‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 123 sur 152 · LIVRE m , GHAnTRE X · texte numérisé non relu

LIVRE m , GHAnTRE X

postérité. Ce n'est pas qu'il manque d'images ; Thomme

qui les répandait à profusion dans ses discours, ne pou- Tait les bannir de ses vers; mais il les y accumule sans choix ni mesure, et surtout il parait croire que la poésie est là tout entière. Il ne prenait aucun souci du goût, de la couleur et de la yie. Quoiqu'il écrivit dans sa langue maternelle, il no saurait soutenir la comparaison avec les hymnes latines de Santeuil ou de Goflin, et encore moins avec les chants gracieux de Laurent de Médicis. Il porta la peine de son dédain pour les Muses : elles se yengèrent cruellement, en lui refusant l'inspiration toutes les fois qu'il la chercha. Si l'on veut trouver chez lui quelque trace du génie poétique, ce sont les sermons qu'il fkut feuilleter.

Là, en effet, nous retrouvons Savonarole; là seulement il est tout entier. Ainsi sont les vrais orateurs: grands à la tribune ou dans la chaire, gênés, inférieurs à euxmêmes dans le cabinet et la plume à la main. Hommes de lutte, ils ne valent que par la lutte et pour la lutte, et, s'il faut le redire une dernière fois, leurs ouvrages ne doivent pas être considérés comme des livres, mais coname des actes ou comme des armes pour le combat.

356 * VIË DE SAVONÀROLE.

CONCLUSION

Savonarole prétend être prophète. — Fausses prédictions de Savonarole — Savonarole ne fut pas un imposteur. — Il s*est trompé de bonne foi. — Causes de son erreur. — De l'extase. — De quelle manière Savonarole communique avec Dieu. — Son erreur est-elle une cause de folie? — De l'hallucination. — De la vision. — Savonarole ne fut ni malade ni fou. — Il subit l'influence des préjugés de son temps. — Ses visions furent un effet de sa volonté. — Opinions des historiens sur Savonarole. — Leur commune erreur. — Opiniou de M. £. Uubieri. — Vrai caractère de Savonarole.

Nous ne termineroos pas ces études sans essayer de débrouiller une question que le lecteur a dû se poser à chaque page, mais qu'il convenait d'ajourner, tant que nous avions à apprendre quelque chose sur Savonarole. On a pu apprécier successivement on lui l'homme d'EUit, le réformateur, le théologien, le philosophe, Torateur, récrivain; mais fut-il un prophète ou un imposteur ? Tel est le problème que ses historiens et ses biographes se sont donné la t&cbe de résoudre, et qu'Us ont résolu par railirmalion de l'un de ces deux termes extrômes, sans soupçonner qu'il pût y avoir d'opinion intermédiaire. Ainsi, les uns ont implicitement condamné l'Église, en proclamant que Savonarole fut un prophète méconnu; les autres ont flétri sa mémoire, enTaccusant d'imposture.

Aucune de ces deux conclusions n*est la nôtre, et nous aurions reproduit bièn infidèlement la vérité qui nous paraît évidente, si le lecteur hésitait encore sur le vrai

CONCLUSION

caractère de Savonarol(\ Il ne fut ni ange ni démon, ni saint ni réprouvéi ni prophète ni imposteur ; il fut un homme sincère mais abusé, et Ton peut voir en lui les grandeurs de la nature humaine à côté de ses faiblesses : le courage et la peur, l'amour et la haine« la vertu et la faute, la plus grande suite dans les idées et les plus frappantes contradictions. Mais, sur un point tant de fois controversé et cependant si obscur encore, il ne suffit . pas d'affirmer, il faut prouver.

Il est hors de doute que Savonarole voulut passer pour prophète aux yeux de ses contemporains. Il s*en défend quelquefois, et déclare qu'il ne s'est jamais dit prophète ni fils de prophète ; mais ne niait-il pas également d*ayoir jamais parlé du pape? Ne prétendait-il pas n'avoir reçu aucun bref, aucune interdiction de prêcher avant l'excommunication? N'affirmait-il pas ne s*être jamais mêlé des afibires d'État ? Des textes aussi nombreux et plus décisifs prouvent qu'il tâchait* de donner à ses paroles un caractère prophétique et de se faire passer lui-même pour Tenvoyé de Dieu.

Quand il s'emportait contre les faux prophètes, ajoutant qu'il fallait les lapider, il est évident qu'il n'aurait pas voulu èti^e confondu avec eux. Quand il osait dire que, s*]l se trompait, son erreur était celle de Dieu môme, il ne pouvait affirmer sa mission plus audacieusement. Quand il réfute ceux qui prétendent qu'on ne doit pas croire à la mission d'un prophète qui ne ftit pas de miracles, il est clair qu'il parle pour lui-même, puisque, d'une part, il reconnaît ne pas faire de miracles, et que, de l'autre, il prétend être le porte-voix de Dieu. Quand il prouvait qu'il avait le droit de prophétiser, il ajoutait que ce que ses ennemis appelaient

des songes était des révélations. Il se faisait proclamer prophète par la Vierge Marie. Enfin , ce mot quli n'avait jamais voulu dire dans tout le cours de ses prédications : Je suis prophète, il le dit expressément dans son Traité dfi la vérité prophétique^ et il déclare que c'est une fiiveur spéciale que Dieu lui a fiiite.

Ainsi il est certain que Savonarole a voulu passer pour prophète et faire croire qu'il recevait de Dieu des lumières surnaturelles. Il ne Test pas moins que cette prétention était insensée, et personne, ce semble, ne peut la prendre au sérieux. Mais comme on trouve encore, ne fût-ce qu'en Italie, de fervents catholiques disposés à admettre que Dieu envoie de temps à autre des prophètes au monde, et que Savonarole fut au nombre de ces hommes privilégiés, nous leur demanderons, avec Tévôque Gatarino, si, pour prouver qu'un homme n'est pas prophète, il ne sufSt pas de démon-* trer la fausseté d'une seule de ses prophéties. Cela ne saurait être contesté. Or, Savonarole prédit» en tant que prophète, le bonheur à Florence républicaine ; il lui promit qu'elle soumettrait avant peu toute l'Italie, et, trente-deux ans après sa mort» la république florentine s'est abîmée pour ne plus se relever. Il annonça à maintes reprises que les Turcs et les infidèles se con* vertiraient avant dix ans à la religion chrétienne. L'homme qui se trompait aussi gravement et qui ne pressentait pas même qu'au lieu de faire des néophytes le catholicisme était à la veille de perdre la moitié de l'Europe, ne peut être regardé comme un prophète. Faut-il donc le ranger parmi les imposteurs?

Sa vie, ses sermons, ses ouvrages s'élèvent contre une si grande injustice. Les imposteurs cherchent à s'insinuer et se gardent le plus souvent dis la violence :

CONCLUSION. 359

SaYonarole voulut s'imposer, il ne fit jamais de conbes^ rions et ne mit pas de bornes à ses emportements. Si une vie pure ne suffit pas pour prouver que celui qui la mène a reçu de Dieu des lumières surnaturelles, cdle

suffit au moins pour faire croire qu il ne fut pas un hypocrite. Le but élevé que Savonarole se proposait, les moyens mêmes qu'il employa pour Tatteindre ne permettent pas de Taccuser de fourberie. On ne peut nier qu'il ait commis des fautes et demandé quelquefois à la supercherie le triomphe de ses doctrines ; mais quel est donc rhonune qui n*a pas agi, une fois en sa lie, comme si la fin justifiait les moyens^ Savonarole a pu quelquefois, voyant l'autorité qu'avaient ses paroles, lorsqu'il les donnait comme le Yerbe de la sagesse divine, rattacher à cette origine sacrée des prescriptions politiques ou morales que sa raison ou son imagination lui avait inspirées, de même qu'il avait donné pour des textes de l'Écriture certaines phrases sensées ou profondes qui ne s'y trouvaient pas, mais qui ne Tauraient pas déparée. Il ne fut pas pour cela un imposteur, car ces supercheries eurent toujours pour but le bien public : elles ne nuisaient à personne, et ne sont d'ailleurs qu'une exception dans sa vie. Presque tou* jours, lorsqu'il dit que Dieu parlait par sa bouche, il le crut très-sincérement : sa bonne foi ressort à chaque instant de ses paroles, et la lecture de ses sermons ne laisse aucun doute à cet égard. Comment soupçonner la sincérité d'un homme qui prononçait les paroles suivantes au moment où, poursuivi par ses supérieurs à Rome, par ses adversaires à Florence, il n'avait qu'à fàire amende honorable, ou même une simple soumission, pour assurer son crédit et ses jours menacés : < Groyez'-vous que si je voulais sorlir d'ici, fouler ma

Vi£ DK SAVONAAOLË

conscience aux pieds et ne pas obéir à ce qui m'a été dit, je ne saurais pas, même par les voies humaines, me mettre hors de ce jeu difficile ? Vous pourriez me persécuter ensuite tant qu'il vous plairait. Mais je sais que tout ce que je vous dis vient de Dieu. J'en suis certain, plus que je ne le suis d'être ici, dans cette chaire; oui, mille fois plus certain que je ne le suis de la blancheur de ce scapuluire que je porte sur ma poitrine. »

