LIVRE I, CHAPITRE lY
ments et ses vices : on en peut suivi*e la trace dans tous les historiens et les annalistes du temps. Nous nous bornerons à citer quelques paroles énergiques de Mgr Mansi, le savant éditeur de Baluze et de fiaronius : « Il est plus focile de ne rien dire de ce pontife que d*en parler avec modération. Il réunit tous les vices les plus extrêmes et eut très-peu de vertus, ou , pour mieux dire» il n'en eut point du tout. Il avait dû sa dignité à la corruption, les moyens qu'il employa pour la conserver ne furent pas plus honnêtes. Je n'ai trouvé jusqu'à présent aucun auteur qui fit son élo^^e, ni parmi ses contemporains, ni dans les temps postérieurs. »
On comprend tout ce qu*un tel pape donnait d*à-propos et de force à la. thèse soutenue par Savonarole. Comments'étonner que tant d'effroyablesexcès attirassent sur l'Église la colère de Dieu, et comment nier qu'il fallût de toute nécessité la réformer ? Fra Girolamo poursuivit donc avec plus d'énergie que jamais le .cours de ses prédications. Pendant Tavent de cette année (1492), il commença d'expliquer l'arche de Noé , et ses paroles eurent leur retentissement ordinaire. Tout ce bruit empêchait les Mineurs observantins de dormir, et ils voulurent en détourner une partie à leur profit. Ayant fait donner à l'un deux , Fra Domenico de Ponzo, la cliaire de la cathédrale» pour cette môme station de l'avent, ils le chargèrent de renchérir encore sur les menaces de sang que Savonarole faisait à Florence, mais en se plaçant à un point de vue différent. Ces rivalités et les dissensions qu'elles soulevaient fatiguèrent Pierre de MédiciSy et ce jeune prince, inhabile à masquer le despotisme sous des formes agréables, fit dire au frère mineur de cesser ses scandaleuses prédications, s'il ne voulait être exilé, comme d'autres moines l'avaient été
VIE DE SAVÛNAROLE,
«mit Ini. Il est probable que cette infitation fut adres* sée m mèine temps aux dopinicain^, quoique aucun aur teiir ne le dise ; car la coUection des sermond de Savo»
narole, pendant cet avent, s'arrôle brusquement au treizième, tandis que ses autres stations de Tav^nt sont toutes plus considérables. Ne trouvant plus la chaire
libre à Florence, Jérôme résolut de porter ailleurs la parole de Dieu , et accepta la propositioa qui lui était faite d'aller à Bologne prêcher le carême suivant (1403).
Il parait néanmoins que ravertisscment de Pierre de Médicis avait produit sur lui quelque Impression; car,
même à Bologne, il crut devoir baisser le ton et se renfermer daus l'exposition de récriture mainte. Aussi les Bolonais montrèrent-ils dans le principe peu d'empres* sèment à Tenlendre : ils le tenaient pour un homme simple et un prédicateur bon pour les femmes. Mais bientôt Jérôme triompha de cette froideur, et vit se presn ser autour de lui un auditoire pris dans tous les rangs de la société, depuis l'humble artisan jusqu'à la famille de Jean Benlivoglio, qui gouvernait pour lors ce petit État. La femme de ce prince fut xuéme cause d'un scan« dale qui peint mieux les mœurs du temps que ne ferait un long écrit.
Elle venait au sermon accompagnée de plusieurs da»
mes d'honneur, et, contrairement h la modestie qui sied' à son sexe, elle arrivait fard et faisait une entrée bruyante qui dérangeait l'orateur et l'assistance. Pour mettre fin à ce scandale, Savonarolc invita un jour, en présence de Tauleur principal du désordrCp tous ceux qui l'écoutaient à se rendre à l'église un peu avant l'heure du sermon. La superbe princesse feignit de ne pas prendre pour elle cet avertissement, et ne changea rien à su manière défaire; alors l'orateqr, s'adresçant 4 elle, la