‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 130 sur 152 · LB. 9 MARS H · texte numérisé non relu

LB. 9 MARS H

( Prediche topra Àmoa.)

€ 0 Italie 1 ô Rome ! je vous mettrai entre les mainsde gensqoi vous boaleverseront jusqae dans vos fondements. Je sèmerai parmi Yoas la peste, une peste si terrible, que peu de monde y résistera. Je conduirai en Italie et à Rome des hommes aux passions brutales, des hommes cruels, affamés comme des lions et des ours, et il y aura tant de morts, que chacun en sera épouvanté. Croyez celui qui vous parle, il n*y aura plus personne pour ensevelir les morts. Quod si reîicti fueriiit decem vin in domo una, et ipsi morimtur. Et toUet eum propinquas «ut4S, et oombwret eum ut afferat ossa de domo, et dieet et qui in pénétra^ libus domus est : Numquid ad hoc est pênes te? Et respondeM Fiiiis est. C'est-à-dire : S'il y a dix hommes dans une maison, ils mourront, ils seront brûlés, et Ton n'aura pas besoin de pourvoir à leur sépulture. Quand ce fléau fondra sur vous, il y aura tant de morts dans les maisons, qu'on criera dans les rues: Jetez vos cadavres dehors. On les mettra sur des voitures et sur des chevaux; on en fera des montagnes et on les brûlera. On n'entendra plus dans la ville que ce cri lugubre : Qui a des morts? Qui a des morts? Que tous ceux qui ont des morts les descen*

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leurs maisons. Voici mon fils, dira l'un ; voilà mon mari, voilà mon frère, dira l'autre. Et l'on fera de grandes et horribles fosses pouf y enterrer tous ces cadavres. Pais les mêmes hommes parcourront de nouveau les roes; ils crieront : N'y a-t-îl plus de morts par ici? Quelqu'un a-t-il des morts? El les rangs des citoyens s'éclairciront, au point qu'il restera à peine quelques personnes. L'herbe croîtra dans les rues, les routes seront comme les bois et les forêts; Tltahe se remplira de barbiers et die nations étrangères. Enfin, ce terrible fléau s'apaisera ; quelques bons et quelques méchants auront survécu. Italie, combien de fois ces malheurs t'ont-ils été prédits l Je t'ai exhortée, de la part de Dieu, à faire pénitence. Rome, je t*ai dît de faire pénitence. Milan, je t*ai dit de faire pénitence. Je l'ai dit à tous les sages du monde : il n'y a d'autre remède que la pénitence. Mais vous ne voulez pas croire ; vous ne Toulez pas prêter Toreille; vous vous moquez de tous les avertissements. C'est pourquoi Dieu dit : c Je « déteste votre orgueil et je hais vos demeures. Elle seront brû- . « lées et rasées; et vous irez à la maison du did»le. » Italie, tu ne veux pas croire : Bah I dis^u^ Àmos parlait ainsi pour son temps, et non pas pour le nôtre! Et moi je vous répète que les paroles d'Amos s'accompliront de nos jours, exactement comme je vous l'ai annoncé; car aaohez-le bien, de même qu'Amos avait alors la mission de prédire ces dboséêy moi, je l'ai aujourd'hui.- Je parle comme lui, avec une entière certitude, et c'est avec les secours des mêmes lumières dont il était éclairé que je vous prédis des malheurs; maïs vous ne voules rien croire^ vous ne voules rien compiwdre* »

EXTRAIT d'un SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLB

u 43 KâM 1499.

( Predichi iopra Amot»)

« Voua dites que je ne prophétiserai pas. Bi pourquoi ne prophétiserais -je pas? Quel mal y fr4-il à le faire? Bt pourquoi