Ces paroles énergiques, il les prononça cent fois avec

de légères variantes. Elles portent l'empreinte d'une parfaite sincérité. La droiture et l'unité des vues de Savonarole leur donnent en outre une certaine autorité. Ce réformateur convaincu ne s'écarta jamais du plan qa*il avait adopté pour arracher Florence et la chré* tienté à une ruine imminente, et quand il fallut payer de sa vie une si noble ténacité, il sut mourir. « Je crois, . dit Pa8cal,'les histoires dont les témoins se font égorger. » Par son sacrifice, Savonarolc mérite qu'on croie, sinon à la vérité de sa doctrine, au moins à la pureté de ses intentions. Il est trop facile d'accuser d'imposture ceux qu'on n'aime pas, et trop souvent ceux qu'on étudie peu et qu'on connaît à peine. Plus de justice est dû à ces hommes qui n'agitèrent le monde que pour le rendre meilleur, et qui, victimes de leur zèle, n'ont point dérobé le secret de leurs systèmes au jugement de la postérité. Il faut y réfléchir avant de les accuser de faire des maximes pour justifier leurs pratiques. Le temps n*est plus où l'on avait tout dit sur Mahomet en l'accusant de scélératesse et de fourberie, et l'on croirait difficilement aujourd'hui qu'une si grande révolulion religieuse que la naissance de l'islamisme eût pu être accomplie par un misérable sans conviction.

CONCLUSION

Pour avoir échoué, Savonaroie ne mérite pas qu'on use à son égard d'iine moindre résenre. La trop courte durée de son Iriomphc, car c'est en cela que consiste son échec, ne saurait être un grief contre lui. La petite république de Florence ne pouvait défendre sa réforme pohtique contre les armes des souverains étrangers, ni sa réforme religieuse contre les fureurs d*uii pape qui avait sous la main dix princes tout prêts à servir sa colère.

n serait souverainement injuste de reprocher à Savonaroie d^avoir fondé un gouvernement qui ne pouvait se soutenir. Ce n*est pas lui qui fut cause de l'expulsion des Médicis et de la révobiiion. Appelé à en diriger Tcssor, il s'attacha à le comprimer» et ne tit autre chose que de rétablir un gouvernement dont Florence s'était bien trouvée pendant des siècles. Il sacrifia même, dans cette circonstance soleniielle, ses {propres convictions, pour se plier aux habitudes et aux goûts du peuple qui semblait lui demander son salut. Ce fut un malheur pour ce grand homme de venir dans un temps et dans des conjonctures pù la réforme poUtique se compliquait • de la réforme religieuse et en compromettait le succès. S'il eût eu à catéchiser TAUemagne au lieu de Tllalie, s*il eût pu, comme Luther, concenU*er ses efforts, il eût peut-être retardé de bien des années le terrible déchirement qui allait éclater. En admettant même que, par suite d*une tendancîe naturelle à la synthèse, il soit responsable d'avoir trop embrassé, la grandeur de son but^ l'honnêteté de sa vie, la fataUté qui s'atlacba à lui doivent lui faire tenir compte de la double révolution qu'il accomplit, comme si le succès en avait duré des siècles. Après tout, son œuvre lui survécut et remplit le .moudc du bruit de sa chute.

a62 VIE D£ SAVONAROLE.

Si, ma^r^^ a£ânui^Uqas réitérées» U pas vra que Savonarole aitétê prophète, et si Ton ne peut croire cependant qu'il fût un imposteui% il resle qu'il ait été .trompé lui-mêmey c*est-à dire qu'il se soit cru vérita- JUenient hisptré. Celte inévitable alternative n'a rien .d'invyaisfanblahle. Tout le monde, au moyen âge, sans fn excepter ceux qyi regimbaient à la foi» croyait aux

esprits, aux apparilions, en un mot, aux phénomènes surnaturels. C'était pour eux un ordre de laits non jpioins incontestables et presque aussi communs que • ceux de la vie réelle. Cette croyance générale était cause que cbacun prenait pour des réalités tous les rêves de son imagination, et ces visions, produit de la croyance générale, çontribuaieut ^ \^ fortifier et 4 rentretenir.

Il était donc très-difficile à ceux-là même qui s'étourdiss^ui^t dans le tourbillon des ailaires» de résister au courant de Topi^aion qui portait *alors tous les honmies à croire et à aimer le mej veilleux ; mais cela devenait tout |i fait impossible à ceux qui, v^és au fond de leur cellule, se plongeaient tout le jour, et souvent toute la nuit, dans l'étude et la méditation, et demandaient à . Die^ de se dévoiler à eux f|\ce k face. Disposés par les idées où l'on avait élevé leur enfance à croire les choses les plus extraordiaa^*^s, il devait leur arriver, dans la contemplation, de prendre pour des réalités les Cmtaisies de leur esprit. De môme que l'homme le plus sain d'esprit et 4e corps, s'il û\q trop longtemps ses regaids sur un objet, fliiH p^r le voir s'agiter sous ses yeux, de même la raison cédait aux fantasmagories de l'imagination, et l'o^ axait ainsi mille récits n^eiUeui^ dont rbu^mnité se fit une habitude, et que le progrès des lumières n'avait pas encore dépouillés de leurs séduc-

GONGLUSION. 363

lions. Ges apparition» des êtres bienheureux, anges ou

saints, étaient devenues si communes, que celle de Dieu même, qui aurait dù rester Tapanage de quelques privilégiés, appartenait à tous les chrétiens, pourvu qu'ils voulussent se placer dans les conditions convenables. Les moyens d'obtenir ces visions formaient une sorte de science : il ne s*agissait que de se mettre en extase.

A la condition d'aimer Dieu, on est sûr d*obtenir de Im ce précieux don de Pextase ; et si Textase est un état supérieur, il est €lair qu'elle ôesse d'être, aux yeux de ceux qui admettaient la théorie de Savonarole, un phénomène exlraordinaire. Sans doute il n*est pas donné à tous les chrétiens de le ressentir aussi complètement que sainte Diérèse, et d'en décrire comme elle toutes les phases, mais chacun peut prendre sa part du ' céleste banquet, et cette part est d'autant plus grande que nous avons plus de foi et plus d'aptitude à nous abstraire du monde extérieur.

liais s'il sufiit de prier avec ferveur pour qne Dieu se rétèle à sa créature^* si le Seigneur ne peut se refuser aux supplications des bons chrétiens, combien l'intuition de ia divinité ne doit^^lle pas être plus parfaite chez ceux dont l'unique occupation est de prier et d'enseigner la foi aux autres hommes ! Pénétré de ces idées, qui n'étaient que le développement logique des principes généralement admis de son temps, Savonarole dut bientôt se croire exaucé. Il eut des visions, des apparitions; il entendit des yoix qui lui annonçaient l'avenir et qui lui exphquaient le vrai sens de l'ÉcriturCi

lin général, Savonarole . admettait que Dieu ne fait . jamais aucune grande chose dans le monde sans la l'aire auparavant annoncer aux hommes par ses pro-

VIË DË SAVONAHOLË.

|jbètes. Quant à la manière dont ces communications avaient lieu, il pensait que les prophètes voyaient quelqucfois la Divinité face à face, mai^ qu'elle se servait le plus souvent des auges comme intermédiaires entre elle et eux. C'étaient, en effet, des anges qui portaient ordinairement à Jérôme la parole de Dieu pour la transmettre aux liommes : il les voyait sous les formes les plus diverses et les plus étranges, comme nous rapprend le Compendium, Ces visions avaient toujours un rapport immédiat avec les principaux points de la doctrine qu'il prêchait chaque jour, et H ne faut pas s'en étonner, car il ne pouvait voir dans son imagination que ce qu'il y mettait et ce dont il était constamment occupé. Or, cet homme extraordinaire voyait à travers un verre grossissant les faits mêmes de la vie réelle auxquels il avait eu le plus de part. C'est ainsi que, deux mois à peine après son ambassade à Charles Vlll, il se figurait avoir été menaçant et terrible pour ce prince, quoique le discours qn*il avait prononcé dans celle circonstance, et publié peu après dans le Compendium^ ne contînt rien que de fort respectueux. On peut croire que si Savona* rôle était sujet à de pareilles illusions sur des* faits connus du public, il dut l'être bien davantage dans la solitude, alors que le recueillement, la prière, les macérations, le jeône, la privation de sommeil - exaltaient les puissances de son àme et domptaient momentanément celles de son corps. Dans cette vie intérieure, toutes les fantaisies de l'imagination devinrent des réalités pour le cénobite. La nuit, il allait au-devant de ces visions et de ces révélations ^ le jour, il cherchait à s'en expliquer le sens mystérieux. Il en était presque toujours occupé, et elles devinrent pour lui une habitude.

