‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 122 sur 152 · UVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

UVRE III, CHAPITRE X

qiies, morales, sont rédigés dans la yieille forme scolastique, et les erreurs .y abondent ; çà et là cependant on y trouve des pages éloquentes. Ses conseils sur les principales vertus chrétiennes ou sur la conduite à suiv re ^.dans les diverses conditions de la vie, dans le veuvage, par exemple, ont conservé plus de valeur. Toutefois on ne les lit guère aujourd'hui : ce ne sont plus que des eu* rïosités littéraires.

Un seul de ces traités, peut-être, mérite une mention à part. C'est, sous le prétexte d'une division méthodique des sciences, une dissertation sur leur utilité respective, et une apologie des opinions de Savonarole sur la poésie et les auteurs prolanes. On connaît ces opinions. Quelques hommes devraient être appelés à apprendre les sciences, afin de conserver la tradition des connaissances humaines et surtout d*avoir des athlètes en état de réfuter les arguties des hérétiques sur ce terrain comme sur celui de la théologie; mais ils devraient ôtre en petit nombre. Le reste de l'humanité n'a besoin de savoir que la grammaire, les bonnes mœurs et la littérature sacrée.

U est clair que, par un tel système, les théologiens presque seuls, c'est-à-dire les reUgieux cloitréSt deviendraient dépositaires du précieux héritage des lettres et des sciences. Or, comme, d'après les idées de notre auteur, les plus éclairés et les plus saints devraient être chargés du gouvernement des empires, les moines théologiens se trouveraient appelés à gouverner le monde. Cette conséquence échappa très-certainement à Savonarole. Quoiqu'on Tait accusé souvent de rêver rétablissement d'une puissante théocratie, rien ne fut plus loin de sa pensée. S*il prit part aux affaires publiques, il ne voulait pas d'une exception faire la règle, et c'était sans eiucun dessein caché qu'il prêchait l'ignorance.

Par ce qu'il dit de la poésie, on voit bien clairement qu'il n'en eut jamaû» rintelligence. Il la distin^e avec soin de la versiflcatioD, mais c'est pour la confondre avec le syllogisme. Forcé de reconnaître que les prophètes en firent usage, il voyait dans cette forme donnée à la parole , de Dieu une concession h la vanité des hommes assez déj)ravés pour Taimer, et un stratagème pour leur faire accepter les plus terribles vérités en les recouvrant d'un voile agréable. Mais comme c'est surtout l'usage profane qu'on fait de la poésie qui la transforme en un instrument de perdition, Savonarole déclare que le législateur devrait, à l'exemple de Platon, bannir les po{ites; cependant il ne veut pas, comme le philosophe, les couronner de roses. S'il borne à un exil sans honneur ses sévérités contre les personnes, il inainlient contre les ouvrages les rigueurs du bûcher.

Ce qu'il y a d'excessif dans sa pensée ou dans ses paroles, vient de l'ardeur d'une lutte qui ne lui permettait pas de mesurer la portée de ses coups. Il n'est pas éton«nant qu'il ait manqué le but par l'excès même de ses efforts pour l'atteindre; mais on a peine h comprendre comment la clairvoyance avec laquelle il envisage tous les vices, toutes les fautes de ceux qui représentaient l'Église, et la nécessité d'un ch&timent, ne lui firent pas comprendre, en même temps, que la réaction de l'esprit païen était inévitable, et qu'elle offrait peut-être un moyen de salut.

Au reste ses blasphèmes contre la poésie èt les poëtes ne lui portèrent pas bonheur. Il voulut s'essayer dans cet art qu'il ne comprenait pas, et donner aux chrétiens des chants populaires propres à remplacer, dans Taustérité des mœurs nouvelles, les chants du carnaval. Il réussit pour quelques jours, mais il échoua devant la

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