TEXTES ET DOCUMENTS

m'en empêchez- vous ? Si cela n'est contraire ni à Dieu ni à la foi, m aux bonnes mœurs, ni à aucune loi, comment serait-il défendu prophétiser? Qui tous a dit que ce fût ma) ? — Ohl c'est la loi de TAnoien Testament qui le dît. — Lisez-la bien : cette loi dit qu'un prophète qui pousse le peuple à mai faire doit être lapidé. Si eonseiller la simplicité est mal faire, si maintenir le peuple en paix est mal faire, si réformer la jeunesse et purger la ville de tous les vices est mal faire, assuLcment il ne faut pas prophétiser. L'Ancien Testament ajoute que si un prophète dit: Telle chose arrirefa dans nn temps déterminé, et qu'elle n'arrive pas, il ne faut pas avoir foi en loi. Mais moi, je ne tous ai jamais dit aucun mensonge: je n'ai rien annoncé qui ne soit arrivé en son tempsy on qui ne doive arriver. Qui défend donc de prophétiser T Ce n'est pss la loi évangéliqne, ce n'est pas non plus la loi naturelle, puisque les philosophes disent quod de futurift con^ tingentibus non eut determinata veritas^ c'est-à-dire qu'on ne peut rien prooTer des futurs continents. Ce n'est pas non plus la loi canonique, ni la loi civile. Il est bien défendu de prêcher à qui n'en a pas reçu la mission ; mais, la loi dit prêcher et non prophétiser, et quiconque voudrait monter en chaire sans la permission de l'Église, devrait prouver par des miracles on par TÉcritare qu'il a reçu de Dieu sa mission. H n*y a donc point de loi qui défende de prophétiser. Je demande maintenant s'il serait possible d'en faire une, et je réponds que non, sauf meilleur avis» parce que ce serait éter à Dieu le droit d'avoir des prophètes, le sais bien que vous écrirez à Rome : vous prétendrez que j'ai nommé le pape, que je lui refuse le droit de dire ceci ou de faire cela. Écrivez, si vous voulez; mais rapportez fidèlement mes paroles: Ce frère prétend que personne ne peut foire de loi pour empêcher de prophétiser, pas môme le pape. Moi aussi j'ai écrit à Rome. Quel mai ai-je donc fait par mes prophéties, dit Amos, s'il n'f a pas de loi qui défende d'en faire ? D'autres disent : Ce sont des songes. Qu'en savez-vous? Si vous parlez sans fondement, vous êtes fous; si vous parlez avec fondement, dites donc sur quoi vous vous fondez. Vous ne pouvez savoir si ce sont des songes ; vous ne pouvez découvrir le secret de mon cœur.

APPBNDIGK.

Vous direz : Je le sais par révélation. Voici ma réponse : Si vous ne croyez pas en moi, je ne crois pas en vous. Commeat voulezvous que je croie à vos révélations, si vous dites que les révéla* tions sont des songes? Pourquoi donc ne voulez vous pas que je prophétise? Tu dicis : Non prophetabis, et je prophétiserai, dit Amos. Lisez tant qu'il vous plaira, vous ne trouverez que de méchants roîs et de méchants hoiftmes qui aient défendu de prophétiser, et à tous il leur est arrivé malheur. Le prophète Amos dit au prêtre Amasias : c Tu ne veux pas que je prophétise? Écoute f la parole du Seigneur, C'est contre toi maintenant que je veux c prophétiser. Ta femme sera outragée, violée par les Assyriens; « tes enfants périront sous le couteau ; tes possessions seront mesuf rées au cordeau, c'est-à-dire données à d'autres , tu mourras, et c le peuple même sera mené en captivité. » Amasias disait alors: c Va-t'en, lourdaud ; va prophétiser à tes paysans. » Eh bien I que signifie pour nous ce texte? Audite igitur verbum Domini. Vous ne voulez pas m'entendre : je vous dis que vos épouses seront déshonorées, c'est-à-dire vos concubines qui vous tiennent lien d'épouses ; je vous dis que le fruit de vos péchés vous sera enlevé et sera donné à d'autres. Tièdes, votre épouse, c'est-àdire votre conscience, sera déshonorée, c'est-à-dire endurcie, et voos ne vous convertirez jamais. Prêtres, vos fils, que vous faites passer pour vos neveux, seront tués avec Tépée. Rome et prélats, vos bénéfices et vos dignités vous seront enlevés, pour être donnés à d'autres, en châtiment de vos ignominies. Et vous, tyrans, princes de l'Italie, vos épouses, c'est-à-dire vos États, vous seront enlevées, pour être données à d'autres. Vous mourrez dans une terre souillée, c'est-à-diredans vos péchés, et vous irez à la maison du diable. Le peuple chrétien sera mené en captivité sur une terre étrangère, c'est-à-dire à la maison do diable. Pourquoi donc ne voulez-vous pas que je parle ? Pourquoi ne voulez-vous pas que je prophétise ? Vous devriez me remercier de ce que je vous montre les maux qui vous attendent et le remède que vous pouvez y opposer. Que chacun donc se convertisse et retourne au Seigneur. »

TEXTES ET DOCUMENTS

BXTRAIT d'un SERMON PRONONCÉ PAR SAYONAROLB

LB 17 MâRft 4498.

