‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 118 sur 152 · LIVRE m, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IX

nombre d'hommes d'opinion différente, et ainsi le parli aristocratiqne eut bientôt la prépondérance ; mais il faut dire à sa gloire que, suivant les consçils de celui qui marchait à sa tôte, il n'usa de la majorité que pour ré* tablir les institutions de 1494, les seules qui, ayant pour elles la sanction de rexpérience , pussent être opposées avec avantage aux intrigues des Médicis et de leurs partisans. Gapponi fut élu gonfiitonler de justice pour un an. C'était un hommage rendu à la pensée de Savonarôle ; le frère avait toujours demandé pour cette magistrature suprême une durée plus longue que les deux mois auxquels elle était bornée (1527).

La modération du nouveau gonfolonier lui mérita d*élre maintenu dans sa charge une seconde année (1Ô28). U se signala par un acte qu'on a. pris pour une hardie nouveauté politique, et qui ne fut en réalité qu'une conséquence naturelle des idées qui avaient cours en ce moment-là à Florence, et une preuve de la loyauté avec laquelle Nicolas Gapponi faisait litière de ses propres opinions , pour gouverner suivant le vœu de ses concitoyens. Le couvent de Saint-Marc avait repris, depuis rêxpulsion des Médicis , son ancienne influence. Deux frères , Fra Zaccaria de Fivizzano et Fra Benedetto de Foiano , reprenant avec talent la tradition interrompue de Savonarole, leur mattre, échauffaient les esprits et les excitaient à restaurer, dans les détails comme dans l'ensemble , un si glorieux passé. Ce fut " donc pour céder au désir général, et dans Tespoir peutêtre de confondre tous les partis en un seul, que le gonfalonier proclama Jésus-Christ roi de Florence. U ne fit que ce qu'avait fait Savonarole en 1495; il mit seulement plus de solennité officielle dans sa proclamation^

Mais, pour s*ètre placé sous un tel patronage, Nicolas

ne se crut pas dispensé de pourvoir humainement au salut de la république. La disette et la peste affligeaient d^à la

ville, comme eik 1497; il comprit qu'il était plus sage de désarmer les ennemis que de compter sur les' amis. Il crut donc, non sans raison , faire un acte d'habile politique en cherchant à traiter avec le pape ; malheureusement, ses adversaires se firent de ces négociations une arme contre lui.

Le parti populaire ne pouvait pardonner à Nicolas Gapponi ses opinions et sa modération même. G*est le propre des factions de tenir pour ennemi quiconque ne les suit pas jusque dans leurs emportements. Le gonfalonier ne s*était pas laissé gagner à Tenthousiasme reli*gieux, comme tant d'autres, et il avait eu beau gouverner dans Tesprit des institutions de sa patrie, il avait vu se former contre lui une opposition formidable que dirigeaient des hommes chers à la foule, François Garducci, Dante de Gastiglione, Andreuolo Niccoiini et d'autres encore. En 1529, après d'incessants tumultes, Nicolas Gapponi, accusé d'avoir entretenu des intelligences avec le saint-siége, est déposé et remplacé par François Carducci (17 avril).

G'était le triomphe du parti populaire. Il importe peu de savoir si, en des temps ordinaires , il eût mieux ou plus mal mené les affaires de Florence que les factions rivales; car,bient6t après, laréconciliationdeGlémentvn et de Gharles-Ouint fit comprendre aux moins clairvoyants qu'il faudrait céder à la fin (29 juin). Mais ce fut la gloire de ce peuple malheureux d'avoir tout fiait pour mourir, plutôt que de se rendre. A peine la fatale nouvelle s'est-elle répandue , que Michel-Ange fait relever, malgré Gapponi, malgré Garducci lui-même, les remparts de sa patrie. Les mauvaises dispositions prises par

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le (rattre Malatesta Baglioni, généralissime des armées

de 1;l république , ne peuvent abattre de si grands courages, et le parti populaire repousse avec énergie la proposition d'un accord, que faisaient les modérés. L'armée impériale arrive (24 octol)re), commandée par le prince d'Orange ; elle commence à mitrailler Florence. Les habitants, enfermés, se laissent mener et se battent comme de vieux soldats : par de fréquentes sorties, ils causent dé grands dommages à l'ennemi. Dans un traité avec l'empereur, François les abandonne : ils maudissent la France, mais ne se rebutent pas. Malatesta refuse d'autoriser des sorties qui réussissaient si bien : ils sortent malgré lui. La famine, la peste, déciment leurs rangs : ils jurent de se tuer eux-mômes au dernier moment , et de mettre le feu à la ville. Après des prodiges de valeur, Ferruccio, leur grand capitaine, succombe et meurt à Gavinaua : ils pleurent le héros , mais déposent Malatesta, qui entravait leur courage, et redoublent d'ardeur. Et, pour les empêcher d'aller jusqu'au bout dans la résistance, que faut-il 1 II faut que les partisans des Médicis, insensibles à tant de vertu, prennent les armes pour venir en aide au traître et porter une main impie sur les derniers défenseurs de Florence.

Ainsi, malgré le sacrifice de ses trésors et de son sang, Florence capitule. La liberté sera maintenue, est-il dit dans le traité. Qu'importe? Cet engagement est aussitôt violé que signé! Les Médicis sont rétablis ; les magistrats intrépides, les héroïques volontaires de la milice florentine sont exilés ou décapités. Qu'importe? G'eêi le sort des vaincus. Florence est morte ; mais elle a acquis plus de gloire par sa mort que par huit siècles de vie. Aujourd'hui qu*il ne lui reste plus que ses souvenirs, elle a du moins le mérite de n'en pas répudier le pré-

cicux liérilagc, cl la justice tardive de faire remonter ce culte pieux jusqu'à celui & qui elle doit Tlionneur si rare d*ayoirsu bien finir; elle se souvient que ces illustres martyrs de Tindépendance nationale avaient été formés par Jérôme Savonarole , un autre martyr qu'elle avait tué de ses propres mains.

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