CONCLUSION. * 365

Savonyrole subit donc l'influence d'une opinion généralement admise de son temps, et son esprit si facile à s'enflammer porta à l'extrême cette puissance factice de voir à volonté des êtres surnaturels et d'entendre la voix de Dieu. C'est ainsi qu'il se trompa lui-même etqu*il trompa ensuite les autresavcc une entière bonne foi.

La médecine a vu dans cette faculté de forger à son gré d'imaginaires réalités, une maladie dont elle a fait une des variétés de la folie, et dont elle a décrit les caractères. De même qu'elle a distingué la démonomanie, maladie de ceux qui croient voir des démons, elle a pour ainsi dire créé la tbéomanie, qu'un médecin décrit en des termes qui semblent se rapporter parfaitement à Savonarole ^ Mais les descriptions les plus détaillées ne prouvent rien : elles pèchent toutes par l'origine. Refusant d'admettre comme réelles, en certains cas, des visions auxquelles les catholiques croient fermement, les médecins ont été conduits à supposer .que ces apparitions proviennent d'un dérangement des sens ou de l'esprit. Ils ont fait de cette hypothèse un principe, et n'ont eu dès lors, pour avoir la pbysiologie de cet état, ou, comme ils ont dit, de cette mal«idie, qu'à observer le caractère des hommes sujets à de si étranges phénoniènes et la forme sous laquelle ces ' phénomènes se présentent. Mais lent système n'est pas concluant, car ils posent en principe ce qui aurait besoin d'être prouvé, et ce que leurs adversaires sont loin d'admettre, à savoir, que de telles apparitions n'ont aucune réalité sinon, objective, du moins subjective.

Cette doctrine ne s'en est pas moins accréditée. La faculté trompeuse de voir ou d'entendre ce qui n'est pas,

1, Calmeil, De la folie , tome l«% page 81. Paris, 1845.

d*ayoir un des cinq sens frappé de quelque sensation, sans intervention de Tobjet qui la procure ordinaire-^ meut, s*est appelée hallucination. Le sens vague de ce mot a permis aux médecins de nauger parmi les hallucinés les plus grands hommes de tous les temps , et de dire qull n'y a pas de génie sans un grain de folie. Mais en admettant comme reconnues les erreurs qa*on prête à ces hommes célèbres, quoiqu'elles aient été contestées pour un certain nombre d'entre eux, il es( positif que souvent eDes proviennent de l'imagination plutôt que des sens. Cela est vrai parliculièrcmept de Savonarole, qui dé* ciare que ses visions étaient imaginaires. L'imagination en effet, lui représentait les anges, d'autres êtres encore , mais toujours sous les formes que les sens lui avaient fait connaître dans la vie réelle^ C'est à quoi se bornait le rôle de ceux-ci dans la production de ces phénomènes fantastiques : ils procuraient des réminiscences qui serviGiient de base et d'élément aux visions. D y a donc lieu de distinguer la vision proprement dite , produite presque exclusivement par l'imagination, de Thaï» lucination, qui est une pure erreur des sens. On ne saurait confondre l'illusion de Malebranche, désespéré du boudin qui pendait au bout de son nez, avec celle de sainte Catherine de Sienne, crovant recevoir la visite du Sauveur, son divin 'époux. Aussi ceux-là même qui veulent conserver â tous ces phénomènes le nom générique d'hallucination, ont-ils été conduits, par une étude plus exacte de la matière, à reconnaître des < ballucinations intuitives, où la personne s'efface , s*élève dans l'espace , oublie la terre et semble étrangère au monde extérieur. »

Si donc on laisse de côté l'hallucination proprement dite, qui est un dérangement des organes, pour ne s'oc-

tX)NGLUSION.

cuper que des visions, ou, commeM. Macario les appelle, des hallucinations intuitives, est-il petmis de dire qu'elles sont le premier ou le second degré de la folie ? On ne le peut sans se heurter à la difficulté qu*il y a de taxer de folie plusieurs siècles, le moyen âge tout entier, et Tanliquilé mt^me , où les apparitions étaient si fréquentes OU si généralement admises; secondemétat, à cette croyance orthodoxe qu'elles ne sont point toujours Terreur d'un cerveau malade, mais quelquefois une réalité, nn don spécial de hi grâce de Dieu. Telle était, comme on l'a vu, l'opinion de Savonarole; ce fut celle de Pascal , quoique ce grand homme ne soutînt celte thèse qu'avec plus de mesure. « Dieu , dit-il , se fait paraître par des coups extraordinaires..., mais cela n'arrive que par exception ; il se cache ordinairement, et se découvre à ceux qu'il veut eng^agcr à son service. » Voltaire a beau appeler les imaginations de Pascal xgri sùrnnia^ l'opinion d'un si glorieux malade nous préserverait (lu moins de partager cette triste croyance que les plus illustres génies dont l'humanité s'honore étaient des esprits égarés.

Hais prenons les choses à un point de vue purement humain. Savonarole croyait aux apparitions comme les pins forts esprits de son temps , subissant ainsi le joug de l'opinion du plus grand nombre, dont les plus subUmes génies ne s'affranchissent jamais entièrement. Il y croyait par fidélité à la tradition catholique, et parce que sa vive imagination le portait à se représenter le inerveilleux et à l'admettre sans difificnlté. S'il fut malade, il le fut comme tous ses contemporains, les plus forts comme les plus faibles. Or, la médecine n'a jamais prétendu sans doute que les préjugés fussent une maladie de l'esprit ; sans quoi rhumanilé entière , dans tous

les temps et dans tous les lieux, serait atteinte de fôlie.

Si l'on admet, an contraire , que les peuples, comme les enfants, ont d'autant plus de préjugés qu'ils sont moins instruits, et que les préjugés sont une preuve d'igrnorance , non de folie , Savonarole n'est ni fou ni malade. £n partant de cette croyance à la possibilité des apparitions et des révélations, il paye un tribut à la fai* blesse de noire nature ; mais, pour le reste, ses idées et sa conduite sont explicables suivant les lois de la raison. Que disait-il, en effet, et que faisait41 î II disait que le chréiien n'a qu*à s*abslraire du monde extérieur, à se replier sur lui-même par la prière et la Médilatlon, pour voir des choses qu'il ne voit pas dans Tétat ordinaire. Or, qu'y a-t-il non-seulement de plus raisonnable» mois encore de plus vrai T Qui ne sait que les sens fixés trop longtemps sur le même objet sont exposés à d'étranges liallucinations ? Qui n'a éprouvé sur soi-même l'effet d'une pensée trop suivie, trop concentrée, et n'a vu les fantômes de son imagination revêtir des formes corporelles?

C'était par un effet de sa volonté que Savonarole se plaçait dans les conditions nécessaires pour avoir des visions. Il en avait alors, cela n'est pas douteux. Ce qui serait étonnant, c'est qu'il n'eût pas obtenu ces apparitions, ces révélations qu'il poursuivait si résolûment. Malgré leur fréquence, de tels phénomènes ne constituent point une maladie, puisqu*ils furent toujours le résultat naturel, le produit volontaire de la solitude, de l'obscurité, du silence, du recueillement, de la méditation, de la prière et de tous les procédés propres à ravir en extase les chrétiens vertueux.

Nous insistons sur ce point, qui explique clairement,

CONCLUSION

selon nous , ce qu'il y a de plus mystérieux dans cet

homme extraordinaire. Il partagea une croyance de son temps, et il lui fit produire des conséquences rigoureuses qu'on ne peut contester qu'en attaquant le principe. G*est parce que les médecins n'admettent pas ce principe, qu'ils ont rangé Savonarole parmi les fous , ou au moins parmi les hallucinés. Les théologiens, au contraire, s'il eût été plus soumis au pape, en eussent fait un saint. Quoi qu'il en soit, il suffit de reconnaître que Jérôme a pu se tromper avec son siècle sur la possibilité ét la fréquence des apparif ions , sans avoir l'esprit dérangé, pour que toute sa conduite, par rapport à ses visions et aux révélations prophétiques qui en étaient le complément, paraisse conforme à la raison et pleine de bonne foi.

Une suite d'idées si naturelle trouva cependant des incrédules, même parmi les contemporains de Savonarole. Guicciardin, Machiavel, Rinaldi ne crurent point à ses extases. La conséquence de cette incrédulité fut d'accuser ce grand homme d'imposture, ce qui est toujours plus facile que de se dépouiller un instant de ses propres idées pour se mettre à la place d'un adversaire. Il appartient à la postérité de rendre aux intentions la justice qui leur est due; mais Savonarole a eu cette mauvaise fortune qu'en cessant d'être un imposteur il est devenu un fou. Nous espérons avoir prouvé qu'il ne fut ni Fun ni l'autre, mais qu'il faut croire à sa bonne foi jusque dans ses erreurs et dans ses fautes, et admettre que si sa raison nous paraît s'être égarée quelquefois, c'est qu'elle était assiégée par les préjugés de ce temps-là.

