'emparer de Saint-Marc et de lui amener Fra Girolamo prisonnier. Depuis que i'inlluence des Piagnoni ne maintenait plus Téquilibre , et il n*y avait pas encore douze heures, la balance penchait visiblement du côté de Tiniquifé.

En se rendant à Saint-Marc pour accomplir leur mission, les Compagnacci donnèrent la mesure de la modération qu'ils y mettraient par le massacre de deux Piagnoni inofiensifs. Les plus hardis entrèrent dans l'è^^dise, où les vêpres n'étaient pas encore Unies, et commencèrent à insulter ceux qui s'y trouvaient. On parvint cependant, non sans peine, à les mettre dehors et à fermer les portes, sans prendre le temps de faire sortir même les femmes et les enfants. Aussitôt les Arrabbiati firent le siège du couvent.

Au milieu de tant de désordre , Savonarole , fidèle à son goût pour les manifestations pompeuses, se revêtit d'ornements sacerdotaux, prit les reliques des saints, et» accompagné des religieux et des laïques , fit une procession solennelle à travers les cloîtres et les corridors; puis il revint daus Téglise placer en adoration devant

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le saint sacrement* Pendant que les plus dévots adoraient a?ec lui , les plus actifs proposaient de sonner les cloches pour appeler au.secours les Piagnoni du dehors; d'autres voulaient engager la bataille : François Valori, qui était présent, leur conseilla de diflérer encore.

Sur ces entrefaites, la seigneurie envoie Tordre à tous les laïques qui se titHiveraient dans le oouvenide l'éva** cuer au plus tôt. Un grand nombre se retirèrent, charmés d'être hors d'une mêlée qui pouvait devenir grave* Quelques-uns sortirent avec Yalori par une porte de derrière, pour rallier les Piagnoni et dissiper la foule toujours croissante des ennemis. Les plus acharnés de«> meurèrmt , décidés à suivre le conseil du P. Buonviàm, qui leur avait jeté cette parole peu évangélique ; DéfendêM-vaus t

Saint-Marc était effectivement en état de défense. Depuis quelque temps , on prévoyait un coup de main des Gompa^nacci, et, pour s*en garantir, on avait apporté en secret au couvent une assez grande quantité d'armes et même de canons ^ Cette précaution , si nécessaire qu'elle pût être , montre combien une lutte de tous les Jours avait fait oublier aux dominicains les devoirs du vrai religieux. Il est clair qu'on n'avait pu introduire de l'artillerie sans Tautorisation du vicaire général. Si le cœur lui manqua au moment décisif, ou si une inspiration plus chrétienne vint l'éclairer; si enfin il interdit à ses frères une lutte à main armée, il ne saurait pour cela être dégagé de toute responsabilité. On ne

1. Ces armes paraissent avoir été réunies h Saint-Marc environ huit jours avant l'épreuve du feu. Voy. à l'appendice ( n" xvi ) la déposition de Nicliolaio le bonnetier. Il déclare les avoir portées à Saint-Marc quinze jours avaot Pâques, or l'épreuve eut lieu le samedi d'avant les Hameaux.

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