(Prediche topra Exodo.)

c On se plaint de ne pouvoir jamais me parler. Je me plains, de mon côté, de ce que je ne puis me parler à moi-môme. C'est pourquoi, ce matin, j'ai fait choix de ce psaume*. Je ne veux point m'entretenir avec vous. Je veux me figurer que je suis dans ma cellule, je veux faire le fou, je veux m'enivrer, maïs vous m'entendez bien, d'une sainte ivresse. Peut-être n*avez«vous jamais vu pareille chose: vous ailes le voir ce matin....

c Mon cœur errait d'abord parmi les biens du monde; il ne trouvait rien qui pût le fixer et lui donner le repos. Mon cœur

était déjà l'esclave du péché; il se sentait à l'étroit entre ces deux biens qu'on appelle la richesse et l'honneur. Mon Dieu ! tu l'as fait grand, ce cœur; il s'est dilaté, il est devenu fort, il s'est réjoui en Dieu vivant. Seigneur, dans tes premiers temps, j'ignorais ma misère : je souffrais, et je ne comprenais pas que ce cœur courait à sa perte. Mais tu l'as sauvé par ta grâce, tu ras arraché à la servitude, tu lui as ouvert les portes de sa prison, et ainsi il s'est tant exalté, il s'est tant réjoui, il s'est tant dilaté qu'il ne peut plus tenir dans cette poitrine : il éclate et bondit au dehors. 0 mon cœur, où vas- tu? 0 mon cœur, où es-tu ? Il s'en est allé. Et caro mea exuUavit in Deum viman. Ha chair aussi s'est réjouie en Dieu vivant, et sentant que le cœur est parti, elle se met à sa suite. Mon œil ne veut plus contempler des vanités, mon oreille ne veut plus écouter les bruits de ce monde, ma langùe ne peut plus parler que de Dieu, mon corps aime mieux mourir que de rester ici-bas sans son cœur, et le cœur l'attire à lui. Seigneur, mon cœur et ma chair ne se soucient plus des dignités ni des biens de fortune. Ils ne veulent

1. « Quam dilecla tabernacoia tua, Domine virtulum, concupiscit et déficit anima, eUs. » Pa. S3.

44a APPENDICE.

plus rester sans toi. Privés de toi, ils ne se soucient ni des anges DÎ des archaoges; ils ne! se reposent qoedans le Dienvîyant.

Si mon cœur est capable de te posséder, si tu Tas dilaté au point qu'aucune créature ne peut le rassasier et le remplir, queferaisje d*autre chose que de toi? Seigneur, c'est toi seul que je veux, et sans toi je ne veux rien. Si tu étais dans Tenfer, j*y voudrais être avec toi; en toi, j'ai trouvé ma demeure, en toi j'ai trouvé mon nid. Etenim penser invenil sibi nidum. 0 heureux petit oiseau qui as trouvé ton nid i Cet oiseau est la raison et la lumière de l'entendement ; c'est lui qui sait extraire le grain des épis et de la paille, c'est cette raison et cette lumière de Tentendement qui saisit le sens des Écritures. 0 heureux petit oiseau qui as trouvé ton nid et qui as pris demeure dans la maison du Seigneur! Cet oiseau voltigeait tout le jour dans le monde, tantét sur une chose , tantôt sur une autre. Cette intelligence volait à travers le ciel, cette raison cherchait dans la philosophie les lois des choses naturelles et l'influence du ciel sur ces êtres inférieurs. 0 petit oiseau, ô raison de mon entendement, que vouiais-lu faire de tout cela? Dieu te sufût. Tu as trouvé ton nid, ne cherche plus, ne vole plus, puisque tu as trouvé le lieu du repos. Allons, vole là-haut vers Dieu, petit oiseau! vole vers ton nid. 0 mon Seigneur! avant d'avoir trouvé ta maison, le trou de ton côté, avant d'avoir embrassé ta l)onté, ton amour ; ta sagesse, ta sublimité, il ne trouvait jamais le repos. 4 peine arrivé ici, il a trouvé sa demeure; dans ton sein il a placé son nid. La tourterelle, c'est-à-dire la volonté, a aussi trouvé sou . nid. Pendant qu'elle courait après les choses de ce monde, ma tourterelle avait perdu son époux, son bien-aimé, c'est-à-dire toi , mon Seigneur. C'est pourquoi elle buvait l'eau trouble de ce monde , elle buvait Teau de la sagesse humaine et non celle , de ta divine sagesse. Mais depuis qu'elie^a retrouvé son bienaimé, depuis qu^elle a entendu la voix de son époux , elle «.e veut plus d'eau trouble. Le printemps est venu; elle s'est unie à son bien-aimé, elle a fait son nid, elle y a placé ses enfants, c'est-à-dire ses œuvres et ses désirs. Ainsi, mon intelligence et ma volonté, Seigneur, reposent en toi. Altaria tua^ Domine