Nous nous séparons , par cette double conclusion , de tous ceux qui ont écrit sur Savonarole. Les uns, comme Burlamacchi, Pic de La AJirandole et les auteurs qui s'ap-

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370 VIE im 6ÂV0NÂH0LE.

fiuyèrent sur leur autorité, otit (Bélébré la gloire du prophète, et n*orit voulu laisser aucune tache sur sa renommée, lià où nous voyons l'action funeste des préjugés, ils prétendent voir la main de Dieu. D'autres , tels que Burchard, Delfluo, Rastt'elli, adversaires déclarés de cette grande mémoire , ne Toulurent ou ne surent trouver dans Savonarole qu'un scélérat. Dans un milieu plus sage se sont placés les annalistes et les historiens, inclinant à droite ou à gauche , suivant leurs convictions, leurs intérêts ou leurs relations. A côté de Comines et de Nardi, qui laissent percer des sentiments fevorables au câèbre dominicain, on voit Guicclardin et Rinaldi plus hostiles. Dans la suite, à différenles époques^ Tarcagnota, Muratori, Pignotti expriment des opinions diverses , ou du moins se font l'écho de celles qui avaient eu cours avant eux.* Mais ils se sont tous arrêtés à la surfaces Aucun n*a songé à se demain der comment un homme qui vivait si saintement put tromper ses semblables, ou comment un prophète de Dieu put commettre des fautes si graves et de A pnn fondes erreurs.

Au fond, toutes ces opinions si diversement exprimëee se ramènent à un hlàme unique. On reconnaît à Savonarole de rares talents comme orateur ; mais on lui reproche de s'être mêlé aux affaires publiques, sans se douter que c'est lui reprocher d'ôtre lui-même, et qu'il était impossible d'opérer une réforme religieuse et so« ciale au xv* siècle, si Ton ne prenait la politique pour levier. D'ailleurs , Savonarole n'exerça jamais de fonctions publiques, et n'eut d'autorité que celle de ses talents supérieurs. Les religieux des ordres rivaux faisaient de même de leur côté, et ce ne fut pas leur faute si leur médiocrité obtint moins de crédit. Quoique cette

CONCLUSION» 871

accusation soit bien peu fondée, elle est le seul poiqt sur lequel les historiens tombent d'accord. Pout* tout le reste 9 ils semblent indécis et se gardent de conclure.

Depuis quelques années^ tlne hypothèse noUTelle a été

hasardée pour expliquer le caractère si peu compris de SaTonarole. On a supposé qu'il s'était seni de la rdigion comme d'un instrument pour assurer le triomphe de la liberté politique et de la démocratie. Ce paradoxe ë trotiTé dans un jeune poëte florentin, M. Ermolao Ru-^ bieri, un éloquent propagateur. Dans son beau drame^ intitulé Franenco Valori^ M. Ruhieri nous peint Savona^ rôle sous les couleurs les plus déduisantes. Mais le poêtê s'est mépris. Une étude plus approlondie de la personne ët des écrits du dominicain lui aurait montré qu'il ne doit être regardé ni comme un martyr de la liberté, ni comme un inditïéreut en matière de religion. La liberté nè fut, eti effet, pour Jérôme, que Tinstrument qu'il croyait le plus propre à consolider sa réforme religieuse et sociale^ •

Mais 11 eut le bonheur , et ce bonheur fiit une partie de son génie^ de servir deux causes pour lesquelles les hommes se passionnent : la patrie et la religion. Sa vie

privée fut d'une pureté au-dessus de tout éloge ; Tunité, le désintéressement de sa vie publique lui assurent une gloire durable. Il n'eut jamais qu'une pensée 2 le rétour de la chrétienté aux mœurs de la primitive Église. Ce but, il le poursuivit par tous les moyens : d'abord, par la réforme des ordres religieux destinés à porter aux hommes la parole de Dieu ; puis, par la réforme morale du peuple que la Providence avait placé sous sa main pour en faire le modèle de tous les autres et Comme iin mémorable exemple du vrai bonheur i fruit de la

vertu et (le la foi; enfin, par la réforme politique, comme moyen d'accomplir 4es deux autres.

Les circonstances ^nrent à son aide ; mais c*est par là que le doigt de Dieu apparaît dans la vie des hommes à qui il est donné d'influer sur les destinées de l'humanité. C'est à peine si les dangers qu*il courut purent le détourner du but sacré auquel il avait voué sa vie , car il avait rattaché à Iqi ravenir du monde , pensée excessive sans doute, mais de celles qui enfantent les grandes choses. Au prix d'un but si noble et si glorieusement atteint, qu'importent quelques fautes? Savonarole fut despote, orgudlleux. S*il eût été timide et^locile, n'eût* il pas cédé à la première tempête? D*aiUeurs, ces dé* fauts qu'on lui reproche, non sans raison, furent ceux de l'homme pubUc ; le cénobite sut 8*en affranchir. C'est pourtant comme religrieux que Fra Girolamo mérite le plus d'être attaqué. Il est certain, en effet , qu'il fut un fils insubordonné de FÉglise , et que l'Église ne saurait lui pardonner le scandale dont il fut cause , les invectives trop fondées dont il poursuivit le clergé. Mais la postérité impartiale ne peut oublier que le pape contre qui tonna une voix si éloquente se nommait Alexandre VI , et que la réforme de Savonarole supposait cette rébelliûo, puisque le pontife et sa cour s'opposaient de toutes leors forces à ceux qui faisaient honte à leur corruption et à leur inertie.

S'il est vrai, comme Ta dit le poète, que la cause des vainqueurs plaise aux dieux , on a peine à s'expliquer pourquoi Savonarole a été poursuivi, de son vivant et après sa mort, de tant d'injustice et de malédictions. Sa personne périt dans la lutte, mais il s'ensevelit dans son triomphe, et jamais triomphe ne fut plus éclatant et plus complet que le sien. Il transforma un peuple vicieux «t

CONCLUSION

amolli par le luxe ea une société austère et simple ; il remplaça la tyrannie par les institutions les plus populaires que Florence ait jamais eues ; 11 gouverna cette grande cité sans donner un ordre , sans avoir un soldat à sa disposition. Humble moine , il fit trembler ses ennemis, alors même qu'ils .portaient la tiare ou la couronne. Si ce triomphe fut de courte durée, il &ut s*en prendre aux limites trop étroites du théâtre où il l'ut donné 4 Savonarole de se mouvoir, el à Timpossibilité où se trouva Florence, après sa mort, de résister long- * temps à ses terribles et implacables ennemis. Après tout, la réforme survécut au réformateur. Une constitution religieuse, politique et morale, qui renaît de ses cendres trente ans après la mort de son fondateur , qui inspire le plus héroïque patriotisme aux fils de ceux qui Tavaient vue naître, et qui ne succombe que devant des forces supérieures, décuplées par la trahison , n*est pas de celles qu'aucun souffle de vie ne soutient.

Savonarole mérite donc d'être rangé parmi les réformateurs illustres qui ont versé leur sang ou usé leur vie à la défense d'une cause qu'ils croyaient sainte. 11 a sa place entre Arnaud de Brescia, Giordano Bruno et Gampanella. Moins agitateur que le premier, moins philosophe que le second, moins organisatem* mais aussi moins utopiste que le troisième, il n'essaya ni de boule- >erser par les armes l'Italie entière , ni de renverser le vieil édifice aristotélique et de semer sur ses ruines les prémices du panthéisme, ni de fonder une-société nouvelle, pure création de son cerveau. Son but fut plus pratique,, sans être moins élevé. Pour ramener les hommes à la sainteté des premiers chrétiens, il essaya de tirer parti de ce qu'il trouvait autour de lui, plutôt que de tout détruire et de tout remplacer. Il fut donc un habile po-

VI£ D£ SAVONÂROLE

litique, et quoiqu'il ne nous offre pas le modèle du parfait chrétien) on péUt ajouter qu'à part quelques défauts de caractère et quelques erreurs de conduite , il fut un fidèle disciple de l'Évangile. Jamais il ne songea à faire de la propagande par les armes ; il n*espéra qu'en la sainte propagande de l'exemple. Il crut qu'en voyant la fie pure et le bonheur des Florentins conteMiSi toute la Chrétienté, éclairée par les fléaux de Dieu, se rendrait successivement à ses doctrines. Vaine, mais touchante illusion ! Il ne savait pas que , pour rendre efflèace la propagande de l'exemple, il faut que le peuple qui la ftit possède assez de forces matérielles sinon pour imposer la vérité àux autres , du moins pour la faire respecter chez lui. Ge sera sa gloire d'avoir cru à la puissance du vrai et du bien sur les hommes. Il restera surtout admirable pour avoir résisté aux entraînements dë l'orgueil blessé et aux ressentiments de la droiture méconnue. Si l'Église ne # permet pas de le ranger t)armi les saints , on doit encore moins faire de lui un liéré8iâri|ue« et| dans tous tes càS v l'Italie doit le mettre iau nombre des grands hommes dont elle s'honore. Saifonàrole lui appartient par les croyances et par le génie 'AUtattt que par là naissance. Il ne fut pas sans doute de ceux en qui une société se personnifie, puisqu'il aspirait à transformer ses contemporains ; mais^ ayant vécu sur la limite de deux civilisationsj il est uU deS plus curieux représentants de la lutte encore indécise que l'esprit de rarosb* livrait idors à TespÈit du paâsé.

