LIVRE m, CHAPITRE V
pouvait exiger que des hommes depuis si longtemps excités demeurassent en prières lorsque la mort était sar leur tète et *qu*ils se sentaient en état de la repousser.
Ils se défendirent avec l'énergie du désespoir : l'assaut durait depuis longtemps , et les portes de Téglise et du eouTent tenaient toujours. Le désastre des Piagnonf commença par un crime horrible. La seigneurie avait eiiToyé à François Valori l'ordre de comparaître deirant elle. Ce grand citoyen allait partir pour le palais, lorsqu'il vit sa maison subitement attaquée» pillée» ruinée; sa femme tuée au moment qu'elle demandait grâce ; son neveu, encore enfant, étouffé sans pitié ; lui-même, saisi violemment, fut conduit vers la seigneurie. £n chemin» on TabreuTe d'outrages, on lui crache à la figure ; enfin^ comme ou n'avait rien à lui reprocher, et que les magistrats ne pouvaient moins faire que de le remettm en liberté , ses plus eruels ennemis , Vincent Ridolfl et les Tornabuoni, profitant du tumulte, le massacré* rent. La foule des Arrabbiati s'enivre & la vue du sang ; elle court de là saccager la maison d'André GambinL Elle en eût fait autant de celle de Jean-Baptiste Aidol^ et de Pagolantonio Soderini, Piagnoni influente, si Ja seigneurie, honteuse de tant d'excès, n'eût fait garder à temps l'habitation de ces citoyens*
Privés du pillage par les tardives précautions du go4| verneinent, les Arrabbiati accoururent à Saint-Marc dans l'espoir de s'y dédommager. Eu ce moment-là un nou*veau décret, qui menaçait de la potence ceux qui vaient pas encore abandonné l'asile des dominicains, venait de priver cette pieuse maison de presque tous ceux qui étaient restés pour la défendre. Les nouveaux envahisseurs trouvèrent ceux qui les avaient précédés en train de mettre le feu aux portes et de les enfoncer.
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288 VIE I)E SAVONAUuLE.
Bienlàt les uns et les autres pénétrèrent dans l'église, lià, pendant que Savonarole et plusieurs de ses frères, prosternés devant l'autel, chantaient les louanges de Dieu, seize environ des plus ardents, joints aux rares laïques qui avaient méprisé les ordres de la seigneurie, combattirent avec une ardeur sans égale. Us avaient à leur tète Fra Benedetto de Florence, peintre en miniature, vrai héros sous le froc, digne de figurer dans Homère; Mdo Ingfairami, docteur ès lois, et François Dî^anzati. Ces pâles figures de moines qu'éclairait à peine la hlafarde lueur des cierges, et que les plis de la bure rendaient plus sinistres encore, épouvantaient les assaillants. Au mélange des hymnes sacrées et des imprécations profanes, au bruit des arquebuses déchar* gées, aux cris des blessés et des mourants, on se serait cru en enfer.
Tout à coup de lointaines clameurs se font entendre.
Ce sont de nouvelles bandes, dont Fra Benedetto, de coD^battant devenu plus tard historien, porte le nombre à huit cents personnes. Ils venaient moins se mêler à iSi lutte que profiter de la victoire, piller et saccager le couvent. Pleins d'impatience, ils n'avaient pu attendre que les portes fussent enfoncées ; ils s*étaient rendus à la, très-sainte Ânnonciate ; ils avaient passé de là dans fis bâtiments de la Sapience annexés à Saint-Marc, et, après les avoir saccagés, ils venaient de pénétrer dans le couvent par le souterrain qui y conduisait. Leur premier MÉi fut de s'attabler au réfectoire et de manger lanour^ riture préparée pour les frères ; puis ils se dirigèrent vers l'église, en poussant de grands cris. Savonarole leur fit ouvrir la porte qui conduit de la sacristie dans le chœur. A la vue de ces moines enveloppés de leurs habits blancs et noirs, chacun une torche à la main, et •