TEXTES ET DOCUMENTS. kkZ

virtutum, faî voulu parcourir tes autels, Seigneur l J'ai vu Tau**

tel de la croix où tu as été cloué, où tu t'es offert en sacrifice, où tu as répandu ton sang, où lues mort pour moi. 0 dl^im autel, ô précieux sacrifice 1 J*ai vu ton autre autel où mon Diei: est venu sous la forme du sacrement et s'est fait ma nourriture, ma rét ompense , mon bonheur. Cet autel m'a montré la voie du salut; c'est l'autel vénérable, lautel plein de douceur, i'autei plein d'amour. Cet autel de ta croix et de ton sacrement ont fait depuis tant de martyrs , qui se sont volontairement immolés pour l'amour de toi 1 Voici l'aiitol de saint Pierre, l'autel de saint Paul, l'autel de saint Ëtienne, l'autel de saint Laurent: j'ai^regardé tout autour de moi, et j'ai vu tant d'autels, tant de martyrs sur leurs autels, je me suis tant enflammé à les contempler avec amour, que j'ai dit: Malheureux que je suis 1 ne veux-je point, à mon tour, monter surcesauteU? De giàce, Seigneur, place-moi aussi sur un autel , fais que je meure sur ta crorx! Me voici les mains liées, je m'offre à toi, ne permets pas que je meure ailleurs que sur ton autel. Quant à l'autre autel, celui de ton sacrement, du pain de ton corps, c'est lui qui nous soutiendra. 0 suave et délicieux autel! 0 douce, ô délectable nourriture 1 Rex meus el Deus meusl Tu es mon roi, tu es mon Dieu, tu es celui qui nous gouverne dans nos tribulations, tu es notre protecteur, tu es notre soutien, Seigneur! Ne t'éloigne pas de nous, ne permets pas que nous nous éloignions de toi , et nous serons éteraeilement heureux. Beati qui habitant in domo tua. Heureux ceux qui habitent dans ta maison. 11 ne leur manque rien, car ils te possèdent, et tu les nourris de tes déli* ces. Ils te voient : leur amour, leurs désirs sont rassasiés. C'est pourquoi l'on dit: Heureux tes serviteurs 1 i» secuia seculorum laudabunt te. Ceux qui demeureront dans ta maison te loueront éternellement : ils n'iront point amasser du bien pour leurs enfants; ils ne sono;eront qu'à glorifier ton nom, à exalter ta gloire, ta bonté, ta miséricorde; ils seront toujours joyeux el contents. O mon bien-aimé, que ne dois-je pas faire pour te voir, pour l'acquérir et te posséder ! C'est à toi que j'aspire, et je craindrai.^ de perdre mes biens, mon honneur et ma vie 1 Que le monde

entier me persécute, viennent contre moi tous les empires,

viennent contre mon corps toutes les persécutions, viennent toutes les inârmités, viennent mille morts, je ne crains rien pour ramour de toi, je ne veux rien négliger pour venir dans ta maison. 11 faut mourir; ce monde s'évanouit comme un soufûe; les persécutions dureront peu, et dans ta maison. Seigneur, on vit in secula sectdorum. Heureux donc ceux qui habitent ta maison, parce qu'ils seront avec toi et to loueront toute Téternitél Maintenant laissez-moi reposer un peu. i

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