TEXTES ET DOCUMENTS

• TEXTES ET DOCUMENTS

aÉsoMt K l'analtsi DBS JoinmttB (eiomiATB) de sbb tmiiao Tnrou,

NOTAIBE FLOHBNTm (OUVRAGE PERDU), PAB FRA EBUIIMO BAZZI.

(llagliftbecliiuift»niaoQscritde Saint-Marc, VIII ^tlS.)

Cette analyse porte ce tilre : Dt/mstone gejMrak ikUe cose M nostro profeta^ ricavaia âa un diahgo di Memt Lontm Vivoli.

Les ioterlocutears de ce dialogue sont Didimo^ c'est-à-dire un sceptique, et Softa, c'est-à-dire la Sagesse.

Dans la préface se trouve la classification des sermons de Sa- Yonarole en sept volumes.

Première journée. — Arrivée de Savonarole à Florence, en 1489. — Il prêche à Saint-Marc. — 1491, il prêche au Dôme sur la Genèse. — 1^92 f il prêche à SainULaurent et commence à exposer rarche. Il commence à montrer l*épée de Dieu. — 1493, il prêche le carême à Bologne. — Il revient à Florence. — 1494, il prêche au Dôme. Il poursuit l'histoire de l'arche , et arrive au déluge quand Charles VIll entre en Italie. — Exposition de la réforme : changement des mœurs publiques , simplicité chrétienne , fré- ' quence des sacrements, restitution des biens mal acquis. — 11

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prêche pendant quatre ans. — De lk9k à 1498 , persécutions quî Gommenoent à la faite dee M édicis, -7 EzpoaitioQ de la réforme

politique.

Secondé journée. — Savonarole fût un yrai prophète : il prédit la mort de Laurent le Magnifique, celle de Charles VIII, la disette*

D'autres prophéties se sont vériûées après sa mort. Énumération de ses principales prédictions.

Troisième journée. ^ Deux causes principales de la haine des Florentins pour le serviteur de Dion : ches les grands, le désir arobitteox de dominer, et la* soif de la vengeance dans les rangs du peuple, deux sentiments auxquels Savonarole était un obstacle, c Dove è da sapere cbe se in queiia mutazione di governo non fossero state le predicazionî del nostro Padre, si sarebbe fatto nella città molto sangue ; ma il suo dire e Tautorità sua , cbe allora era grande, quietè ogni cosa e impedl che non si mettessero mani aile vendette....

c L^odio s'accrebbe dalle santé leggi che per consiglio di lui furono fa Lie....

c II capô coperto e palese de' Compagnacci fu Dolfo Spini, ma si teneva che n'averano un altro de' grandi, ma occolto, fu in Parione (ma derrière l'église de, la Sainte-Trinité), in casa dt Antonio di Bindo Altoviti, delta la casa grande del palriarca, dove si consulté il modo di levarsi dinnanzi Fra Girolamo. £ pensarono prima a questo modo, cioè di far capere al papa per mezzo de' Frati Zoccolanti, corne Fra Girolamo era suo nemico e la rovina délia città. > De là vient la défense de prêcher. Fra FranceiGO di Puglia fui mis à fiainte-Croix par les Frères Mineurs poAir combattre la doctrine de Savonarole.

i)u(Urième journée, — L'assaut de Saint-Marc. Savonarole prisonnier.

« Dicesi che la causa onde nasce il tumulto di quella fu che gU avversarii aveano divulgato cbe perciè i Frati del Zoccolo non ,vollono venlre allo esperimento del fuoco, perochè it Savonarola voleva* che Fra Domenîco portasse seco un^ ostia consecrala, acciochè si bruciasse Cristo nei fuoco. — Kispoude il Yivoli be-

TEXTES ET DOCUMENTS

nidfttfflo a queela calunnia : 1° che il P. Savonarola non disse mai aasolulamenta di volere che ai portasse il saoramento net faooOi ne fia^dendo a ooloro 1 quati non velevatio che Vf si

portasse H crocifisso, disse che aveva tanta fede che quando anche yî si fosse porUto il sacramento, nè pure il velo che lo Tteoprivt amUie paiito danno dal ftiooo. Poscia disse esaere une sciocchezza il dire che Cristo possa ardere, quando anche ardessero quelle gpecie. Dice 3*" che S. Antonio di Padova, dell' ordine de' Fra Minori, per convertire eerie erotioo, pose i'estia sacra davanli a un mulo con pericolo che la mangilisse, e mira* colosamente quella bestia l'adoro.

c Dicesi ancora che la sua disubbidienza al papa fu un' aitra causa délia sua cattura» e risponde il VivoU che molli sanii hanno dtsnbbidito al papa, corne S. Giovanni Grîsostomo, cbe non voile comparire a un concilie falto in Alessandria , perché v* erano i snoi nemici. » On rapporte la même chose de saint Busèbe de Yelrceil.

t Dice Vivoli che fu fatlo stampare un proce^so tanto sciocco, che bisQgno subito mandare un bando che chiunque Tavea compero sotio pena di gravi pene lo riportasse al libraio , e cosl lo soppressero, perché era gran vergogne delll esaminalori, ediedero nome cbe il papa lo voleva nelle mani, e che ad instanza di lui lo tenevano prigione...*

c Narra ancora corne nellA eaitieili dël comuné di Pirenze in cui si serbano tutte le sentenzie capital!, non è altra sentenzia de' tre servi di Dio cbe quella degli otto di guardia, i qualidicono corne avendo veduto i processi e quelle che n* aveano gindicatOi i commissari apostolici gli condennavano alla morte, di maniera che la seiUentia riferisce i processi, e questi non si trovano. E narra il Vivoli corne gU otto di guardia si chiamano di guardia perché erano eleiti corne ministri délia signeria i a guardia délia

città) e per istare vigilanti, accié che in quella non occorrissero scandoli, e se nati vl fosse ro per riferirgli alla signoria, e insieme con quella pervi rimédie. £ la prima maitina che eiltravano in uffisio questi signerî otio di guardia, si presentavano alla âignoria, ella dava loro V autorità e la balia, o assoluta o iimitata,

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corne a lei pareva, sopra le sentenzie capilali, e allora si chiaroavaDO gli OUo di balia e di guardia.

« Narra ancora il Vivoli corne la aigooria che entro Bel meae di maggio del 1498, ceme egli afferina di aver letto nel libre originale de' partiti délia prefata signoria, nel fare il partito per mano di notaio agi' otlo di guardia, gii diede balia, eccetto che sopra i tre frati i qaali eraoo allora in palazzo prigioni. Onde u vede che i signori otlo di quel meae non potevano condaonai^li alla morle, noo avendo la balia sopra di loro. j»

(Hnquiéme*jouméê. — Vie, mœurs, conTeraationa de Savona-

rôle ; réforme de Saint-Marc.

Sixième journée. — Les procès. Jean Berlinghieri était détenteur du premier, le seul authentique; il le brûla. Le second fut

celui que Ser Ccccone falsifla , el qui fut ensuite retiré de la circulation. Le troisième fut fait le 19 avril, « e stampato di poi fu, anch' egli corne il secondo, falsîficato, e la sua falsità si conobbe dagli originali che dopo la morte di Ser Gecopne si trovarono, non avendo egli, corne la sapienza umana richiedeva, abbruciatigli. Le confessa il diligente YivoU d'aver egli veduti e ietli detti originali, e conseqnentemente conosciuto in quelle che dette processo fosse ' falsîficato da Ser Ceccone, allora cancelliere de'Dieci, ma assunto da sedici esaminatori cancelliere ancora nella causa del Padre.»

Vivoli énumère les contradictions des trois procès.

c Un' altra falsità si conosce ancora in queslo terzo processo stampato, e è questa che dicano non aver date al P. Savonarola

più che tre tratti di fune e mezzo, e che lutte le altre esamine furon fatte senza tormenti e a semplici parole. E nondimeno uno de* signori di quel tempo confessé alla mensa di un vescovo corne glienedavano quattro o sei tratti per volta. E nella cronica del Botticelli (a carte 436) dice il Vivoli d'aver letto corne detlo Simone Boiticelli aveva parlato a un degno di fede, il quai si era trovato présente una sera , qnando gli diedero quattordici tratti di fune, dalla canucola fine a terra, onde lo lacerarono in modo che non potendo servi rsi délie braccia, bisognava che un tavolaccino, quando aveva a mangiare, lo imboccasse. »

TEXTES ET DOCUMENTS. 381

Le quatrième procès fut celui de Romolino, des 20, 21 et 22 mai Ce prélat remporta à Rome, sans en laisser copie, et on

n'a jamais pu le retrouver.

Septièm journée. — Vivoli essaye de prouver que Sa?onarole ne 8*est jamais rétracté ni contredit dans ses interrogatoires.

HuUime journée* — Discussion sur l'époque qu^il convient d'assigner à la réalisation des prophéties du Trère. — On dé*

montre la cause de Terreur de ses adversaires.

Relativement à toutes les prédiaions non encore vérifiées,

comme celle de la conversion des Turcs, de la réforme de l'Église, etc., Vivoli dit qu'elles sont c quanto al tempo condizionate. »

c Dov' è da notare e da capere corne egli avea due lumi, cioè il profetico e il naturale. Col piimo conosceva certo il tempo brève, oon quella conditione : se. tu farai bene; e col secondo non capia certo il tempo lungo, ma lo conjetturava da quelle * che suol fare Iddio, cioè di prolungare le grazie agi' indegni e increduii, e pero non dice di capirlo certo ma che ne temeva. »

Neuvième journée, — Sur le fléau.

Dixième jornnie. » Sur la rénovation de TÉgUse. Elle a déjà

eu lieu quatre fois : 1* au temps du déluge; — 2' à la venue d-i Christ; — 3** au temps des saints docteurs Augustin , Jérôme, Ambroise, et de leur lutte contre les hérétiques; — 4** au temps de saint Dominique et de saint François d'Assise, qui eurent pour successeurs saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure. — La rénovation de Savonarole sera la cinquième : elle aura lieu par l'épée ; elle causera la félicité de l'Église. Le commencement de cette réforme a d'abord été sensible à Florence, grâce à Savonarole.

Onizièm journée. — > Des affaires et des destinées de Florence*

c Notisi ancora come dette govemo fu guasto nel 1512 o uu* altra volta nel 1530. E nel 1527, alli 18 di maggio, parve chesi

avverassela profezia fatta nella predica 27» sopra Ames, délia riparazioue del govcrno popoiaru fatta in Ue di, quaiuioil car-

382 APPENDiGE.

dinale GoriODa, venuto in Firenze dal papa al govcrno dello 8ta(0| oon i dua giovanelii» Ippolito e Àlessandro, tovalosi certo tumulte in plazza^ sene fuggi délia città in giorno di sabbato,

onde ne' due giorni conseguenti fu fatta sgombrare la sala grande, ^ furono guaste ie cassette e gU alloggiameat^ çh,e v' erano de' soldali, e il terzo di do è a 21 maggio, in marUdi» dopo iina meaaa cantàta dello Spirito Santo, vi si ragunè il consiglio nel quale furono annoverali 2262 cittadini, e cos\ il governo risuscitato in tre !i;iorm, duro ire aoni, cioè ûno al 1530, quando dopo Tassedio di çuovo fu tolto via. »

Conclusion de cette journée : Florence recouvrera s^ liberté.

Douzièniê journée. Des tribulations de Florence el de an

délivrance.

c B <(ui narra U YivolicooieneU' aaaedio dîFtrenie I buoni e

devoti di quesla dottrina se ne stavano tanto allegri e giocondi; • freque^(ando le orazioni e proceunûoni c^ i soidati non ai rioer* davmo che in citti ataediat» lotie atata tanta allegrêMa quanta in questa noatra cîtift dî Fiiense* a

Treizième et dernière ioumk. Des ficnltéa de Ftoronee ,

grâces spirituelles, puissai^ce temporelle*

c E qui noti il benigeo lettore corne il Yivott esaeado veccbio otoe a ottanl"^ anni, d'impaowiao divenne çieco, ende non poletle

iialre questo suo dialogo.

« Gonobbi io Fra Serafino Razzi , recenaore délie preaenU me* morie, questo aanto yeccblo di meaaer Lorenzo Tivoli, easeodomi falto religioso in Santo Marco di Firenze, Tanno 15^9. E piu voile lo vidi al convento di Santo Domenico di Fiesole, dove egU se ne atava a certa aua villa» e ancbe gli parlai et udii raccon*» tare alenne cose del Padroi »

T£XT£9 £T OQQUIfËNTS.

MOTS BB Lk MAIN DE SAVÛNABOLB, A LA MAEGE D'OHB AB SBS BIBLSS.

( Bibl. Saiot-Marc k VeoUç^ maDuscrit* '.)

Die m februarii moccc Itlx»xk,

• In nocte d. y. Vir. et pu. vo. ose. et unus ni ur)). b. d. post quem. c. et aliu4 indigau» fft. Quid isyt^ao^ ut digijius? — Vig. BOl. leg. leg. or. or. in^. me. lin^ siii (àuioilis ut non tea neg. ita te exerc nt non fias tup. Vis nie in h. v? f. non. e. h. v* — Ubi er. vi ? Ex. ur. ubi ba. ligo ad le non red. nisi cum ppe. et. ten« Yid. ïb. et inûne çonf. et. corpue ife. bis. Soniv^.; q. v. v. U. «ou i^. sed a. çog. oif . (Uo bio ppe. Ouid e. ^ b. eu s. «lu

I. Tous lei doeomenli qae nous emprantODi an préeieiix manoscril de la biUiolhèqae Harcienne à Yeniîey noua oot été comimiiiiqiiéa par Thono* Table abbé Bmardi, préfet dei études an séminaire de Pinerolo (Piémont). Le earactére de ee savant met netif responsabilité à eouTcrt ; mais , afin qu*li ne pût eiister aaeon doute sur l'origine des textes que nous publions iei| Tabbé Bemaidi t bien Youlu nous envoier la décUiano^ suivante, qui eat entre nos mains, et que nous tranacriTons tei^tnellen^t :

« Torioo, 98 novembre 1 8S3.

c II solloscritlo certlfîca di aver tratU) fedelmenie da un manoscritlo ch' esiste nella Marciuna e porta a lilolo : Savonarola t Documenti, la copia di quelli comunicaii al prof. Paravia perché li trasmeitesse al chiarist. amico auo, il Perrena, cbe sta>a per detiare U storia delL' eloquenlistimo oralote edeli' i^uaire e sventuralo llaliaoo. U manoacrjUç é i^ sedicesime. p»çculo : a^'parteneva alla Biblioteca di S. Marco di Firenze : corne passasse alla Marciana é incerto. Dope i documenii vi banno legali insieme nel medesimo Yolumettp YarU altri opnseoli risgoardanti il Savonarola, scrittl eon diverai caratteri| da' quali trassi gli altri appunti, ebe non sono la parle doeumen^ taie. Olue a quelU 4i me Iraacritti se ne ritrovano parecebi« gii conoseinti, cb' io ommisi. Awertii in alcnn luogola seorretlesia dell' apografo. Mi riaerbavo ad apporvi le mie annotasioni' qnalora aveasi dettato qnélla vite, ejol le eircoalanse e le varie mie occupasioni m* impedirono di detsara.

« Paof. ab. Jagopo doit, fixaifA&Di.o

non e. cr. s. ille q. cre. b. d. et. e. adhuc 7. a. et. ve. g. et post 3 i. re. e.

Voici maiuteoaut de quelle manière cette note est interprétée dans le ma. :

In nocteNatalis vidi Viri^inem et puerum. Volebam osculari, et •unus, ut arbitrer beatus Dominicus, post quem erat et alius, ait: Indignus es. — Quid faciam ut sim dignua? — Yigîla, sollicita, Ipge, lege, jora, ora, roeditare, meditare» Ita sis humilis utnoa fias negligens. Ita te excita ut non fias superbus. Vis me in hac vita? Forte non est haec voluntas tua. — Ubi ergo vis? £xue urbem nbi habitas. Ego ad le non fediba, nisi cum prope erit tempus. Vidi Thomam et in fine confabulationis etiam corpus inferbuit bis. Somnia qua3 vidisti vera tibi somnia fuerunt ; sed alia bons oogitabis ore. Die hic prope : Quid enim verum bonum est? Sed solus non eris cremaius. Banetus ille qui creddwtur beatus Dominicus erat. — Adhuc septem anni et venit gloria, et post tria ipsorum reuovatio erit. *

POST-SCniPTUM AJOUTÉ PAR SAVONAROLE A UNE LETTRE ADRESSÉE PAR JACOPO SALVIATI A PIERRE DE MÉDiaS» LE 26 MAI 1493 y AU SUJET DB LA. SaPÀRATION OS SAINT-MARC.

( Archivio Mediceo, cod. 133, già StroKsiano 937, f« 23. Florence.)

ÏHagnifico Piero, io dissi a qlli nri Padri che la mia intentione et qlla del conu6nto.era di fare tuto qllo che uoleua nostra MagniOcentia seconde qlla dichiarationede la ùra intentione la qle intesi îo essere in ql modo cbme dissi a qlli padri essendo semp. parati fare ogni ura ucglia. ricomandandouj eiconuento nro. Gra Dni Ybu uobisq. Amen.

FrA HiBftONYMO.

TEXTES ET DOCUMKiSTS. 385

T.EXTKS NÉCESSAIRES POUR ÉTABLIR L'HISTOIRE DES RELATIONS D£ SAYONAAOLE AVEC LE SAINT S1ËG£ £N 1496.

l"" Lormso Viwdi^ Tma GUmaUk {owjtagê perdu).

( Cité par le P. Bananti, liv. U, cb. xxxvi. )

Ua allro modo tennero per icsacciare di quà il Fraie qucsU avvenaij, e qaeftto iii, che predicando lai comme ho dette, sem-

pre toccando quesla renovazione délia Ghiesa, e in questa occasioae moatrando il vivere del crisliaiiesimo quaoto gli era [uori del giusto, e deU' oneato, e maasime del clero, e de' prelati, e la Tîta loro quanto era difforme alla vita de* aaoti paaaati : queali dico presero a scrivere a Roma, e fatto intendere a papa Alexandre YI corne queslo Fraie era ncmico del papa, e de' prelati délia Gbiesa, et che diceva ogni maie di loro, e che era bon fario deaiatere, e chiamarlo a se, e levarlo di quà. Questo ambasciatore per Roma fu uno dei detti religiosi accio fosse raeglio loro creduLo, e se tu vuoi sapere quesli, e gli altri suoi perseculori sono tulti notati in quelle cronica del Botticelio in più luogbi. Segul , che il papa acrisae un brève a Fra Jeronimo in questo principio molto adulatoriO) e con laudi, e con iusinghe inûnile, corne aveva inteso dei auo fervente predicare e aua doUrina, e che aveva caro udirlo in voce, e voleva che andasse fin là a Roma ; onde cono8« ciuto l'umore Fra Hieronimo de' suoi avversarj, che altro non cercavano, che levarlo di quà per ammazzarlo, non a Roma, anzi a mezza via, non sarebbe giunto; riapose al papa, e giustificoaaly monstrandogli maasime il frutto deir anime, che qui si faceva per questa predica, e che non si doveva per il pastore, çh' era obbligato pascere il gregge, torre il suo cibo aile pecorelle, che ne facevano frutto ; per la cui risposta il pontèfice ai ferme alquanto, ma di poi instigato di nuovo da questi medesimi avversarj, che gli dicevano che il Fiate sempre diceva peggio dcila corie e de' prelati, comincio a fuiminare nuovi brevi^ml contrario

dei primi, dicendo cheintendeva eaçere la gaa dottrina sediQoaa,

escandalosa, e che gli comandava che desistesse, et andasse a Roma ; per il che il Frate fermo il suo predicare per qualche inetie« e riscriasa al p^aiMi, e mostrolU cl^e Su^ ÇanUtà eria maie informata, et in fatti liaè tuUi qae' terpim, çtie ptongeno i 'aayj e

dotli teolop:i, quando il superiore è maie informato a giastiûcarsi COQ lui, per ^oa incorirere poi in cmurç a^Wuoe.

2° Sernion de la Sexagésime 1498 (18 février)»

Récit fait par Savonarole de ses relatioBSi av^ le aaiiit-«i|^e.

( Yénise, ts%o» fol. 90-93. )

Hora ch* el papa in queslo nostro caso sia stato circonvento per lEaJse persuasioni, io te lo dimostro ; ae la boUa délia eacoio* Ewaica il dice: Qwod predHoavUJakiim M» ptmrma dogÊna^ cioè ck' io ho predicato cose beratiche, et falsa reHgiooe, e questo è manifestamente falso, perché li nostri scritti e il libro che ab- . biamo mandata iuora l'ha&no netifteata a tutta il laoïàda, a il pqpeb k> aa eh» îe no» be mai piedicata aa mi eoae bnoMy adunquc tu vedi che il papa è stato circonvento da false persuasioûi. Item dice la quella bolla che havendomi ciitato a Roma a purgare li fliiei errori, io non sodo yolutooompaiife. Qoeato ai»ehora è felmaimo, perché ia noa soao mai atata eitato aèkavala simile brève. Cerchino bene li registi, non troverrano che io habbi mai havuto questo brève. Egli è bea vero, acoiochè lu ia« .tenda ogni ooaa, eki egh aii maadè aa bmra già aoaa due aaai e più, 6on moite laade, aoa dîeo già questo per dire te hmde miai Ghristo sa bene lui, e s* el sarà vero, mi retribuirà, ma lo dico per narrarti la cosa corne è, diceva dunque il brève : BikGie /fi«« not abbiamo iafeso che tu ira gli altri operatori délia vigna di Ghristo hai fatto non poco frutto e dette moite cose nuove da parte di Dio , dei che ti laudiamo graodemente , e desideremo parlera teco, e coai ti comandiamo la virtute santé obedieatie^ che venga insino qua. Io risposi a la Sua Saatîtà che ero oentealo alla obediehtia, e paratissimo , ma che per allhora non potevo

TEXTES ET DOCUMENTS

farla, per trovarmi easere inferno, e cosi era vero , domandane il medico. Secondo gli dissi non potere andare ailhora per gli awèlMri d inimid cbe havevo per riapefcto di questa predica, di qttèlli dello stato, e che per la via porlerei pericolo délia morte,

6 ttttti li testi dicono quia ubi imminet perîculum vitao, non è lo huomo tenuto ad aicuna obedientia. Tertio risposi non potere ailhora andare ^ perché la ciità ai trovava in (rende alteratîonei e fa ellhora quando ci erano tre li ciltadini molli di6aeQBÎoni,.e io predicava la pace, et pero dissi non potere andare, ma esser necessario la stanza mia qui per tenere salda e ferma la unione. Sgli acoelto la eecuaatione molto benoi si che Tedi Adunque che 1 brève è falao et fatto per felae petreuéaioni, perché il dice che lo 8ono stato citlato e richiesto a Roma ad escusarmi delli miel errori, e non sono voluto andare nè comparire. Yedesi adunque manifeetamente che 1 papa é stato circonvento, perché non é da credere che lui diceaae one tanta bugia , e per6 vedi che questo brève e stato fatto sotto il banco ; io V ho bene questo brève meco, e possolo mostrare. £ poi passati aicuni giorni, cioè uno mesot e eirca meueo di uno altro, perché il brève predetto fu fatto tïifca il finedi luglio, venne nnoaflro brève fotto a di viii di settembre, o circapieno di vituperi, nel quale non erano più che diciotto errori. Et il primo era che il brève era inscritto al mo* Aasterto di Santa Groce, e cos\ andava il brève a Santa Ooce che voievano che andaasi a San Marco. Dipoi diœva in quel brève : Quemdam Gieronymum Savonarolam^ cioè uno certo Giefonimo Savonarola , corne se non mi conosoesse; e non era andiorii quasi ano mese e tnetio che mi haveva scritto cosi amorevolmente. Di poi vi era moite altre bagattelle, che per honore non voglio dire qua : si che tu puoi vedere che il pontehce è stato circonvento per tante mutationi che tu vedi nelii suoi brevi in û poco iempOi B fu ona velta a Bresda uno potestà in quale quando veniva uno che diceva : Io ho havere da costui , lui diceva : Uor va, e pagaio ; et quello altro diceva : 0 Messere, non é vero» e lui si voltava al primo e diceva : Perché mi di tu le bttgie? Et quando lui replicava : Ant\ mi debbe dare, si voltava al debitore dicendo : Tu hai torto, hor va e paga, et quando lui

si esctttftva glî dava ragione ; e cosi credeva a chi parlava, e dara ragîone ad ogn'uno. Vuoi tu dunque che '1 papa sia corne questo. podestà? Perché nel primo brève dice che ha inteso da molti, e nel seconde dioe anchora che ha inteso da moUi ; dunque crederia a quelli che dicono bene, et poi incontinente a quelli cbe dicono maie, et perb noa è queslo seconde brève fatto dal papa, ma da maligni. Di poi venne un altro brève dicendo che io havevo seminato dottrlna da roettere zinzania in ogni popolo padfico, e moltre altre cose false, et pero mi suspendeva dalla prcdica, e tulio il mondo sa che io ho predicato e con la gratia di Dio posta la pace in questa cittè, hor vedi che questo brève non viene dal papa, o se viene, è stato circonvento. Io risposi donque e dissi che gli era stato circonvento ; ma non furono udite i le mie escuaaUoni, e perd predicai liberamente, e fu in quelio. tempo che io montai quassù e dissi che io non era mandate a predicarLi da huomo del mondo, nè da signoro alcuno, ma da celui che è Signore delli sigoori, e dalla Santa Tri ni tà. Dipoi venne une brève che tutti H conventi di Toscana se congiugnessino et facessino una congregatione nella quale dovessi entrare San Marco con gli allri suoi conventi, et prima nell* altro brève , voleva che entrassimo nella congregatione di Lombardia dalla ' quale prima ci haveva sepiarati , et hara vogliono cbe noi entriamo in quelle di Toscana, et hora qua e hora là , questo mi pare il giuoco degli scacchi nella defesa del re, che quando è | rinchiuso si leva d*uno scacco e poi torna a quel medesimo, si che sono manifesti le circonventioni delli maligni. Item venae poi Taltro brève con la escommunica, per non essere entrato nella congregatione di Toscana.

S"" Bref du pape Alexandre VI à Savonarole.

Il rinvite à venir à Rome rendre compte de ses prétendues révélations.

( Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, manuscrit.)

Dilecte ûli, salutem et apostolicam benedictionem. Interceteros vineœ Domini Sabaoth operarios te plurimum làbocare mul-

TEXTES ET DOCUMENTS

lorum relatu percepifnus, rie quo valdo laetamur et laudes omnipotenli Deo referimus, quod talem gratiam in humanis sensibus prœbueirit, nec dubitamiis eam diviao spiritu qui gratias inter mortalea (Jîstribuit et posse in populo chrisiiano yerbum Dei seuiinare et fructum cenluplum lucrifacere, quemadmodum proximiâ diebus per tuas lilteras hujus te animi atque propositi esse inlelleximus, item ea te in tuis predicationibus populo indicare qnse servitotîs Dei esse cognoscis. Et qaum nuper populo nobis relatum est te postmodum in publicis sermonibus dixisse ea quao etiatn futura nunlias non a te ipso aut humana sapientia sed divina revelatione dicere ; idcirco cupientes sicut nostro pastoral! offido expedit super his tecum loquî, et ex ore tuo audire, ut quod placitum est Deo, melius per te coirnoscentes peragamus, hortamur atque mandamus in virtute sanclœ obedientiiB ut quam primum ad nos venias. Yidebimus enim te prias amoro et charitate.

Datom RonuB apod S* Petroin, die xzi julii Moooaunr^

B. Flobidus.

Répmêe d$ Sa/vonaroh à Jksoandrê VL

11 expose les motifs qui rempéchent de se rendre à Rome, et

demande un délai.

( Bibliothèque de Saiot-Marc à Yenite, maniucrit. )

Beatîssime Pater, post pedum oscula beatorum. Btsi majomm

semper mandatis obtemperandum esse novi , cum scriptum sit : Qui vos audit me audit , scio tamen eorum potius mentem quam verba pensanda.... Ego igitur qui dudum cupio visere Romam quam numquam vidi , ut limina apostolorum Pétri et Pauli aliorumque sanclorum reliquias ac Beatitudinem Vestram coram venerari quearn, majori nunc succensus sum desiderio ex occasions mandat! Sanctitaiis Vestrae, quse minimum homiculum ad se vocari dignata sit. Tuni quia plurima obstant, causas illi rationabiles afferre conabor , ut sciât me necessitate , non voluntate detineri, quominus in prœsentia paream mandatis a me libentis-

390 APPËMDICË.

sime ac reverenter susceptis. Primum igitur yetat corporis ioûrmitas, febiiB scilicet et diasenteri», qaat modo passoB suià; ddnde propter assidaos corporis et animl iOBstus pro hujns dvitatis salute hoc praesertim aniio susceptos, adeô stomacho ceterisque vitalibuÀ membris debilitatus, ut aliquid laboris amplius tollerare nequeam. Quinimo a ]Hr»dicationibiis et studiis ipsis abstinefe oportet ex oonsillb medîeorum. Quorum âtqbe alioram omnllim communi sententia nisi oportunis remediis me curandum tradidero » brevi mortis periculum ÎDcurram. Primum cum civitatem banc a non mediocri aanguinis efifUsione eta mnltlsaliisnasifs mea opéra Dominns iiberaverit et ad concordias legesque sanctas revocaverit, infesti facti simt mihi tam in civitate quam extra iniqui bominea, cum cives tum alienigenœ aanguinem bumanum Bitientea, qui extoHere cornu suum et in pradam atque sehdtdiem civitatem hanc occupare ardentissime afîectabànt, et opinione sua frustrati, vehementissimeingrati odio babueruntme gratis. Saspe quoque nunc Teoenoi nunc gladio in pefdiUonera meam oonspi- .rarunt, ita ut extra limen sine custodibùs tute ferre pedem non possim. Atque imo ubi me ad regem Francorum contuU tam ûdissima custodia munitum, non passi sunt cives hi qui rempublicam suam diligunt, me suœ jurisdictionis limites transira. Bt qoan- ^ quam in Domino oonfido, tamèn ne tetîtare beum videar^ débitas cautiones non contemnendas judicavi, cum scriptum sit: Si nos persecuti sunt in una civitate , f agite in aXiam. . Insuper nova bujus civitatis reformatio, quam Dominus operatus est, infirmas adbuo radiées babet, et nisi quotidié robôretur et elimetur, focile anelantibus pessimis hominibus, detrimentum et eversionem incurreret* Cum ilaque judicio omnium prudentium et proborum virorum diseessus n^ens maximœ jacturaa buic populoi et modicB istic utilitatts foret, credo Sanctîtatem Yestram exigui temporis dilationem non tnoleste habiluram, dum hic cœptum perâciatur opuSt cujus gralia bœc impedimenta neproûciscar nutu divino accidisse et quidem certus sum : non ebim est voiuntas Dei ut ad prœsens hino àbeam« Spero autem brevi tempore adfuturun.... Quod 8i forte nunc de rébus futuris circa Italise excidium et £cclesiœ renovationem a me publice publicatis Sanctitas Yeslra

TEXTES ET DOCUMENTS

oertior fieri optât , ex libelio quem modo imprimendum curavi dadem plane scire poterit. Et quam primum perfectum erit opus, Sanctitati Yestrc-e mittendum tradam, ex que quicquid a me auéire pcaeli pliàttiaaime âcdpiet. Nec enim alla qose in eo eontînentur mihi i[)H)fari concessum. Sola enim quœ praecepta sunt exposui, quae auieni in arcba habenda sunt nulli mortalium aperiri fas est. lila autem edere scriptis procuravi , ut constei universo orbi , ai minoa eadem successiaseni, me falaam fotase prophetam. Si vero juxta praenunciata evenerint, graliai agantur Deo Salvatori nostro, qui eam de sainte nostra sollicitudinem habere oatendit ut nekniiïtBm, fti fieri posait, perire veiit in aeternum. Demum rogo Beatitildifiem Yestram ut excusationes meas yivissimas et manifestas admittat, ut sibi persuasum habeat me Dîhil magis optare quam eidem parère et obsequi , et non me supra vires meas ulterios gravet. Egometmihi stimulus ero, cum primum sublatis justis impedimentis, satislacere potero ipsi Beatitudini Yestrae.

Ëx eonTenta S. Marci Florenti», ultfma Jalii IIS5.

b"" Les dix de liberté et de halte enjoignent à messer Riceiardo Becchi de s'employer auprès du pape Alexandre VI pour faire obtenir àSawmarok lapermismn âs prêcher le carême ée 14^96»

(Mfirf <fi0iii I Beeiell dtt F. Marebeae, Docmnent n» l. )

Domiao Riceiardo Beccbio, scriptori apostolico, oratori Romœ.

Venerabilis ciyisnoster, etc. Labuona cura e diligentia vostra, le quali dalli effecti chiaramenie conosciamo, faoïio che voleniieri vi commettiamo quello che desideriame celeremente et cum prudentia expedirsi. Et per6 , conoscendo quanto a tutto questo popolo habbiano infino a qui giovato le continue predicationi et saiutare doclrina di Uieronymo Savonarola, et quanto sienoda tutu desiderata; per questa sua intermissioue vogliamo che voi, CCD la solita vostra diligentia e prudentia, econ la Santità del Nostro Signore^ e con la Reverendissima Paternité del cardinale di Napoiii a 60D qualunque altro che vi paressi a proposîtOi vi adope^.

rinte in modo, che juxta al porte vostro, o qucsto popolo siacom* piaciuto, cbe la paierDilà sua posai in questa propria quadrageaima con le sue predîcationi satisfare etconsolarlo. Non potrestî farcosa che a tutti i voslri ciltadini più fussi grata et accepta , et sarà aempre dalla prudenlia di tutto questo popolo riconosciuta. Scrivîamne alla Reverendissima Signoria de I cardinale di Napoli con la soHta nostra fiducia, sperando queila , persaa humanità , in qucsto etiam, corne sempre ha falto in lutte le altre cose, doverci compiacere; come per la copia in questa inlroclusa potelé vedere : la quai noslro nomine sommamente ringra* .lierele délia opéra sua buona circa la reformatione di Santa Maria del Carmino, pregaiidoia strectissimamente, che a queato noslro desiderio cbe habbiamo, per salisfaclione di tutto qaeslo popolo , non voglia mancare. E se vi paressi di 8cri?erne o lilla Sanlitn del papa, o ad altri, ne darete celere adviso, scrivendo etiam quanto fussi ûno a quel giorno seguito. El perché volenlieri sempre prestiamo favore a lulli quelli che aspirano al ben fare, vogliamo raccomandiate a sua Reverendissima Signoria la causa , la quale da' Vener. Padri D. Gabbriello, abbate di Poppi, et D. Innocenlio, abbale di Sanclo Pancraiio, vi fia ezposta, è noslro nomine la pregbiate gli presti quello favore e subsidio, di che pur più nostre lettere Thabbiamo ricbieslo.

El palatio nostro, die xxvm iannaari moogcluzxy (style floraitin; enréaUté, 1496.)

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